Le Dr Richard Fleet participait mercredi au premier Sommet sur la médecine d’urgence en milieu rural, où il a présenté un aperçu des défis auxquels font face les urgences rurales du Québec.

Les urgences rurales à bout de souffle

«Il y a environ 300 transferts [interétablissements] par urgence rurale par année. Le plus grand défi, c’est de convaincre les établissements des centres urbains de prendre les patients.»

Le DRichard Fleet est titulaire de la Chaire de recherche en médecine d’urgence Université Laval-CISSS Chaudière-Appalaches. Il mène actuellement une étude sur les urgences rurales afin de trouver des solutions pour améliorer leur qualité et leur performance. 

Le Dr Fleet participait mercredi au premier Sommet sur la médecine d’urgence en milieu rural, où il a présenté un aperçu des défis auxquels font face les urgences rurales du Québec. «Le problème, c’est toujours une question de ressources. Même les grands centres débordent. Même s’il y a des corridors de services, ce n’est pas toujours évident», a-t-il résumé en marge du Sommet. 

Si les centres receveurs sont «très ouverts» à accueillir les patients des régions, «des fois, il faut que tu négocies», souligne le DFleet. «Ils reçoivent des appels de partout, et si leurs soins intensifs sont pleins...»

Comme il n’y a pas beaucoup d’équipements et de spécialistes dans une urgence rurale, le processus de décision quant à la nécessité de transférer ou non un patient n’est «pas toujours facile», mentionne-t-il encore. 

Télémédecine

D’où l’intérêt de développer la télémédecine, un outil qui permet d’aider à distance les médecins en région pour mieux déterminer quel patient doit être transféré, comment et à quelle vitesse. «Par téléphone, ce n’est pas simple», dit le chercheur.

La télémédecine est d’autant utile qu’elle peut contribuer à minimiser les transferts interétablissements, observe le Dr Fleet.

La logistique des transferts pose par ailleurs tout un défi. «L’avion ambulance n’est pas toujours disponible, et on n’a pas de service d’hélicoptère public. Le plus souvent, on transfère par la route, mais il y a un nombre limité d’ambulances sur le territoire.» Le Dr Fleet souligne au passage que les transferts se font souvent sur plusieurs centaines de kilomètres, et que la présence d’un médecin dans l’ambulance n’est pas toujours possible «parce qu’on n’a pas les ressources nécessaires». 

Effectifs insuffisants

Au Québec, il y a des règles qui font que les médecins nouvellement formés doivent parfois aller travailler en région parce que c’est là que sont les postes disponibles, rappelle le chercheur. 

«Ce sont de très bonnes règles pour amener des médecins en région. Le défi qu’on a actuellement, c’est qu’ils ne sont pas assez nombreux pour couvrir l’urgence 24/7. Ce sont souvent les mêmes médecins qui font le bureau, qui font l’hospitalisation... Or ils ne peuvent pas travailler tout le temps. Ils ont besoin de relève, et cette relève, ce sont les médecins dépanneurs. Sauf que cette liste-là devient de plus en plus petite» parce que les médecins urbains sont eux-mêmes débordés dans leurs propres urgences et dans leurs propres cabinets, où ils ont des obligations de prise en charge, expose le Dr Fleet.

«Quand, dans une urgence, vous avez jusqu’à 50 % de vos gardes qui sont couvertes par des médecins dépanneurs, ça pose un défi […] Ça peut donner des découvertures et poser un risque pour la population», souligne-t-il. 

Selon lui, «il y a vraiment un écart qu’il faut réduire entre les milieux ruraux et les milieux urbains» quant à l’accès aux soins. 

La mobilisation des citoyens et des élus locaux peut être le moteur de ce changement, croit-il. «Comme citoyen, comme payeur de taxes, on peut dire : on veut des services adéquats. On ne demande pas le neurochirurgien ou le chirurgien cardiaque, mais on veut des services adéquats.»

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UNE PRATIQUE «STIMULANTE» LOIN DES GRANDS CENTRES

Quand il a commencé sa pratique à Maniwaki, dans le nord de l’Outaouais, le Dr Guillaume Charbonneau pensait y rester un an ou deux. Le médecin originaire de la rive sud de Montréal y est depuis 12 ans, y a fondé sa famille... et il n’a pas envie de rentrer chez lui.

Le Dr Guillaume Charbonneau est président du Collège des médecins de famille du Canada, qui a élaboré avec des partenaires un plan d’action pour améliorer l’accès aux soins dans les régions rurales. «Il y a environ 18 % de la population canadienne qui vit en milieu rural, et il y a seulement 8 % des médecins qui y pratiquent», souligne le Dr Charbonneau, qui participait mercredi au Sommet sur la médecine d’urgence en milieu rural.

Le recrutement et la rétention des médecins dans les régions est une affaire collective, croit-il. Les facultés de médecine, notamment, ont un rôle à jouer «en recrutant des étudiants qui ont un plus grand potentiel de retourner en région».

Une grande séduction

Comme dans le film La grande séduction, la communauté d’accueil y est pour beaucoup dans le recrutement et la rétention d’un médecin. «Quand on attire un médecin en région, on attire toute sa famille, donc il faut s’assurer que tout le monde y trouve son compte, supporter le conjoint, essayer de lui trouver un travail», illustre le Dr Charbonneau. 

Une collaboration qui va dans les deux sens, évidemment. Dans son cas, il s’est impliqué dans des activités sportives en entraînant des équipes de hockey et de soccer de Maniwaki. «J’ai aussi été très impliqué dans ma pratique. J’ai été chef de département, j’ai créé un groupe de médecine familiale… J’essaie de créer des conditions pour attirer des médecins et retenir ceux qui sont en place», dit le DCharbonneau, qui considère sa pratique «très stimulante». 

«Au départ, ça prend un peu de courage de partir dans une région où on ne connaît personne, d’aller dans une pratique où on est un peu laissé à nous-mêmes, mais une fois qu’on y prend goût, c’est une pratique qui est super polyvalente et enrichissante.»