Phénix continue de faire des inquiets au moment où la Gendarmerie royale envisage se convertir au système de paye controversé.

Les employés civils de la GRC ne veulent pas de Phénix

« C’est irresponsable de penser à mettre 4000 personnes de plus dans un bateau qui coule déjà », déplore un employé civil de la Gendarmerie royale du Canada (GRC) qui s’explique mal pourquoi l’organisation n’écarte toujours pas l’option d’un transfert vers le système de paye Phénix.

Témoignant sous le couvert de l’anonymat, un employé civil de la GRC peine à croire que la commissaire Brenda Lucki poursuit sa réflexion et n’a pas encore statué si les quelque 4000 employés civils de la GRC seront convertis à ce système tristement célèbre pour ses nombreux ratés depuis son implantation en 2016.

« Pourquoi nous mettent-ils dans cette situation-là ? C’est complètement irresponsable de la part d’un employeur. Ça me fait vivre beaucoup de stress, je n’ai pas le goût de vivre ça, tout comme plusieurs collègues. Qu’est-ce que ça va leur prendre pour arrêter ? C’est une fosse aux lions », se désole l’employé en entrevue avec Le Droit.

La personne soutient que les employés civils de la GRC se sentent actuellement un peu comme les laissés-pour-compte.

Jusqu’à présent, à moins d’avis contraire, c’est à la mi-mai que la conversion pourrait avoir lieu. La décision finale n’a cependant pas encore été prise.


« La GRC a son propre système de paye séparé. On a jusqu’ici été épargnés. »
Un employé civil de la GRC

L’employé en question affirme que lors d’une rencontre d’information pour les employés, la semaine dernière, des cadres ont tenté de se faire rassurants en disant que tous les efforts étaient faits pour stabiliser le système. On aurait également indiqué que l’annonce à savoir s’il y aura un transfert ou non vers Phénix aurait lieu au cours des semaines à venir.

Le membre civil de la GRC est d’avis qu’il est clairement établi que ce controversé système de paye est tout sauf stable.

« La GRC a son propre système de paye séparé. On a jusqu’ici été épargnés. Ça fait plusieurs années qu’on parle de nous convertir, et je ne peux vivre avec ça. Sauf que le timing n’est vraiment pas bon, sachant tous les problèmes qu’il y a. Je ne comprends même pas qu’on ait pu même y penser en toute connaissance de cause », lance l’employé.

«Vraiment pas une bonne idée», dit l'IPFPC

L’Institut professionnel de la fonction publique du Canada (IPFPC), syndicat qui représente environ 1300 membres civils de la GRC, réitère qu’il surveille de près ce dossier loin de faire l’unanimité.

« Ce n’est vraiment pas une bonne idée, on s’oppose toujours à cette orientation. On garde un œil ouvert là-dessus depuis que la GRC a annoncé qu’elle songe à faire ce transfert. Et on a eu vent de la rencontre avec les employés, qui ressemblait à une grosse séance de marketing pour dire qu’ils sont prêts. Ils n’ont pas pris de décision, mais ont quand même avancé une date (avant le 21 mai). Ils ont fait cette réunion en fin d’année financière. Quel est l’objectif derrière tout cela ? », lance le vice-président Stéphane Aubry.

En octobre dernier, la présidente du syndicat, Debi Daviau, a rencontré la commissaire Lucki pour lui faire part des inquiétudes de ses membres au sujet de cette transition envisagée.

« Elle s’était dite préoccupée par le bien-être de ses membres et s’engageait à retarder la conversion jusqu’à ce que le système soit stable. Or, nous, en date d’aujourd’hui, on considère que le système n’est pas encore stable. Avec le système (de paye) actuel, malgré quelques problèmes, tout est stable, alors on ne voit pas où est l’urgence. On va continuer de relancer la commissaire dans les semaines à venir », dit-il.

M. Aubry souligne que l’une des solutions préconisées par le syndicat est de faire un transfert vers le futur système de rémunération (NextGen) qui sera retenu par le fédéral pour remplacer le fiasco Phénix.

« Les employés (civils) de la GRC pourraient être les premiers à expérimenter ce système, s’ils le veulent », affirme-t-il.

Selon des chiffres révélés par le gouvernement fédéral la semaine dernière, 98 000 fonctionnaires fédéraux pourraient encore devoir rembourser au gouvernement des sommes versées en trop par Phénix.

De plus, selon le plus récent questionnaire transmis par le Conseil du trésor, auquel 182 000 employés ont répondu, 74 % d’entre eux ont rapporté avoir éprouvé des problèmes de paie à un moment ou à un autre. C’est donc dire qu’environ 134 500 d’entre eux ont été touchés. De ce nombre, six personnes sur dix ont indiqué avoir eu de nouveaux problèmes avec Phénix au fil des 12 derniers mois.