Achille Hubert a été nommé Chevalier de l’Ordre national du Québec en 2012, à l’occasion des 40 ans du Radar.

Les Madelinots pleurent la mort du journaliste Achille Hubert

Les Madelinots pleurent le départ du journaliste Achille Hubert, décédé à 81 ans en fin de soirée jeudi, de complications subséquentes à une crise cardiaque subie en fin de semaine. Il vivait depuis un an et demi à la résidence Eudore-Labrie, des Îles-de-la-Madeleine.

Fondateur en 1972 du journal Le Radar et propriétaire de cet hebdomadaire jusqu’en 2015, M. Hubert a également été collaborateur au Soleil de 1991 à 2005, en plus d’avoir été correspondant pour Radio-Canada Gaspésie-Îles-de-la-Madeleine régulièrement pendant les années 1970, au début des années 1980, et à intermittence par la suite. Il a été nommé Chevalier de l’Ordre national du Québec en 2012, à l’occasion des 40 ans du Radar.

Ex-journaliste et député des Îles-de-la-Madeleine à l’Assemblée nationale depuis octobre, Joël Arseneau a travaillé avec Achille Hubert. Il l’a remplacé comme éditorialiste entre 2014 et 2017.

«Il faisait de l’information pour éveiller les consciences […] Il était à la fois conventionnel et avant-gardiste. Il s’intéressait à des secteurs comme l’éolien, la cause environnementale, avant bien du monde dans ce cas, aux pêches, à la chasse au loup-marin, et il disait aux Madelinots qu’ils n’étaient pas un peuple voué à une condition inférieure. Il était convaincu, avec humilité, que l’information pouvait tirer la société madelinienne vers le haut, avec l’éducation populaire, la pédagogie», aborde M. Arseneau.

«Il a résisté à des tentatives d’achat du Radar, convaincu que les Madelinots étaient capables "par nos moyens" de maintenir leurs outils de communications […] À la fin des années 1990, il avait refusé une offre de distribuer gratuitement le Radar, un journal vendu, dans les publisacs, afin de joindre chaque foyer madelinot. Il aurait fait plus d’argent mais il a répondu: "le jour où le lecteur ne paiera pas, l’information n’aura plus de valeur". Ces paroles ont une résonance particulière aujourd’hui, à l’heure des fake news. Il a été un témoin de l’histoire et il a fait don de 40 ans de photos au Centre d’archives régional des Îles. Il avait ce souci de mettre en valeur l’histoire», ajoute le député. 

Une phrase classique

Gilles Ouellet, du Soleil, a supervisé les collaborations d’Achille Hubert pour le quotidien pendant 15 ans, mais ses souvenirs remontent à 1972.

«Alors jeune journaliste nommé à Sept-Îles pour couvrir la Côte-Nord, j’ai rapidement eu le plaisir de connaître Achille Hubert par ses reportages à la station CBGA, à Matane, reconnaissant sa voix particulière parmi les autres. "La mouvée de loups-marins s’approche de Cap-aux-Meules" était une phrase classique de ses reportages que j’avais hâte d’entendre dès les premiers jours du printemps, saison de la fameuse chasse aux phoques. Sujet devenu controversé, Achille ne s’en formalisait pas et a souvent, avec patience, pris le temps de m’expliquer l’importance de cette activité, son impact économique, son rôle dans l’équilibre écologique du golfe Saint-Laurent […] Désormais, là où il aura droit à un repos bien mérité, Achille continuera de faire sa marque par son calme, sa patience et son influence, tel le radar qui doit guider. Merci Achille», souligne M. Ouellet.

Bernard Tremblay a longtemps animé des émissions d’affaires publiques à Radio-Canada Gaspésie-les-Îles et malgré «ce départ qui m’attriste beaucoup», l’évocation du nom Achille Hubert le fait sourire.

«C’était un personnage. C’était la voix des Îles-de-la-Madeleine dans les années 1970. Même en télévision, sans caméra aux Îles, avec sa photo à l’écran, on l’entendait, particulièrement dans le temps de la mouvée des loups marins, nous raconter ce qui se passait, avec son accent savoureux», évoque M. Tremblay.

M. Hubert venait d’une famille de 14 enfants. Il laisse notamment dans le deuil ses trois enfants, Aurélie, Kevin et Jean, nés d’une première union, et sa compagne de vie des 22 dernières années, Lucille Tremblay.