Une recherche montréalaise confirme une association entre les saines habitudes alimentaires et la prévention du cancer de la prostate.
Une recherche montréalaise confirme une association entre les saines habitudes alimentaires et la prévention du cancer de la prostate.

Les recherches sur le cancer de la prostate avancent

Judith Desmeules
Judith Desmeules
Le Soleil
Une recherche montréalaise confirme une association entre les saines habitudes alimentaires et la prévention du cancer de la prostate. Premiers pas vers d’autres découvertes qui risquent de formuler des recommandations à la santé publique.

Selon la Société canadienne du cancer, quelque 23 000 Canadiens recevront un diagnostic de cancer de la prostate en 2020.  

Depuis plusieurs années, les chercheurs soupçonnent que l’alimentation est un facteur de risque important dans l’apparition de la maladie, comme c’est déjà le cas pour les maladies cardiovasculaires, le diabète et l’obésité.   

Les données d’une enquête menée à Montréal entre 2005 et 2012 démontrent la relation entre les saines habitudes de vie et le cancer. L’article qui explique ces liens «Dietary Patterns Are Associated with Risk of Prostate Cancer in a Population-Based Case-Control Study in Montreal, Canada» a été publié en juin dernier. 

La professeure de l’Institut national de la recherche scientifique (INRS) Marie-Élise Parent mène les recherches.  

L’étudiante au doctorat à l’INRS et première auteure de l’étude, Karine Trudeau, a identifié trois profils alimentaires principaux dans son analyse : alimentation saine, occidentale avec sel et alcool, et occidentale avec sucreries et boissons. 

Marie-Élise Parent et Karine Trudeau ont donc identifié une association entre une alimentation saine et une diminution du risque de cancer de la prostate. 

Huit ans de recherches

Karine Trudeau travaille sur sa thèse de doctorat depuis près de huit ans. Ce genre de recherche commence avec une équipe spécialisée composée par exemple d’infirmières qui posera des questions à une brochette de participants, de témoins. 

L’équipe a rencontré 4000 personnes de la grande région de Montréal pour établir des profils précis, discuter de leur mode de vie, de leurs habitudes et l’historique de santé. Des personnes atteintes de cancer, comme des personnes en bonne santé.  

«Il s’agit de la plus grosse étude sur le cancer de la prostate au monde, à ce jour. Ça montre qu’il y a un poids à nos découvertes, c’est une première description qui a une tendance. Il faut maintenant que ce soit confirmé par d’autres études dans le monde», explique Karine Trudeau. 

Ces types d’études sont très coûteuses. Cette association trouvée à Montréal pourra motiver d’autres équipes dans le monde à investir dans les recherches.  

«Après, on aura des recommandations à faire à la santé publique, c’est un premier regard sur la situation. Et notre regard est intéressant. On ne parle pas encore de causalité. Si on entreprend des changements dans l’alimentation, peut-être que le risque de cancer va diminuer.» 

Mme Trudeau étudie aussi les facteurs qui rendront le cancer de la prostate agressif.   

«L’alimentation peut avoir un impact sur la forme agressive du cancer de la prostate. On n’a pas d’évidence scientifique, ça nous tend toutefois une voix vers la prévention. On veut trouver des facteurs de risques modifiables.» 

L’âge et la génétique sont, par exemple, des facteurs de risque qui ne sont pas modifiables. 

Pour l’instant, aucune preuve scientifique ne permet d’établir un lien hors de tout doute entre l’alimentation et ce type de cancer. Toutefois, avec l’association, on suppose que les Montréalais gagneraient à adopter de saines habitudes alimentaires pour réduire les risques de cancer de la prostate. 

Karine Trudeau étudie aussi les impacts que peut avoir la trop grande consommation d’aliments modifiés sur la santé.