Des ourses brunes scandinaves semblent rechercher la proximité des habitations humaines afin de protéger leurs petits des mâles potentiellement agressifs.

Les ourses s'approcheraient des humains pour protéger leurs petits

MONTRÉAL — Des ourses brunes scandinaves semblent rechercher la proximité des habitations humaines afin de protéger leurs petits des mâles potentiellement agressifs, a constaté une chercheuse québécoise.

La doctorante Joanie Van de Walle, de l'Université de Sherbrooke, collabore avec des scientifiques de Norvège et de Suède qui étudient depuis une trentaine d'années la population d'ours bruns de cette région du monde.

Au fil du temps, ils ont remarqué que les femelles restent de plus en plus longtemps avec leurs jeunes, probablement parce que la réglementation de la chasse protège les membres de groupes familiaux; en d'autres mots, les femelles sont à l'abri des chasseurs tant qu'elles sont avec leurs oursons.

«Il semblerait aussi que les femelles qui ont des jeunes ont tendance à s'approcher des habitations humaines, a expliqué Mme Van de Walle. On s'attendrait normalement à ce que les ourses évitent d'être proches des humains, mais dans ce cas-ci, il semblerait qu'elles s'approchent des habitations humaines pendant la période de reproduction. Ce n'est pas, par exemple, parce que les femelles cherchent de la nourriture près des habitations humaines.»

Durant la période de reproduction, poursuit-elle, il y a un risque d'infanticide ou d'interaction agressive avec les mâles. Il est en effet bien documenté que les mâles auront tendance à tuer les oursons qui ne sont pas les leurs, afin d'accélérer le retour en chaleur de la femelle pour pouvoir ensuite s'accoupler avec elle.

Des données fournies par des colliers GPS ont révélé aux chercheurs que les femelles ont tendance à s'approcher des habitations humaines quand elles sont accompagnées de petits, possiblement pour éviter de rencontrer des mâles et protéger leur progéniture. Peut-on dès lors en conclure qu'elles ont «appris» que les habitations humaines sont synonymes de sécurité?

«C'est une bonne question, a reconnu Mme Van de Walle. On ne sait pas si c'est un apprentissage. Peut-être. Après la saison de reproduction, on observe que les femelles ont tendance à changer de nouveau de comportement. Elles vont commencer à éviter les habitations humaines.

«C'est quand même curieux que pendant une certaine période, qui est quand même assez courte, les femelles auraient un comportement vraiment très particulier de s'approcher des habitations humaines, et après ça elles vont les éviter. Est-ce que c'est appris, ou est-ce que c'est que les femelles qui font ça sont celles qui survivent mieux et se reproduisent mieux ? On ne le sait pas à l'heure actuelle.»

Stratégie imparfaite

Mais cette stratégie n'est pas parfaite, puisqu'elle s'accompagne de certains risques pour les ourses.

«Il y a un risque qui est associé à la proximité aux humains, c'est certain, a expliqué Mme Van de Walle. Il y a un risque au niveau nutritif […] parce que souvent la diète est un peu moins bonne pour les ourses qui vont s'approcher des habitations humaines. Il y a un risque d'être dérangées par les humains dans leurs comportements. Mais aussi elles peuvent être considérées comme des ourses nuisibles, et à ce moment-là il y a toujours un risque associé.»

Les ours bruns de Scandinavie sont la même espèce que les grizzlis canadiens; seul le nom est différent. Mais contrairement aux grizzlis, les ours bruns de Scandinavie sont beaucoup plus craintifs des humains et «le risque qu'une rencontre avec un ours dégénère en Scandinavie est beaucoup plus faible», a dit Mme Van de Walle.

Mais, ultimement, le risque associé à rencontrer des mâles pendant cette période serait plus grand que le risque que les femelles encourent à demeurer près des habitations humaines, a-t-elle précisé.

Les chercheurs aimeraient maintenant savoir s'il s'agit d'un comportement qui se répète dans le temps et que les femelles adoptent année après année.