Luc Sélesse est directeur et porte-parole de Taxi Coop Québec. Tout indique que M. Sélesse recevra dans quelques semaines ou mois un chèque de 5200 $ pour compenser l’abolition d’un permis qui valait 187 000 $ il y a cinq ans, pour une compensation totale de 40 000 $, soit le coût d’achat il y a près de 30 ans.

Les compensations versées pour l’abolition des permis de taxi désespèrent les chauffeurs

Les propriétaires de taxis viennent de recevoir une lettre attendue. Mais ce n’était pas la réponse du père Noël. Plutôt la missive du gouvernement sur les compensations pour l’abolition de leur permis. Des montants moins importants qu’espérés ou même encore inconnus.

«Ils avaient dit que les gens recevraient les chèques avant les Fêtes. Mais d’après moi, on ne verra pas la couleur de l’argent avant la fin de l’hiver et ça, si ça va bien», a commenté au Soleil le directeur et porte-parole de Taxi Coop Québec, Luc Sélesse, vendredi, au lendemain de la réception de la fameuse lettre du ministère des Transports.

Une minorité des propriétaires des quelque 7600 permis de taxi au Québec ont déjà reçu un chèque. La plupart du temps amputé de 9000 $, 10 000 $ ou plus, soit du prix payé pour la voiture et l’équipement, comme le lanternon, le taximètre et l’émetteur-récepteur radio.

Pour les propriétaires toujours en attente de connaître le montant de leur indemnisation, le ministère demande d’obtenir l’acte notarié du contrat d’achat du permis et, si c’est le cas, l’état du prêt acquis auprès d’une institution financière servant à payer le permis.

Les réponses documentées des propriétaires de permis de taxi sont attendues au ministère au plus tard le 18 janvier.

Moins le montant de 2018

M. Sélesse a acheté son permis de taxi 40 000 $, au début des années 1990. Lui qui couvrait le secteur de Charlesbourg avant la fusion de l’été dernier avec Québec, son permis a été évalué à 187 000 $, en 2014.

En 2018, il a reçu 34 800 $ du gouvernement québécois, alors que le Parti libéral était au pouvoir, pour dédommager la perte de valeur de son permis depuis la légalisation de nouveaux services de transport comme Uber.

Ce montant est déduit du présent programme d’indemnisation mis sur pied par le ministre François Bonnardel et son gouvernement de la Coalition Avenir Québec (CAQ) dans le cadre du projet de loi 17, déposé en octobre.

Tout indique donc que M. Sélesse recevra dans quelques semaines ou mois un chèque de 5200 $ pour compenser l’abolition d’un permis qui valait 187 000 $ il y a cinq ans. Pour 40 000 $ en tout, soit le coût d’achat il y a près de 30 ans.

Le plan de modernisation de l’industrie du taxi de la CAQ s’élève à 814 millions $, dont 510 millions $ en indemnisations directes versées aux propriétaires de permis. Ce qui n’inclut pas les 250 millions $ décaissés par les libéraux il y a moins de deux ans.

«800 millions $, ça paraît beaucoup, convient M. Sélesse. Mais divisez par environ 8000 personnes... Et celui ou celle qui, à Québec, a payé son permis 200 000 $ il y a cinq ou six ans, même s’il reçoit 170 000 $, il ne lui restera rien. Il va le devoir au complet» à la banque.

«On a tout essayé»

«Il n’y a pas de plan. Malheureusement, on a tout essayé. Je ne croyais jamais que le Québec serait le premier pays au monde à abolir les permis de taxi», laisse-t-il tomber, d’un ton résigné.

M. Sélesse dit s’attendre à «de la grogne» dans le taxi au cours des prochains jours, mais ne voit pas une nouvelle mobilisation se lever à l’horizon. «Avec une grève, c’est la clientèle qui est bousculée. Et une personne qui a une famille et qui doit 200 000 $ a de la misère à sortir faire la grève», conclut le porte-parole de Taxi Coop, qui réunit 430 voitures.

La Table de concertation nationale du transport rémunéré de personnes par automobile sera lancée par le gouvernement à la fin janvier. Ce groupe sera présidé par Lise Verreault, ancienne sous-ministre au Conseil exécutif, à la Santé et à l’Éducation.