La victime, Rosiana Poucachiche, assassinée en 2000.

ll plaide coupable du meurtre d’une adolescente de l'Outaouais 19 ans plus tard

La vérité a enfin été dite, 19 ans après le meurtre crapuleux de Rosiana Poucachiche, une adolescente de Lac-Rapide, en Outaouais. Mercredi, à 24 heures de la formation du jury qui devait entendre sa cause et du début de son procès, l’assassin a plaidé coupable de meurtre avec préméditation.

L’extrême violence de la scène, décrite par la procureure de la Couronne au palais de justice de Gatineau, a fait pleurer les proches de cette pauvre adolescente.

C’était la nuit du 8 au 9 octobre 2000, pendant la longue fin de semaine de l’Action de grâces.

C’était soir de fête pour les jeunes de cette petite communauté algonquine située au nord de l’Outaouais, dans le parc de La Vérendrye. L’alcool avait coulé à flots et le ‘party’ avait duré jusqu’au petit matin.

Rosiana a été vue vivante pour la dernière fois à 3 h 30, le 9 octobre 2000. Elle a passé un peu de temps avec sa meilleure amie après la fête, puis elle revenue chez elle, où elle a été tuée.

Le matin du 9 octobre, l’horreur était inévitable pour le père de la victime, Albert Poucachiche. Comme toujours, le père est descendu au sous-sol pour réveiller sa fille.

En ouvrant la porte, il a vu le corps de l’adolescente, moitié nue, la tête couverte de sang, sur son matelas placé au sol de sa chambre. Une bûche maculée de sang avait été abandonnée à côté du petit corps meurtri et agressé sexuellement.

Rosiana avait 17 ans. Son meurtrier en avait 16. C’est pourquoi on ne peut identifier ce dernier, en vertu de la Loi sur les jeunes contrevenants.

Selon l’enquête, l’adolescent s’est immiscé chez sa victime, la nuit, et est descendu dans la chambre pour commettre l’irréparable.

L’autopsie a révélé que l’agresseur a donné au moins trois coups de bûche à la tête de sa victime.

Deux jours après le crime, une lettre d’excuses, adressée à la victime, a été trouvée dans la même chambre où Rosiana avait été tuée.

Les rumeurs ont couru aux quatre coins de Lac-Rapide. Le meurtre a divisé la communauté. La famille est restée sans réponse.

Le jeune suspect avait pourtant été arrêté une première fois, mais la Sûreté du Québec a dû le relâcher, faute de preuves.

L’enquête a été suspendue. Dans les mois, puis les années qui ont suivi, elle est devenue ce qui est communément appelé un « cold case ».

« Les limites scientifiques, à ce moment, ont fait que l’enquête a cessé. La cause a été suspendue », a résumé la procureure de la Couronne, Me Catherine Boucher-Véronneau.

Mais des prélèvements biologiques avaient été retenus sur la scène de crime. L’histoire a commencé à reprendre ses droits, 16 ans plus tard.

« Une poussée scientifique est survenue, a poursuivi la procureure. Une découverte, en 2016, a permis à un biologiste de tracer un profil d’ADN sur la bûche ayant servi au crime. Les deux profils (sur la bûche et cueilli auprès du suspect) ont eu une correspondance. »

Le 7 juillet 2017, des agents et des enquêteurs de la Sûreté du Québec se sont lancés aux trousses du suspect alors âgé de 33 ans.

Ils ont trouvé ce dernier dans une pourvoirie, au sud de Maniwaki. Il a brièvement tenté de s’échapper, sans succès.

Le détenu, aujourd’hui âgé de 35 ans, n’a pas pris la parole, mercredi. Il a gardé la tête baissée pendant que le tribunal résumait les faits, avec l’aide d’interprètes en langues anglaise et algonquine.

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Pour en finir avec les divisions

La communauté algonquine de Lac-Rapide a été déchirée trop longtemps à la suite du meurtre de Rosiana Poucachiche, en 2000. L’heure est à la résilience et à la solidarité, a plaidé la sœur de la victime, mercredi.

Marylynn Poucachiche a pris la parole au nom des siens, devant la juge Catherine Mandeville, de la Cour supérieure.

Après le plaidoyer de culpabilité du meurtrier de Rosiana, la grande sœur a raconté comment sa communauté avait souffert de ce drame.

« Ma sœur avait 17 ans. Elle a été tuée à l’Action de grâces. Tout le monde était suspect dans la communauté. C’est très difficile pour la famille de passer à travers cela et le processus judiciaire. Notre père n’est pas ici aujourd’hui, mais je le sens avec nous, avec son esprit. Rosiana ne nous a pas été arrachée qu’à nous, mais bien à toute la communauté. »

Pendant le témoignage de Mme Poucachiche, des dizaines de proches de la victime pleuraient en silence. D’autres étaient si émues qu’elles ont dû sortir de la salle d’audience du palais de justice de Gatineau.

« Arrêtons de nous blâmer les uns, les autres, a souligné Marylynn Poucachiche. Que Rosiana repose en paix. »

La femme a remercié les enquêteurs de la Sûreté du Québec. L’un d’eux, assis à côté des procureures de la Couronne, était visiblement ému, à son tour.

La juge Mandeville a eu quelques bons mots pour la famille.

« Nous sommes ici pour rendre justice envers Rosiana. La victime avait toute la vie devant elle. C’est une perte pour la communauté, mais aussi pour toute la société. J’admire la résilience de la famille Poucachiche. J’espère que vos vœux permettront de réunir la communauté. »

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Éviter l’épée de Damoclès

Selon la Loi sur les jeunes contrevenants qui prévalait au moment du crime, en 2000, la peine maximale pour un meurtre avec préméditation commis par une personne mineure est de 10 ans.

Cette peine comprend un maximum de six ans de détention ferme, et un maximum de quatre ans en liberté conditionnelle.

Arrêté en 2017, le meurtrier doit retrouver sa liberté totale en 2027.

Le procès devant jury devait débuter jeudi, à Gatineau. Mais l’accusé a plaidé coupable à la dernière minute.

L’avocate de la défense, Me Élise Pinsonnault, a indiqué au tribunal, mercredi, que son client aurait eu une épée de Damoclès au-dessus de la tête si un procès avait bel et bien été entamé.

Dans le cadre du procès qui s’annonçait, la Couronne s’apprêtait à présenter une requête afin que le contrevenant soit jugé en tant qu’adulte.

Si cela avait été accepté par le tribunal, l’homme aurait risqué une peine de détention à perpétuité, sans possibilité de libération conditionnelle avant 10 ans, selon l'article 745.1 du Code criminel.