Conçut en collaboration avec le Museo Leonardo da Vinci, à Rome, Leonardo Da Vinci, 500 ans de génie a déjà été présentée dans une trentaine de pays, mais il s’agit d’une Première au Canada.

Les géniales inventions de De Vinci au Musée des sciences et de la technologie

Alors que la planète commémore ce jeudi 2 mai le 500e anniversaire de la mort de Léonard De Vinci, le Musée des sciences et de la technologie du Canada (MSTC) en profite pour inaugurer une exposition itinérante consacrée à celui qui, avant d’être le peintre de La Joconde, fut surtout un incroyable esprit scientifique, « père » d’une multitude de machines spectaculaires... que les petites mains pourront tripoter jusqu’à cet automne, au détour de Leonardo Da Vinci — 500 ans de génie.

Sur papier, il a tout inventé, ou presque, « Leo ».

On doit à l’ingénieur les plans de la grue à treuil, du chariot propulsé (qui préfigure la voiture), du piano portable, du scaphandre et du convertisseur de mouvement alternatif en mouvement continu. Sans oublier la spectaculaire « vis aérienne » hélicoïdale (l’ancêtre de l’hélicoptère) et le parachute. Et si on hésite à lui attribuer la paternité de la bicyclette, c’est de peu (un de ses disciples anonymes s’en serait chargé, concluent certaines recherches).

Lorsqu’il s’intéresse à Leonardo le peintre, le musée le fait via le prisme scientifique qui correspond à son mandat.

Pas à pas, on réalise l’ampleur de son génie, et de sa curiosité sans bornes : ses plans et réflexions touchent à l’hydraulique, l’optique, l’acoustique, l’architecture et l’urbanisme. Et, bien sûr, aux arts militaires — l’argent étant le nerf de la guerre, et ses mécènes étant belliqueux. On lui doit aussi l’échelle d’assaut, la mitrailleuse multidirectionnelle et le char blindé... qui ne verra le jour que lors de la Première Guerre mondiale.

Sur papier, insiste-t-on. Car bien peu de ses découvertes et hypothèses ont pu être appliquées de son vivant.

Cette expo interactive laisse entrevoir — et toucher, dans le cas d’une douzaine de modèles réduits — les très nombreuses inventions de De Vinci. Des maquettes en bois reproduites d’après les croquis parsemant les nombreux carnets (« 6000 pages de notes et dessins », apprendra-t-on) que le Florentin a laissés à la postérité.

Lorsqu’il s’intéresse à Leonardo le peintre, le musée le fait via le prisme scientifique qui correspond à son mandat.

Ainsi, on se penche sur son esprit naturaliste et son regard scientifique. Par exemple, en considérant son célébrissime Homme de Vituve sous l’angle des mathématiques, puisqu’il s’agit d’un exercice d’analyse des proportions du corps humain, et d’une démarche analytique autour du nombre d’or (ici, le nombril du gars nu dans le cercle, bras et jambes écartés). Ou pour jeter un œil scientifique sur les problèmes de conservation qui se posent, lorsqu’on parle de matériaux et pigments datant de la Renaissance...

On y verra une reproduction de La belle princesse, un tableau resté dans l’obscurité jusqu’en 2000, quand les avancées technologiques auront permis d’en certifier la paternité, en authentifiant une empreinte digitale laissée dessus par Leonardo, quelque 500 ans plus tôt.

Dans les ateliers florentins de la Renaissance, et en particulier celui de Leonardo, les arts et les sciences étaient inextricablement liés, rappelle David Pantalony, conservateur Sciences physiques et médecine pour le Musée des sciences et de l’innovation du Canada (qui regroupe désormais sous la même bannière, Ingenium, trois des musées fédéraux d’Ottawa orientés vers la jeunesse : le MSTC, le Musée de l’agriculture et le musée de l’aviation).

Chez Da Vinci, on assiste moins une quête du beau qu’à une recherche de la perfection, via l’observation attentive — comprendre : scientifique — de la Nature. Une nature d’inspiration divine, sans doute. Les démarches de l’artiste-ingénieur n’étaient donc pas parallèles, mais bien fusionnées en une seule et même quête, poursuit M. Pantalony.

La section consacrée à l’incontournable Mona Lisa s’intéresse moins pas aux aspects esthétiques de la toile qu’aux procédés photographiques complexes qui ont récemment permis d’en extirper « 25 secrets » et détails invisibles à l’œil nu.

La Joconde livre ses secrets

Afin d’apporter un écho contemporain à la dualité de la démarche de De Vinci, la section consacrée à l’incontournable Mona Lisa s’intéresse moins pas aux aspects esthétiques de la toile qu’aux procédés photographiques complexes qui ont récemment permis d’en extirper « 25 secrets » et détails invisibles à l’œil nu.

Cette section traite des récentes recherches menées au Musée du Louvre (où la véritable Joconde tue le temps derrière sa vitre pare-balles) par l’ingénieur associé Pascal Cotte. À l’intersection de l’art et de la science moderne », le recours à une caméra multispectrale spécialement conçue pour cette tâche permet de révéler les couleurs originelles d’une toile ayant affreusement pâli, et de conclure que les subtilités chromatiques sont impossibles à restaurer.

Le cerveau de Léonard bouillonnait d’idées incroyables, résume M. Pantalony. Il perçoit le génie florentin comme un exceptionnel « problem solver » : un esprit scientifique qui s’amusait à « identifier des problèmes de son époque, pour mieux les régler », après étude et analyse approfondie.

Bien peu de découvertes et hypothèses de De Vinci ont pu être appliquées de son vivant.

Son sens de l’observation s’exprime au travers de moult dessins anatomiques. Pour leur souci de précision, les croquis de De Vinci sont à la base d’un véritable « héritage », tant en ingénierie qu’en médecine, la discipline ayant profité de ses études anatomiques, évoque le conservateur.

Un volet de l’exposition s’intéresse aux peintures et portraits de l’artiste, mais, pour certaines raisons évoquées ci-haut, le MSTC n’accueille aucune toile du maître, mais uniquement des représentations. Ce volet, quoique scientifiquement pertinent, est beaucoup moins spectaculaire que la déambulation au milieu des maquettes. On a aussi pris énormément de plaisir à « feuilleter » les carnets de De Vinci sur écran vidéo, grâce à un atelier interactif.

Une salle tente de donner au visiteur l’impression qu’il se glisse littéralement « dans » le cerveau du génie. Cette « galerie interactive » a une approche plus sensorielle. Aux murs, sur des écrans géants, sont projetés des images d’œuvres en gros plan, des croquis, des pensées et aphorismes tirés de ses carnets, tandis que l’oreille est bercée par de paisibles mélodies de la Renaissance.