L’Association des psychologues du Québec dit craindre une «standardisation» et une «déshumanisation» des services psychologiques.

Les psychologues craignent une «McDonaldisation» de leurs services

Si elle se réjouit à première vue de la création d’un programme public de psychothérapie, l’Association des psychologues du Québec (APQ) estime que le modèle britannique dont veut s’inspirer le gouvernement Couillard comporte «des lacunes importantes». Selon elle, la «McDonaldisation» des services psychologiques est à craindre.

En entrevue au Soleil, mardi, le président de l’APQ, Charles Roy, a d’emblée déploré que le ministre Gaétan Barrette ait annoncé son programme avant de recevoir l’avis de l’Institut national d’excellence en santé et en services sociaux (INESSS). «On aurait eu aussi des commentaires à formuler, mais on n’a pas été consulté», s’est également désolé M. Roy.

Le président de l’AOPQ souligne que le modèle anglais dont veut s’inspirer le ministre de la Santé oblige la référence médicale pour l’accès à la psychothérapie. 

«Pourquoi on passerait par les médecins pour évaluer les personnes et faire ce qu’on connaît mieux qu’eux? Ça ajoute des coûts inutilement, et c’est un frein à l’accès, compte tenu de la difficulté de la population à avoir un médecin de famille», fait valoir Charles Roy, qui ne comprend pas la volonté du ministre Barrette de «briser des équipes qui fonctionnent en CLSC pour les transférer dans les groupes de médecine familiale (GMF)».

«C’est encore la centralisation autour du médecin. On revient 50 ans en arrière», dénonce-t-il.

M. Roy en a également contre le fait que le ministre présente son programme de psychothérapie comme «un cadeau» après «des années de saignée» dans le réseau public. 

«Il nous manque 120 postes en psychologie adulte. On nous a privés pendant des années, et là, on prend de l’argent pour partir un autre modèle. C’est un peu offensant pour nous qui travaillons en CLSC. La machine est rodée, les modèles ont fait leurs preuves, mais le ministre est obsédé par les GMF», déplore le président de l’APQ.

«Protocoles formatés et abrégés»

M. Roy estime en outre que le modèle anglais impose des «protocoles formatés et abrégés» qui réduisent le travail des psychologues à celui de «techniciens en santé mentale». Il dit craindre une «standardisation», une «déshumanisation» et une «macdonaldisation» des services psychologiques. «On ne peut pas prendre un modèle thérapeutique [l’approche cognitivo-comportementale] et l’appliquer mur à mur», insiste le président de l’APQ.

«Les personnes ne sont pas de petites machines dont on répare les rouages brisés en se limitant au traitement du symptôme. Mettre un «plasteur» sur le bobo n’est pas suffisant», fait-il par ailleurs valoir.