Les psychiatres de l’hôpital de Thetford Mines démissionnent en bloc

Les trois psychiatres de l’Hôpital de Thetford Mines, dont une qui n’était en poste que depuis quelques jours, ont démissionné en bloc vendredi, dénonçant des pratiques désuètes à l’interne et des investissements insuffisants en consultation externe.

Cette démission forcera la fermeture temporaire de l’unité de psychiatrie de l’hôpital, qui traite près de 300 patients par année et dans laquelle 1,3 million $ avait été investi l’an dernier.

«C’est une saga qui dure depuis longtemps», a déclaré au Soleil Karine Igartua, présidente de l’Association des médecins psychiatres du Québec. Plusieurs psychiatres auraient démissionné au fil des années, mais, en 2015, deux se sont installées l’Hôpital de Thetford Mines, où il y aurait cependant du travail pour quatre.

On leur aurait alors demandé de s’occuper à la fois de l’hospitalisation des patients à l’interne, des consultations aux urgences, des consultations dans les autres spécialités, des consultations des médecins de famille et des consultations externes.

Épuisant

«L’administration leur demandait de tout faire... Ça devient épuisant! En plus, à l’unité interne, le personnel n’est pas formé et on se retrouve en situation dangereuse. Par exemple, si un patient s’agite, le personnel ne sait pas comment intervenir. Les pratiques infirmières ne sont pas à niveau, il n’y a pas de psychologue et il manque de travailleurs sociaux. À l’externe, les psychiatres ne peuvent pas être aussi efficients quand il manque de personnel», ajoute Mme Igartua.

Les deux psychologues auraient tenté de régler le problème au fil de plusieurs rencontres avec l’administration depuis un an et demi. «Mais malheureusement, les choses ne changent pas. Les deux psychiatres étaient épuisées, mais elles ont quand même réussi à recruter une troisième psychiatre il y a une semaine. Celle-ci a donné sa démission au bout de cinq jours», raconte la présidente de l’Association.

Ne sentant pas qu’elles avaient l’appui de l’administration de l’hôpital, les deux autres l’ont imitée à contrecoeur, ouvrant toutefois un bureau de l’autre côté de la rue pour continuer à voir les patients à l’externe. 

Budget

«Elles ont demandé qu’on revienne à un modèle où ce sont les omnipraticiens qui hospitalisent, elles se sont fait dire non. Elles ont demandé d’avoir plus de personnel, on leur a répondu qu’ils n’avaient pas le budget», poursuit Karine Igartua.

Les budgets en santé mentale à Thetford Mines seraient en effet en deçà de ce qu’ils devraient être, selon la présidente. «À titre comparatif, dans un hôpital comme celui de Montmagny, une ville un peu plus petite que Thetford Mines, on compte six psychiatres.»

Mme Igartua, qui affirme que cette crise est la première qu’elle traverse en cinq ans à la tête de l’Association, ajoute également que Thetford Mines n’est pas le seul endroit au Québec à vivre une pénurie de personnel. 

«Par contre, en Abitibi par exemple, des ententes existent pour que les psychiatres n’aient pas à hospitaliser les patients et les attentes sont réduites en vertu de la réduction d’effectifs. Ce n’était pas comme ça à Thetford Mines malheureusement», conclut-elle.