Depuis qu'Airbus a pris le contrôle de la commercialisation de cet appareil, les employés affectés à l'A220 ne travaillent plus exclusivement pour Bombardier.

Les employés de Bombardier acceptent les offres; ceux d'Airbus les rejettent

MONTRÉAL — Après des mois de pourparlers visant à renouveler des conventions collectives, des milliers d'employés de Bombardier et de la société en commandite contrôlée par Airbus, qui assemblent l'A220 à Mirabel, se sont prononcés samedi de manière différente sur le contenu des offres patronales.

Ceux-ci étaient rassemblés au Palais des congrès, au centre-ville de Montréal, pour prendre part à deux assemblées distinctes.

Les premiers à se prononcer, en matinée, étaient les quelque 3200 employés de Bombardier affectés au programme des avions CRJ à Mirabel, Dorval et Saint-Laurent. Ceux-ci ont accepté l'offre patronale dans une proportion de 66 %. Leur nouveau contrat de travail est valide jusqu'au 3 décembre 2021.

Rebondissement à l'assemblée de 14h, les quelque 1000 syndiqués dédiés à l'assemblage de l'A220, anciennement connu sous le nom de C Series, ont rejeté l'offre qui leur a été soumise dans une proportion de 73 %.

À la suite de ce refus, le syndicat a immédiatement réclamé un nouveau vote pour se doter d'un mandat de grève avant de retourner à la table de négociations. Les membres toujours présents ont appuyé massivement le mandat de grève dans une proportion de 98,6 %.

Ce mandat fort doit servir de mise en garde à la partie patronale puisqu'il n'est pas exécutoire. Si le syndicat veut véritablement déclencher la grève, il doit revenir devant ses membres et procéder à un nouveau vote.

L'assemblée générale devait se dérouler en deux temps puisque l'Association internationale des machinistes et des travailleurs de l'aérospatiale (AIMTA) a négocié simultanément avec Bombardier et avec la société en commandite en raison d'une entente de réciprocité conclue il y a un peu plus d'un an.

Depuis qu'Airbus a pris le contrôle de la commercialisation de cet appareil, les employés affectés à l'A220 ne travaillent plus exclusivement pour Bombardier.

Si les employés de la division contrôlée par Airbus sont clairement insatisfaits de la proposition, le syndicat, lui, avait recommandé son acceptation. Le coordonnateur québécois de l'AIMTA, David Chartrand, estimait que l'offre était bonne en raison de la sécurité d'emploi accordée par Airbus ainsi que de la protection du régime de retraite.

«Considérant qu'Airbus est une grosse entreprise qui vient de s'établir ici et qui a obtenu le C Series pour presque rien, les employés croient qu'ils ne devraient pas avoir à faire des concessions pour garder ce qu'ils ont en ce moment», a commenté M. Chartrand pour expliquer le refus de ses membres.

Perte de pouvoir d'achat

Plusieurs employés rencontrés ont déploré que l'offre patronale représente une perte de pouvoir d'achat. Ils considèrent que les sacrifices pris au fil des ans pour sauver la C Series devraient être récompensés. Les bonis encaissés par la haute direction ne font qu'ajouter à leur insatisfaction devant une offre de hausse salariale de deux pour cent par année pendant trois ans.

Du côté du syndicat, David Chartrand voit les choses un peu différemment. «Ce que j'ai répondu aux gens, c'est que ce qu'ils considèrent comme des sacrifices ont permis de créer 1200 jobs, sans compter les emplois non syndiqués et ceux des fournisseurs», a-t-il argué.

Le coordonnateur de l'AIMTA réitère également que la proposition actuelle incluait l'aménagement à Mirabel d'une nouvelle usine dédiée à une étape d'assemblage intermédiaire appelée «Pré-Fal» (pour «Final Assembly Line»). Le syndicat avance qu'une telle installation permettrait de créer 150 à 300 emplois supplémentaires.

Déception chez Airbus

Dans un communiqué de presse publié quelques minutes après la conclusion de l'assemblée générale, la société en commandite derrière le programme Airbus A220 a déclaré être déçue de la décision des travailleuses et des travailleurs.

La partie patronale promet de travailler «en étroite collaboration avec la direction du syndicat afin de trouver une solution».