Le président du conseil d’administration de Bombardier Pierre Beaudoin

Lobbyisme: des investisseurs de Bombardier aimeraient en savoir davantage

MONTRÉAL — Des gestionnaires de régimes de retraite et autres institutions qui détiennent des millions d’actions de Bombardier aimeraient voir l’avionneur y aller d’un effort supplémentaire de transparence en matière de lobbyisme.

En vue de l’assemblée annuelle prévue jeudi, à Montréal, l’Office d’investissement du Régime de pensions du Canada (OIRPC), le fonds de retraite des enseignants californiens et la Florida State Board of Administration (SBA) souhaitent que l’entreprise dévoile les sommes consacrées à des activités de lobbyisme.

Les trois investisseurs institutionnels ont ainsi décidé de se rallier à la proposition déposée par OceanRock Investments et qui figure dans la circulaire envoyée en mars aux actionnaires du constructeur d’avions et de trains.

Cette firme établie à Vancouver propose que le conseil d’administration de Bombardier fasse le point sur la question en produisant un rapport annuel sur les activités directes et indirectes de lobbyisme.

«En tant qu’actionnaires, nous voulons savoir quel montant d’argent est dépensé à cet effet, a expliqué l’analyste en gouvernance chez SBA, Tracy Stewart, au cours d’un entretien téléphonique avec La Presse canadienne. Il y a beaucoup de risques politiques actuellement. On ne peut jamais être trop prudent.»

Au terme de l’exercice 2017, l’OIRPC, le fonds de retraite des enseignants californiens et la SAB - dont les actifs sous gestion totalisent près de 881 milliards $ CAN - détenaient environ 7,6 millions d’actions de catégories A et B de la multinationale québécoise.

L’initiative d’OceanRock Investments a également été endossée par les deux principales agences de conseil aux actionnaires, Glass Lewis et Institutional Shareholder Services (ISS).

Dans son rapport récemment publié, Glass Lewis reconnaît que Bombardier fait déjà part de ses activités de lobbyisme au Canada, au Québec ainsi qu’aux États-Unis, ajoutant qu’il est possible d’aller encore plus loin.

«L’entreprise ne dévoile pas la liste détaillée des associations dont elle est membre et qui mobilisent une partie de ses ressources destinées au lobbyisme», fait valoir la firme de conseil dans son analyse.

Bombardier s’oppose

Néanmoins, il sera difficile de faire plier la famille Beaudoin-Bombardier, étant donné qu’elle contrôle 51,5 des droits de vote grâce aux actions à droits de vote multiple et que le conseil d’administration recommande de s’opposer à cette proposition.

Dans sa réponse, le conseil fait valoir que l’avionneur fait déjà le point mensuellement sur ses activités de lobbying fédérales auprès du Commissariat au lobbying du Canada alors qu’au Québec, ces informations se retrouvent sur le Registre des lobbyistes du Québec.

De plus, aux États-Unis, des rapports sur le lobbying sont accessibles au grand public par l’entremise de la Chambre des représentants, fait-on valoir.

«Le conseil juge que l’obligation de déclaration détaillée additionnelle entraînerait un dédoublement de l’information déjà existante dans le domaine public et imposerait un fardeau administratif et des coûts inutiles à la société alors que l’information nécessaire est déjà accessible au public», répond l’entreprise.

Consciente que la proposition risque d’être rejetée en raison du contrôle qu’exerce la famille Beaudoin-Bombardier sur les votes, Mme Stewart espère néanmoins que celle-ci finisse par changer son fusil d’épaule au fil du temps.

L’analyste en gouvernance chez SBA n’a cité aucun exemple particulier visant Bombardier en matière de lobbyisme, disant qu’il s’agit d’un vote qui vise à s’assurer que l’entreprise agisse en «bon citoyen corporatif».

Pas de fronde contre les salaires

Par ailleurs, à l’exception de l’institution floridienne, l’OIRPC et le fonds de retraite des enseignants californiens ont endossé la politique de rémunération pour les principaux dirigeants de Bombardier.

Contrairement à l’an dernier, lorsqu’elle avait publié une lettre ouverte pour expliquer son opposition sur les salaires, la Caisse de dépôt et placement du Québec (CDPQ) devrait indiquer de quelle façon elle a voté après le rendez-vous annuel.

En 2017, les cinq plus hauts dirigeants de l’entreprise ont obtenu une rémunération globale de 30,8 millions $US, en progression de 12,3% par rapport à l’exercice précédent. En tenant compte des conditions du président du conseil d’administration Pierre Beaudoin, la paye totale des patrons de la multinationale a progressé de 7%, à 33,4 millions $US.

L’assemblée de jeudi constituera le dernier tour de piste de Laurent Beaudoin, architecte du constructeur d’avions et de trains, qui, après avoir été administrateur pendant 43 ans, quittera le conseil d’administration. Il quittera le conseil jeudi, 10 jours avant de souffler ses 80 bougies.