Les assauts physiques, psychologiques, sexuels, les pressions économiques, le chantage, les fraudes­ sont malheureusement universels.

LGBT: lever le voile sur la violence conjugale

La violence dans le couple n’est pas l’apanage des hétéros. Elle serait même proportionnellement plus importante dans les communautés lesbiennes, gaies, bisexuelles et trans (LGBT). Sauf que les services d’aide sont rares, inadaptés et peu sollicités.

Au bout du fil, Valérie Roy, professeure à l’École de travail social et de criminologie de l’Université Laval. Le fédéral vient de lui octroyer une subvention de 600 000 $ pour poursuivre ses travaux sur ce sujet.

«Il y a très peu de recherche qui se fait au Québec sur la violence dans les relations amoureuses dans les communautés LGBT, explique-t-elle. [Pourtant], les personnes LGBT sont plus à risque de subir de la violence. Au Canada, elles sont deux fois plus à risque.»

Est-ce dire que la brutalité dans les couples de même sexe diffère de celle qui s’exerce dans les unions hétérosexuelles? «Il y a des points communs», note Mme Roy : les assauts physiques, psychologiques, sexuels; les pressions économiques; le chantage; les fraudes… Ces dysfonctions de l’amour sont universelles. «Peu importe les couples [ou] les orientations sexuelles.»

Valérie Roy termine toutefois une étude spécifique aux ménages gais qui lui a permis de relever des torts supplémentaires — ce sont d’ailleurs ces observations qui l’ont poussée à élargir ses travaux sur les autres minorités sexuelles. Étonnamment, l’orientation, l’identité de genre, devient un outil pour le harceleur qui fait lui-même partie de ces groupes.

Ainsi, des insultes homophobes sont parfois lancées : «tapette». Les menaces de forcer la sortie du placard du conjoint ou de la conjointe discret avec sa famille et ses collègues servent également. Si l’autre s’identifie «elle», le compagnon utilisera le «il» pour attaquer…

Et les conséquences seraient augmentées par la solitude que vivent déjà nombre de personnes qui s’identifient aux différents sous-groupes sexuels, au dire de Mme Roy. «Une personne LGBT qui vit de la violence, la conséquence : l’isolement est décuplé.»

Sauf que les victimes seraient peu enclines à demander de l’aide. En partie parce que les services adaptés sont rares. Aussi parce qu’en plus de dévoiler publiquement qu’elle subit de la violence conjugale, elle devra dévoiler son orientation. Sans compter que certaines victimes ne s’identifient pas à la «violence conjugale» parce que l’imaginaire populaire l’associe plutôt à l’homme hétéro qui bat sa femme.

Adapter les services

Mais avant de pouvoir développer les services spécifiques, il faudra décortiquer la problématique et les besoins, fait valoir Valérie Roy. 

Avec son équipe, elle compte donc interviewer une soixantaine de victimes. Mme Roy développera ensuite un guide pour les intervenants du réseau de la santé et des groupes communautaires qui interviennent auprès de cette clientèle. «Le but ultime du projet, c’est d’améliorer les services.»