Les nouvelles sont encourageantes pour les sinistrés, mais il reste encore beaucoup de travail à accomplir.

Les sinistrés restent sur leurs gardes à Gatineau

L’eau descend au même rythme que l’espoir grimpe chez les sinistrés des inondations à Gatineau, qui demeurent toutefois sur leurs gardes, sachant pertinemment que l’heure de retirer leurs digues n’est pas encore venue et qu’il faudra consacrer encore beaucoup de temps à nettoyer les dégâts.

Le conseiller du district du Lac-Beauchamp, Jean-François LeBlanc, continuait lundi de sillonner le boulevard Hurtubise à bord de sa chaloupe, au gré des besoins des sinistrés n’ayant pas leur propre embarcation.

« C’est sûr que le soleil et l’eau qui baisse, ça fait que les gens sont de bonne humeur et ont des gros sourires », a-t-il confié.

Mais il y a un mais. Les sinistrés ayant évacué leur résidence qui y reviennent pour constater l’ampleur des dégâts peuvent rapidement perdre leur sourire généré par la décrue. M. LeBlanc a raconté que ce fut par exemple le cas d’une dame qu’il raccompagnait chez elle, qui a retrouvé ses électroménagers renversés par l’eau provenant de la rivière des Outaouais.

L’heure est donc à l’attente pour bien des sinistrés. Après une dizaine de jours dans une chambre d’hôtel obtenue par le biais de la Croix-Rouge, Sylvie Lemoine avait décidé de rentrer chez elle, lundi, avec l’aide du conseiller LeBlanc et de sa chaloupe. « Je vais attendre que ça baisse », a laissé tomber Mme Lemoine. Son condominium est situé dans un immeuble n’ayant pas été atteint par la crue, mais il n’est accessible que par bateau ou avec une salopette de pêcheur.

Consciente que son mari et elle sont « privilégiés », Sylvie Lemoine s’en fait surtout pour ses voisins, chez qui les murs de sacs de sable restent bien en place, prêts à affronter une éventuelle remontée de l’eau.

Dans le quartier Pointe-Gatineau, Louise Perron se promenait avec ses bottes de pluie sur la rue Jacques-Cartier, lundi avant-midi, pour constater l’évolution de la décrue. Malgré les sacs de sable installés autour de sa résidence de la rue Saint-François-Xavier, elle n’a pas échappé aux infiltrations d’eau. Elle craint maintenant une répétition du scénario de 2017, soit une seconde vague d’inondations.

« Il ne faut vraiment pas baisser la garde, parce que le nord n’est pas dégelé, les lacs sont gelés là-bas, il y a encore de la neige, a-t-elle mentionné. […] Mes pompes sont toutes restées à la même place. J’attends. »

Mme Perron n’a « pas la tête » à penser à la réflexion qu’elle devra faire pour l’avenir de sa maison. L’offre de 200 000 $ du gouvernement pour les sinistrés qui souhaitent déménager lui apparaît trop faible pour sa résidence, qu’elle n’a pas encore fini de payer. En même temps, elle admet qu’elle n’est « pas prête à revivre ça tout le temps ».

Raymond Bigras, de son côté, n’ose même pas penser à quitter sa maison de la rue Jacques-Cartier, une artère qu’il habite depuis huit décennies. À la suite des inondations de 2017, sa maison a fait l’objet de travaux, qui ont été payés en partie par le programme d’aide du gouvernement du Québec. Les experts n’avaient toutefois pas jugé bon de la faire soulever, a-t-il raconté. Il attend maintenant de savoir si une telle option sera nécessaire pour éviter que sa résidence subisse une nouvelle fois de lourds dommages.

Encore 2000 sinistrés

Lundi après-midi, la Ville de Gatineau comptait 2061 personnes inscrites comme sinistrés, dont 317 enfants.

Sur les cinq sites d’observation de la Ville, seul celui du secteur Aylmer enregistrait toujours un niveau supérieur au seuil d’inondation exceptionnelle, lundi après-midi. C’est d’ailleurs à cet endroit que la Ville observait la plus faible baisse en 24 heures, soit 3 centimètres. Les baisses ont été de 9 à 10 centimètres aux quatre autres sites, situés plus à l’est.