La vérificatrice générale, Guylaine Leclerc, a déposé son rapport lundi sur l’état des finances québécoises, trois jours avant le déclenchement des élections.

Les prévisions budgétaires du gouvernement tiennent la route, dit la VG

La vérificatrice générale, Guylaine Leclerc, a donné sa bénédiction, lundi, à la stratégie budgétaire du gouvernement Couillard, trois jours avant le déclenchement de la campagne électorale.

Les finances de l’État québécois sont en ordre et les prévisions budgétaires formulées par le gouvernement Couillard jusqu’à 2021 sont «plausibles», a conclu la vérificatrice générale, dans un rapport fort attendu rendu public lundi.

En 2015, par souci de transparence et pour éviter de mauvaises surprises au gouvernement suivant, l’Assemblée nationale avait donné le mandat au Vérificateur général de dresser désormais le portrait objectif des finances publiques du Québec avant la tenue de chaque élection générale. Il s’agit donc d’une première, un geste qualifié par Mme Leclerc «d’important exercice démocratique».

Pour mener à bien sa tâche, la vérificatrice s’est appuyée sur le rapport préélectoral préparé par le ministère des Finances et rendu public aussi lundi, un document remis en juin et passé au peigne fin par l’équipe d’experts réunis autour de la vérificatrice au cours des derniers mois.

En conclusion, qu’il s’agisse des prévisions de revenus consolidés (revenus autonomes et revenus obtenus grâce aux transferts fédéraux), de dépenses de fonctionnement, de missions ou des dépenses liées à la rémunération, sans compter le remboursement de la dette, les scénarios présentés par le gouvernement pour les années allant de 2018-2019 à 2020-2021 sont jugés «plausibles», et ce, «dans tous leurs aspects significatifs». Donc, ils tiennent la route, aux yeux de Mme Leclerc.

Après des années de vaches maigres, le gouvernement avait annoncé des «réinvestissements» considérables dans plusieurs secteurs de l’administration publique, lors de la présentation de son dernier budget en mars. Le rapport de la vérificatrice tient compte de ces montants dans son analyse.

En conférence de presse, la vérificatrice générale a pris soin de mentionner qu’elle ne portait pas de jugement sur les choix financiers du gouvernement, se contentant d’analyser leur réalisme sur le plan d’une saine gestion des finances publiques.

Le gouvernement a aussi prévu une marge de manœuvre suffisante, en cas de pépin, selon elle.

On a donc aussi tenu compte de l’incertitude économique ambiante, provoquée par la montée du protectionnisme en provenance des États-Unis, principal partenaire économique du Québec, de même que du risque de voir poindre une récession.

Surplus annuel

Dans le rapport préélectoral préparé par le ministère des Finances, on apprend que Québec prévoit désormais, si on compare avec mars dernier, engranger un surplus annuel additionnel de l’ordre de 950 millions $, pour les années budgétaires allant de 2018-2019 à 2022-2023.

Avec la bonne performance de l’économie, le faible taux de chômage, Québec voit donc ses coffres se remplir des contributions fiscales des particuliers et des sociétés.

Les revenus fiscaux (taxes et impôts), qui représentent 60 % des revenus consolidés de l’État, sont en croissance de 3 % en 2018-2019 et la progression se poursuivra à ce rythme les années suivantes.

La croissance économique s’est accélérée en 2017, alors que le produit intérieur brut (PIB), principale mesure de l’activité économique, est passé de 1,4 % en 2016 à 3 % l’année suivante.

Québec prévoit que la tendance à la hausse se poursuivra, mais plus lentement, à 2,1 % en 2018 et à 1,7 % en 2019, soit l’équivalent des prévisions disponibles à l’échelle canadienne.

Dans ce contexte, on ne sera pas surpris d’apprendre que le cadre financier dessiné pour les cinq prochaines années assure le maintien de l’équilibre budgétaire. Les déficits passés se transforment en surplus.

Pour l’année 2017-2018, selon les estimations préliminaires, l’excédent budgétaire du Québec atteindra 2,3 milliards $ (soit en fait 4,6 milliards $, moins le versement de 2,3 milliards $ au Fonds des générations).

Au total, les revenus dans les coffres de l’État devraient passer de 110 milliards $ cette année à 124 milliards $, si tout se passe comme prévu, en 2022-2023.

La vérificatrice générale s’est montrée satisfaite des informations, chiffres et tableaux fournis par le ministère des Finances pour mener à bien son travail.

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LES QUÉBÉCOIS NE SONT PAS DUPES, DIT L'OPPOSITION

Le rapport qu’a déposé lundi la vérificatrice générale démontre que l’équipe libérale est l’une des meilleures de l’époque moderne du Québec en ce qui a trait à la gestion des finances publiques, dit le premier ministre Philippe Couillard. Bien au contraire, il faut conclure au retour de l’austérité, prédit l’opposition péquiste.

Depuis Scott, en Beauce, où il réunissait lundi une centaine de ses candidats, trois jours avant le déclenchement des élections, M. Couillard a plaidé pour qu’on ne brise pas l’élan des libéraux.

«C’est des bonnes nouvelles pour le Québec, s’est-il réjoui. Il ne faut surtout pas briser cet élan. Il faut aller encore plus loin, [...] parler de la vie des gens, de ce qui peut rendre leurs vies meilleures, maintenant qu’on s’est donné les moyens de parler de ça aussi.»

La vérificatrice générale Guylaine Leclerc a conclu que les finances de l’État québécois étaient en bon état et que les prévisions budgétaires formulées par le gouvernement Couillard jusqu’à 2021 sont «plausibles».

M. Couillard a rappelé que c’est son gouvernement, par souci de transparence en 2015, qui a donné le mandat au Vérificateur général de dresser désormais le portrait objectif des finances publiques du Québec avant la tenue de chaque élection générale.

Le premier ministre a aussi martelé que, grâce à son gouvernement, le Québec est maintenant mieux «armé» pour faire face à l’incertitude qui règne sur les marchés mondiaux.

«Si on n’avait pas fait cet exercice d’équilibre [budgétaire], on n’aurait pas eu les moyens de donner aux entreprises ce qu’il faut pour affronter cette période d’incertitude», a-t-il affirmé.

Retour de l’austérité

Mais du côté de l’opposition, on y voyait plutôt un retour annoncé de l’«austérité» budgétaire, a prédit le porte-parole péquiste pour les questions de finances, Nicolas Marceau.

Selon lui, la marge de manœuvre de 950 millions $ n’est pas une marge de manœuvre pour ajouter de nouveaux services en santé, par exemple, ou redonner des services qui ont été enlevés ou réduits en éducation, «ce sont les coûts de système appliqués aux services que nous avons actuellement».

«Il n’est pas question de combler, malheureusement, ou de revenir au niveau de services auquel la population avait droit en 2014, quand le gouvernement libéral est arrivé», a-t-il jugé.

Quant au message de la vérificatrice générale voulant que les chiffres soient «plausibles», M. Marceau n’en tire pas de grande conclusion : «Tout ce qu’elle dit, c’est que les additions sont correctes, les multiplications sont correctes et les prévisions de croissance économique correspondent à ce que les économistes pensent qu’il va arriver».

Donc, «les prochaines années vont être des années d’austérité; on va retourner à ça. Les montants de dépenses prévues dans les prochaines années sont des montants qui sont inférieurs à ce qui serait nécessaire pour reconduire les services. Donc, on retourne en austérité», a prédit M. Marceau.

À la Coalition avenir Québec, le porte-parole pour ces dossiers, François Bonnardel, se désole qu’on ait «mis à mal les missions de l’État» pour en arriver là. «Le premier ministre Couillard a trahi sa parole, en début de mandat, en disant qu’il n’augmenterait pas ses tarifs au-dessus de l’inflation. Vous vous souvenez des tarifs de garderie qui ont explosé?Même chose dans les taxes scolaires et les tarifs d’Hydro-Québec. On est allé augmenter les revenus de façon substantielle et, d’un autre côté, on a mis à mal les missions de l’État, quand la croissance des dépenses a été en bas des coûts de système, les premières années», a-t-il déploré.