Me Pierre Gagnon estime que Vital Lemire aimait attirer l’attention et se réjouissait de la façon dont les victimes pouvaient le croire.

«L'homme au pouce magique», un client unique

Le criminaliste Pierre Gagnon a été fasciné, lors du procès de Vital Lemire, surnommé «l’homme au pouce magique», de voir à quel point l’être humain pouvait être « manipulé et manipulateur ». Ce dossier demeurera un cas unique pour l’avocat qui ne croit jamais en avoir un autre semblable.

Me Gagnon a défendu les intérêts de Lemire lors de son procès au début des années 2000. L’homme, qui avait alors 55 ans, avait été reconnu coupable d’agressions sexuelles commises au Saguenay. Six femmes, dont deux mineures, et deux hommes avaient porté plainte contre celui qui prétendait avoir des pouvoirs magiques grâce à son pouce.

L’individu est décédé le 5 mars dans sa cellule du Centre de détention de Port-Cartier, à l’âge de 73 ans.

« Ce qui m’a fasciné à titre d’avocat dans cette affaire, c’est de voir jusqu’à quel point l’être humain pouvait aller dans la manipulation et les vices. Oui, Vital Lemire a fait croire bien des choses, mais il y a des victimes qui m’ont semblé naïves. »

« Elles disaient croire avoir le sida, parce que Lemire leur avait diagnostiqué cette maladie, et croyaient encore plus qu’il était pour les guérir en mettant son pouce dans leurs parties génitales. Il a même touché les seins d’une mère de famille en lui disant qu’il était pour les faire grossir. La dame est même venue témoigner qu’elle avait noté une différence », se remémore Me Gagnon.

Ce dernier se rappelle aussi que Lemire jubilait lorsqu’il voyait qu’il avait réussi à avoir ses victimes.

« Il était content de voir qu’il était parvenu à emberlificoter ses victimes. Ça le réjouissait de voir ça. Lorsque j’allais le rencontrer durant les pauses, il prenait un plaisir à voir la réaction des gens. »

Vital Lemire

« Il a commencé à attirer ses victimes en leur faisant croire qu’il était pour leur léguer des sommes importantes d’argent. Il avait un testament notarié disant qu’il possédait 30 ou 35 millions de dollars. Il y a du monde qui était prêt à le croire sur bien des choses pour en avoir une partie », estime Me Gagnon.

Une notaire était venue confirmer l’authenticité du document.

Au terme du procès, Lemire, qui n’avait qu’un pouce à la main droite, d’où son surnom, a été condamné à une peine de détention indéterminée. Il avait été déclaré délinquant dangereux.

« S’il n’était pas le premier (délinquant dangereux) au Canada, ce n’était pas loin. Il s’agissait à l’époque, et encore aujourd’hui, d’une peine importante. L’homme purgeait une peine de détention indéterminée. Il pouvait demeurer incarcéré pour la balance de ses jours avec une telle décision. Et c’est ce qui lui est arrivé », a ajouté le criminaliste.

Meurtres

Me Gagnon n’a pas eu beaucoup de contacts avec son client à la suite de son incarcération.

Il se souvient par contre que Vital Lemire l’a appelé pour lui dire qu’il devait parler à la police en lien avec deux meurtres commis en Gaspésie et à La Baie. Il aurait assassiné Roger Roy, en Haute-Gaspésie, et Adjutor Lapointe, à Chicoutimi.

« Il m’a effectivement appelé et m’a demandé de dire aux policiers d’aller le voir pour des meurtres non résolus. Il m’avait parlé d’un événement en Gaspésie, où il a déjà résidé, et d’un meurtre à Chicoutimi qui n’avait jamais été résolu. »

« Les policiers sont allés le rencontrer, mais à ma connaissance, ça n’a jamais rien donné. Il était du genre à vouloir attirer l’attention sur lui. Une chose est certaine, je ne crois pas avoir un jour un autre client aussi anecdotique que lui », a conclu Me Gagnon.

Vital Lemire aura donc été condamné à plus de 50 années de détention pour plusieurs dossiers criminels.