Le SEMB-SAQ (CSN) représente 5500 des 7000 travailleurs de la SAQ. Environ 70 % de ses membres occupent un poste à temps partiel.

Les employés de la SAQ «exclus» de la vente de pot

Même s’ils ont légalement le droit de participer au processus d’embauche de la Société québécoise du cannabis (SQDC), les employés de la Société des alcools (SAQ) estiment être «exclus par défaut».

Jeudi, la SAQ a démarré son processus d’embauche pour les villes de Québec, de Lévis, de Trois-Rivières et de Drummondville. Elle souhaite pourvoir des postes de conseiller, de directeur et de directeur adjoint 

Pour postuler comme conseiller à temps partiel, le travailleur a deux options. Selon les documents publiés sur le site de la SQDC, il doit être disponible en tout temps ou «uniquement» le jeudi soir, vendredi soir, samedi et dimanche. 

Or, pour être un conseiller à temps partiel à la SAQ, la direction demande au minimum à ses employés d’être disponible le vendredi soir et le samedi. 

«Comment voulez-vous qu’on puisse occuper les deux postes? Jamais nous ne serons engagés en raison des disponibilités», déplore au Soleil un travailleur à temps partiel de la SAQ qui aurait bien aimé pouvoir compléter ses heures dans cette nouvelle filiale. «C’est stupide, cela n’a pas vraiment de sens.»

Pour le Syndicat des employés de magasins et de bureaux (SEMB) de la SAQ, qui a livré bataille au cours des derniers mois afin que ses membres puissent joindre les rangs de la SQDC, la décision de l’employeur est «illogique». Surtout qu’initialement, le projet de loi ne permettait pas aux employés de la SAQ de travailler en même temps pour les deux entités. Une modification a été apportée pour corriger cette situation.

«La direction fait indirectement ce qu’elle ne peut pas faire de manière directe. Cela bloque nos membres. Il faut savoir que dans une semaine normale, environ 700 personnes sur nos listes d’employés ne travaillent pas», avance la présidente du SEMB-SAQ, Katia Lelièvre. 

«Nous avons toujours dit que cela serait plus simple d’inclure les travailleurs dans nos divisions. À la SAQ, un temps partiel peut se promener dans plusieurs magasins pour combler sa semaine de travail. On disait que cela serait facile d’inclure les SQDC dans ces divisions. Cela aurait limité l’embauche et aurait diminué la précarité chez nos membres. Selon moi, cette option n’a jamais été sur leur radar», poursuit-elle.

Le syndicat fait également valoir comme argument que les employés ayant des limitations fonctionnelles à la SAQ auraient pu être transférés du côté de la SQDC. «Une caisse de pot, c’est moins lourd qu’une caisse de vin. C’était une opportunité».

Le SEMB-SAQ (CSN) représente 5500 des 7000 travailleurs de la société d’État. Environ 70 % de ses membres occupent un poste à temps partiel.

Dérisoire

Par ailleurs, selon la responsable du syndicat, le salaire offert de 14 $ l’heure aux conseillers est dérisoire. 

À titre de comparaison, un conseiller-vendeur à la SAQ débutait en 2016 à 19,33 $ l’heure (38 328 $) et un conseiller en vin à 21,70 $ (43 033 $). Les employés de la SQDC ne sont pas syndiqués.

«C’est assez ironique. La ministre de la Santé publique soulignait qu’il faudrait des gens qualifiés et formés. Là, on va les payer 14 $ l’heure pour un emploi précaire. D’après moi, les gens vont être formés à répétition, car ils ne resteront pas longtemps. Il va y avoir un roulement de main-d’oeuvre important. Étant donné qu’ils veulent donner une formation plus complète, cela va coûter une fortune», prévient Mme Lelièvre. 

Cette dernière concède que le montant offert par l’employeur s’inscrit fort probablement dans une stratégie patronale en prévision d’éventuelles négociations si les employés souhaitent se syndiquer.

Du côté de la SAQ, on réitère que la SQDC et la SAQ sont deux entités différentes.

«Il n’y a pas de modalité préférentielle pour faire concorder les horaires des gens de la SAQ avec ceux de la SQDC. Le projet de loi au départ empêchait les gens de la SAQ de postuler sur le poste. Là, ils peuvent le faire. Ils ont toutefois des choix à faire professionnellement. La SQDC et la SAQ n’ont pas l’obligation de faire concorder les horaires des employés. Les gens de la SAQ seront traités comme tout autre employé qui souhaite avoir des heures à la SQDC», répond le porte-parole, Mathieu Gaudreault.