D’après une étude parue mardi dans Science Advances, les femmes de la préhistoire travaillaient tellement dur des bras que leurs os montraient des signes d’usure et d’adaptation comparables à ce que l’on observe, de nos jours, chez des avironneuses de pointe qui s’entraînent une vingtaine d’heures par semaine.

Les gros bras de la fermière préhistorique...

Quand une fermière de la préhistoire se fâchait au point d’allonger une ou deux taloches, mieux valait ne pas se trouver dans les parages : d’après une étude parue mardi dans Science Advances, les femmes de cette époque travaillaient tellement dur des bras que leurs os montraient des signes d’usure et d’adaptation comparables à ce que l’on observe, de nos jours, chez des avironneuses de pointe qui s’entraînent une vingtaine d’heures par semaine.

Menée par un trio d’anthropologues canadiens et britanniques, Allison A. Macintosh en tête (Cambridge), l’étude a consisté à «scanner» les tibias et les humérus (l’os entre l’épaule et l’avant-bras) de femmes qui ont vécu dans des villages agricoles d’Europe centrale entre le Néolithique (autour de 5000 avant nos ères) et le Moyen-Âge, ce qui a donné un échantillon d’environ 80 squelettes en tout. Puis les résultats — par exemple, l’épaisseur de la paroi osseuse, qui donne une idée de la rigidité de l’os — ont été comparés avec les os de femmes actuelles pratiquant divers sports (soccer, course de fond et aviron).

L’idée derrière cet exercice est que, un peu comme les muscles bien que de façon moins apparente, les os s’adaptent aux efforts que l’on faits et à nos modes de vie. Nombre d’études ont montré, par exemple, que les marathoniens ont des tibias plus rigides que la moyenne parce que la course sur de longues distances leur impose des chocs répétitifs.

Et de la même manière, explique l’anthropologue de l’Université de Montréal Julien Riel-Salvatore et spécialiste des premières sociétés agraires (qui n’a pas participé à l’étude), «quand on est passé à l’agriculture, ça a changé du tout au tout nos interactions avec l’environnement. On commence alors à produire nos propres ressources. Et l’intérêt de ça, c’est qu’on peut générer des surplus de façon prévisible. Mais ces surplus-là doivent être conservés et la meilleure manière de le faire, c’est de transformer les grains en farine. Donc il y a tout un travail de mouture qui vient avec ça (…) et ça crée un stress énorme sur la physiologie des gens. À travers des mouvements répétitifs et très, très forçants, ça va en quelque sorte remodeler le squelette humain».

Pendant des milliers d’années, en effet, la mouture s’est faite en frottant (inlassablement) de petites molettes en pierre contre une autre pierre, plus grosse. Et à en juger par les traces que cela a laissées sur l’humérus des fermières préhistoriques, il semble que cela représentait une charge comparable à celle que subissent les avironneuses d’équipes collégiales qui s’entraînent «jusqu’à 21 heures par semaine», écrivent Mme Macintosh et ses collègues. Cette charge s’est poursuivie jusqu’au début de notre ère ou même au Moyen Âge, quand certaines technologies — des meules rotatives actionnées par des bœufs, par exemple — sont venues libérer les femmes de cette tâche. L’humérus des fermières commence alors à changer pour se rapprocher de plus en plus à celui de la femme moyenne d’aujourd’hui.

Signes sur les tibias

Fait intéressant, d’autres études sur la même époque avaient trouvé que chez les hommes du néolithique, les signes de «travail» se voyaient surtout sur les tibias, adaptations qui dénotaient des voyages sur de grandes distances.

«D’après les données sur les tibias, il semblerait que les femmes restaient proches de la maison. (…Il faut voir qu’il) y avait aussi des tâches pastorales liées aux animaux domestiques. Et dans la séparation sexuelle des tâches de l’époque, ce sont les hommes qui vont faire paître les bêtes, ce qui implique de longs déplacements», explique M. Riel-Salvatore. C’étaient les hommes qui s’en occupaient essentiellement pour les mêmes raisons que c’étaient eux qui faisaient la guerre, soit une question de risques, dit-il.