L’Institut Roméo Dallaire deviendra un centre d’expertise pour l’OTAN

Après avoir aidé l’armée canadienne à revoir ses façons de faire en matière d’enfants soldats, le Roméo Dallaire Child Soldiers Initiative de l’Université Dalhousie d’Halifax deviendra un centre d’expertise sur cette problématique pour tous les pays de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN).

L’Institut, lancé depuis que M. Dallaire a quitté le sénat canadien en 2014, vise à éliminer les enfants comme armes de guerre, une problématique que le lieutenant-général à la retraite connaît bien pour l’avoir côtoyée au Rwanda et dans plusieurs autres missions.

«Il n’y a pas un conflit sur la terre où les enfants soldats ne sont pas utilisés comme arme principale de guerre! Sept pays, dont le Yémen, le Myanmar, le Congo et le Soudan du Sud, en embauchent et 51 groupes non étatiques les recrutent massivement. Quarante pour cent sont des filles, et certains sont aussi jeunes que 7 ou 8 ans», explique M. Dallaire, qui a signé le livre Ils se battent comme des soldats, ils meurent comme des enfants en 2010.

«Nous entraînons déjà le personnel du commandement de l’OTAN. Le gouvernement canadien nous appuie dans notre démarche pour devenir un centre d’expertise pour toute l’OTAN. Ça devrait se réaliser d’ici un an et tous les pays pourront alors avoir accès à notre savoir et à notre expertise en matière d’enfants soldats», poursuit-il.

Comment réagir

Par exemple, l’Institut enseigne aux militaires comment réagir sur le terrain devant les enfants soldats sans être obligé de les tuer et sans que ceux-ci causent des blessures. «Il y a déjà des militaires qui ont dû utiliser une arme contre des enfants soldats et, après ça, ils ont été psychologiquement affectés et ont de la difficulté à regarder leurs propres enfants», souligne Roméo Dallaire.

Chaque année, l’Institut forme également 15 vétérans de l’armée canadienne qui sont ensuite déployés dans des pays d’Afrique et du Moyen-Orient pour faire de la formation et démobiliser les enfants-soldats, notamment en Somalie avec les jeunes recrutés par le groupe terroriste al-Shabab ou au Nigeria avec ceux qui sont liés à Boko Haram.

«Nous avons aussi créé un programme pour la marine concernant les enfants pirates. Ils ont découvert que de jeunes enfants qui partent pêcher sont utilisés par des groupes pour faire de la piraterie, alors nous avons enseigné aux gens de la marine comment s’occuper des enfants pirates», poursuit M. Dallaire, indiquant qu’on trouve maintenant des enfants pirates tant sur la côte est que sur la côte ouest de l’Afrique.

Prévention

L’Institut développe maintenant de plus en plus les efforts de prévention en plus de continuer son travail de réhabilitation des enfants soldats. «Avant, tout l’argent allait à la réhabilitation, mais plusieurs enfants soldats ne se rendent jamais là, car ils sont tués ou blessés. Le nombre d’enfants soldats ne diminuait pas, car il y en a toujours de nouveaux qui étaient recrutés. Ça ne donne rien de continuer de réparer les pots cassés si on n’essaie pas d’arrêter que ça se fasse!» illustre le lieutenant-général à la retraite.

L’Institut se penche aussi sur la problématique de la radicalisation menant à la violence des jeunes et a créé un programme qui sera distribué à tous les corps policiers canadiens pour éviter le recrutement des jeunes et aider les policiers à intervenir auprès des communautés culturelles sans créer des frictions qui peuvent mener à l’utilisation des armes.

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DE CHIENS ABANDONNÉS À CHIENS D'ASSISTANCE

Parrain national de l’organisme Wounded Warriors, le lieutenant-général à la retraite Roméo Dallaire a procédé à la remise de vestes pour chiens d’assistance à deux vétérans des Forces armées canadiennes et leurs chiens. 

Les canidés proviennent de l’organisme Les Chiens Togo, qui recueille des chiens abandonnés et les éduque pour en faire des chiens d’assistance psychologique. 

«Ces chiens sauvent des vies, rien de moins, car la blessure causée par le désordre de stress post-traumatique peut-être terminale, elle peut mener au suicide», a commenté M. Dallaire.

Roméo Dallaire a procédé à la remise de vestes pour chiens d’assistance à deux vétérans des Forces armées canadiennes et leurs chiens.

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CERTAINS VÉTÉRANS AURONT ACCÈS AUX CENTRES DE RESSOURCES

Les vétérans libérés pour des raisons médicales et leurs familles auront dorénavant accès aux services des 32 centres de ressources pour les familles de militaires répartis à travers le Canada.

Jean Rioux, secrétaire parlementaire du ministre de la Défense nationale, en a fait l’annonce vendredi au Centre de la famille de Valcartier, qui faisait partie depuis 2015 d’un projet-pilote qui visait justement à étendre les services des centres autrefois réservés aux militaires actifs et à leurs familles.

Le gouvernement canadien s’est ainsi engagé à verser 147 millions $ sur six ans pour élargir le Programme pour les familles des vétérans ainsi que 6 millions $ pour moderniser le Programme de services aux familles des militaires.

Les centres de ressources offrent entre autres des ateliers, de la formation, les services d’intervenants en relations d’aide, un service de garde et un service d’aide à l’emploi.

Dallaire satisfait

Le lieutenant-général à la retraite Roméo Dallaire, présent lors de l’annonce, se réjouissait de cet élargissement des services, lui qui avait justement pris sa retraite de l’armée pour des raisons médicales en 2000.

«Dans mon temps, on n’avait absolument rien, car il n’y avait plus de guerre depuis 1954! Mais avec la guerre du Golfe, les missions de paix au Rwanda, en Croatie, on s’est ramassés avec des blessés et on avait un problème. Quand j’ai fait ma sortie publique en 1997, on a été voir ce que les Américains avaient fait après le Vietnam. On a maintenant de meilleurs outils pour aider les militaires quand ils reviennent et leurs familles», a expliqué M. Dallaire.

«Il y a des gouvernements qui, malheureusement, oublient une fois que la guerre est finie et pourtant c’est après ces guerres-là que les vrais blessés arrivent. Il y a des gouvernements qui énoncent bien et qui prennent beaucoup de temps à mettre en pratique, mais il y a aussi d’autres gouvernements qui lancent, comme aujourd’hui», a poursuivi l’ancien sénateur libéral.

Première étape

Pour Marie-Claude Michaud, directrice générale du Centre de la Famille de Valcartier, l’annonce du gouvernement canadien est une bonne chose, mais n’est qu’une première étape. 

Mme Michaud souhaite fermement que les services des centres de ressources soient éventuellement accessibles à tous les vétérans et non pas seulement à ceux libérés pour des raisons médicales.

«Pourquoi créer deux classes de vétérans? Le Canada devrait offrir ces services à toute la communauté militaire. Nous allons poursuivre nos représentations en ce sens», a-t-elle déclaré en terminant.