Les serriculteurs veulent s’emparer du marché du cannabis

Faire pousser du cannabis, «c’est pas plus compliqué que de produire une tomate», juge André Mousseau, président des Producteurs en serre du Québec. Il demande un assouplissement des règles pour que ses membres aient la chance de s’emparer de ce marché naissant. Lucie Charlebois, ministre de la Santé publique, a fermé la porte à cette avenue jeudi.

«C’est de la drogue, le cannabis, c’est pas un plant de tomates», a-t-elle répliqué en point de presse. Selon elle, les producteurs intéressés par cette culture devront se conformer aux normes strictes de Santé Canada, qui régissent en ce moment la culture de cannabis thérapeutique.

M. Mousseau a été le premier acteur à se faire entendre jeudi, à l’ouverture de la commission parlementaire pour étudier le projet de loi 157 sur l’encadrement du cannabis. Il a soutenu qu’environ 3 % de l’espace actuel des serres québécoises pourrait servir à la culture du cannabis. 

M. Mousseau croit qu’une saine compétition entre les producteurs répartis un peu partout dans les régions du Québec pourrait assurer le maintien de prix compétitifs, au lieu que la production soit concentrée dans les mains de deux ou trois gros joueurs. 

«Dans ma tête, c’est un peu comme de la bière», a soutenu M. Mousseau. S’inspirant du modèle de microbrasseries, les serriculteurs québécois pourraient se spécialiser et offrir des variétés spécifiques de marijuana, avec des goûts différents qui répondraient aux attentes des consommateurs. 

Sauf que le temps presse. Pour s’assurer que cette production québécoise soit prête le 1er juillet, date de la légalisation de la marijuana par le gouvernement fédéral, la Société québécoise du cannabis (SQC) doit signer des contrats avec les producteurs en serre avant le 1er avril 2018. 

Le député du Parti québécois Sylvain Pagé croit, comme les serriculteurs, que le cannabis récréatif doit être considéré comme un produit agricole, et doit donc être encadré par le ministère de l’Agriculture (MAPAQ). Ainsi, le Québec pourrait se doter d’une «politique de production québécoise» et créer des emplois en région.

M. Pagé craint que le Québec soit obligé d’acheter du cannabis à l’extérieur de la province car le processus pour obtenir un permis de Santé Canada est «trop lourd». «Santé Canada n’a plus d’affaire dans ce dossier-là à partir du moment où c’est du cannabis récréatif, point final.»

Sans autorisation, «c'est criminel»

Un avis que ne partage pas Mme Charlebois. «C’est honnêtement impossible» que ce soit le MAPAQ qui encadre la production de cannabis au Québec, explique-t-elle. «Produire du cannabis sans une autorisation de Santé Canada, c’est criminel.»

La ministre libérale veut bien faire des représentations auprès d’Ottawa pour s’assurer que davantage de producteurs québécois obtiennent leur permis, car il n’y en a que deux en ce moment. Mais il n’est pas question d’abaisser les critères. 

L’entreprise Hydropothecary, de Gatineau, est la première entreprise québécoise à avoir obtenu son permis de Santé Canada, en 2013. Dans son mémoire déposé en commission parlementaire, elle soutient que le Québec devrait «encourager l’émergence d’un secteur de microcultivateurs, à l’instar de celui des micro-brasseurs». Tout en respectant les normes fédérales, Hydropothecary croit que le «Québec devrait viser une autosuffisance en matière de cannabis».

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D'AUTRES PROPOSITIONS FAITES AU GOUVERNEMENT

› L’organisme ne s’appellerait pas Éduc’cannabis, mais il aurait les mêmes visées qu’Éduc’alcool, soit l’éducation à la modération pour les consommateurs de marijuana. L’Association des intervenants en dépendance du Québec s’est portée volontaire jeudi pour assurer ce mandat, en s’accompagnant d’experts. 

› L’entreprise montréalaise VDMS a présenté au gouvernement son «coffre-fort intelligent», qu’elle voudrait voir installé dans les succursales de la Société québécoise du cannabis (SQC). Munie d’un écran tactile, cette distributrice pourrait aider le commis à sélectionner le bon type de cannabis et à scanner les pièces d’identité des acheteurs. 

› L’Ordre des chimistes milite pour que ses membres soient partie prenante de l’encadrement du cannabis au Québec. Ils veulent s’assurer de la qualité et de la teneur en THC de la marijuana qui sera consommée au Québec. «Ce ne sont pas des analyses innocentes, qu’on peut mettre dans les mains de n’importe qui», croit Guy Collin, président du conseil d’administration de l’Ordre.