Le rapport d’experts prévoit également une réduction de la durée de l’enneigement pour la période 2041-2070 par rapport à la moyenne 1970-1999.

Les changements climatiques au Québec: l'état des lieux

Que savons-nous des changements climatiques en cours dans les régions habitées du Québec? Le réchauffement annoncé est-il commencé? Y a-t-il davantage de précipitations abondantes et de sécheresses plus longues en été? Faut-il pour l’avenir s’attendre à moins de neige l’hiver? À plus de nuages ou de vent?

On aimerait pouvoir trouver des réponses claires et «factuelles» qui ne soient pas teintées par l’anxiété exacerbée des uns et l’indifférence des autres. Pas facile. 

La réalité des mesures scientifiques est complexe, rappelle Alain Mailhot, spécialiste de la gestion des eaux pluviales et changements climatiques à l’INRS.

En fait, c’est plus facile pour certains indicateurs que pour d’autres. 

Les satellites permettent de mesurer avec précision l’étendue du couvert de glace dans le golfe. 

Les variations de température sont également faciles à documenter. On sait que la température moyenne au Québec a augmenté, observe M.Mailhot. On sait aussi dit-il, que si la température augmente, il y aura plus d’humidité dans l’air et éventuellement plus de pluie.

C’est ensuite que les choses se compliquent. Cela peut sembler étonnant, mais il est difficile de mesurer la pluie et d’en tirer des observations fiables. Particulièrement pour les précipitations extrêmes qui sont par nature plus rares et souvent très localisées. 

Pour déceler correctement une tendance, il faudrait des relevés sur une longue période et avoir des pluviomètres partout ou tombe un orage, ce qui n’est pas le cas. 

Quant aux projections, elles resteront toujours incertaines à causer de la variabilité naturelle du climat, de l’inconnu les émissions futures de GES (gaz à effet de serre) et des imprécisions et choix «éditoriaux» des modèles scientifiques.

Le meilleur portrait général de l’état des lieux au Québec est probablement celui produit en 2015 par le consortium Ouranos formé d’universitaires, climatologues, spécialistes de l’énergie, économistes, informaticiens, etc. 

Ce portrait intitulé «Synthèse des connaissances sur les changements climatiques au Québec» repose sur une revue de la littérature scientifique alors disponible au Québec et dans le monde. Selon les thèmes, les informations sont d’une fiabilité et d’une exhaustivité variables.

Le rapport de 2015 du consorsium Ouranos prévoit un allongement des périodes sans précipitation en été.

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1. Les températures

Observations : 

  • Hausse de 1 °C à 3 °C des moyennes annuelles (1950-2011) dans toutes les régions du Québec. 
  • La longueur de la saison sans gel tend à s’allonger depuis 1971. 

Projections : 

  • Dans un scénario de forte augmentation des GES, hausse de 2 °C à 4 °C pour la période 2041-2070 et de 4 °C à 7 °C pour la période 2071-2100 dans le sud du Québec et dans le golfe. 
  • Fortes augmentations de la durée des vagues de chaleur et des nuits chaudes (plus de 20 °C).
  • Forte réduction du nombre de jours de gel annuel; baisse des jours où il faudra chauffer les maisons et hausse des jours où il faudra climatiser.

2. Les précipitations

Observations : 

  • Les précipitations varient beaucoup d’une année à l’autre, mais tendance à la hausse en hiver et au printemps. 
  • Hausse non significative des jours de pluies abondantes dans le sud du Québec.

Projections :

  • Hausses significatives des précipitations «abondantes et extrêmes» partout au Québec.
  • «Hausses impressionnantes» des quantités d’eau tombées lors des jours les plus pluvieux.

3. Le verglas

Observations : 

  • La vallée du Saint-Laurent compte chaque année plus d’épisodes de verglas que partout ailleurs en Amérique du Nord.
  • Il n’existe pas de mesures directes des accumulations de verglas.

Projections : 

  • Nous ne savons pas encore si le nombre, la durée et l’intensité des épisodes de verglas changeront au Québec dans les décennies à venir.

4. La neige

Observations : 

  • Tendance à l’augmentation des précipitations (neige, pluie, verglas) durant la saison froide.
  • «Réduction significative» de deux jours par décennie de la durée de l’enneigement au sud du Québec pendant la période 1948-2005. 

Projections : 

  • Presque tout le territoire peut s’attendre à une diminution de la neige pour la période 2041-2070.
  • Réduction de la durée de l’enneigement pour la période 2041-2070 par rapport à la moyenne 1970-1999.
  • L’enneigement maximum dans le sud du Québec sera atteint en février plutôt qu’en avril.

5. Les nuages

Observations : 

  • • Le couvert nuageux est stable depuis le début des années 80 d’après les données satellitaires.

Projections : 

  • • Pas de changement significatif du couvert nuageux sur le territoire québécois pour la période 2081-2100.

6. Les vents 

Observations : 

  • Diminution de la vitesse moyenne annuelle des vents entre 1953 et 2006.
  • La vitesse moyenne des vents varie très peu d’une saison à l’autre.

Projections : 

  • Réduction des vents en été pour la période 2079-2099 par rapport à 1979-1999.
  • Faible augmentation des vents en hiver, mais cela reste à démontrer.

7. Les dépressions et les tempêtes

Observations : 

  • Hausse de l’activité cyclonique au Québec entre 1985 et 1995, mais une baisse depuis.
  • Pas de variation observée pour l’ensemble de la période 1951-2010.

Projections : 

  • Diminution de l’activité cyclonique au Québec en hiver pour la période 2081-2100 comparativement à 1980-1999.

8. Les ouragans

Observations : 

  • Fréquence et intensité en hausse des ouragans de catégorie 4 et 5 depuis les années 1970, ce qui affecte le Québec de façon indirecte lorsque ceux-ci se transforment en cyclones post-tropicaux.

Projections : 

  • Pas encore possible encore d’établir si la fréquence et l’intensité des cyclones post-tropicaux au Québec (pluies torrentielles, vents violents, fortes vagues et surcotes) changeront dans les prochaines décennies.

9. Le débit des rivières

Observations : 

  • Le débit des cours d’eau est influencé par de nombreux facteurs climatiques : accumulation et fréquence des précipitations, épaisseur du couvert de neige, température, évaporation, niveau de saturation des sols, hauteur de la nappe phréatique.
  • Le cycle hydrologique du Québec se divise en quatre principaux régimes correspondant aux saisons.

Projections : 

  • Augmentation des débits hivernaux pour l’ensemble du Québec pour l’horizon 2041-2070. 
  • Baisse des débits moyens au printemps et en automne sur la plupart des rivières du sud du Québec.

10. Les glaces marines

Observations :

  • Saison des glaces plus tardive et plus courte que par le passé dans le golfe du Saint-Laurent .
  • Déclin de l’étendue des glaces marines depuis les 50 dernières années sur les eaux limitrophes du Québec.
  • Grande variabilité selon les années et les secteurs.

Projections :

  • L’océan Arctique sera essentiellement sans glace en septembre avant 2050 selon un scénario de fortes émissions de GES.
  • Dans le golfe et l’estuaire du Saint-Laurent, englacement plus tardif de 10 à 20 jours et fonte devancée de 20 à 30 jours pour l’horizon 2041-2070 par rapport à 1982-2011.
  • Diminution de 67 % la surface de glace maximale dans le golfe pour l’horizon 2041-2070.

11. Les sécheresses

Observations : 

  • Légère baisse des indices de sécheresse dans le sud du Québec pour la période 1901-2010.
  • Baisse «significative» de 0 à 2 jours par décennie du nombre maximal annuel de jours consécutifs sans précipitation pour la période 1901-2010.
  • Désaccord entre les études scientifiques sur les tendances de sécheresse dans le secteur agricole du Québec.

Projections : 

  • Raccourcissement du nombre maximal annuel et hivernal de jours consécutifs sans précipitation pour l’horizon 2081-2100.
  • Allongement des périodes sans précipitation en été.

12. Les feux de forêt

Observations : 

  • Réduction des feux de forêt au cours des 200 dernières années dans la forêt boréale canadienne probablement causée par une augmentation des précipitations.

Projections :

  • Augmentation pour les prochaines décennies en raison du réchauffement des températures et de l’allongement des périodes propices aux feux.
  • Le probable enfeuillement de certaines régions boréales pourrait y réduire le risque d’incendie, car les feuillus ont une plus faible inflammabilité. 

13. La hausse du niveau de la mer

Observations : 

  • Le niveau global moyen de la mer a augmenté au cours des dernières décennies en raison de l’absorption de chaleur par l’océan qui se dilate en devenant plus chaud.
  • La fonte de la banquise arctique n’a aucune conséquence directe sur le niveau des océans.
  • À l’échelle régionale, le niveau d’eau dépend fortement des courants marins, de la circulation atmosphérique, de la température de l’eau en surface, de l’apport d’eau douce, de la fonte de glace locales, etc. 

Projections :

  • Baisse du niveau de la mer de 0.3 mètre à 1.2 mètre (dépendra des émissions de GES ) autour de la baie d’Hudson pour la période 2081-2100 par rapport à 1986-2005.
  • Hausse du niveau de la mer de 15 cm à 75 cm (dépendra des émissions de GES) pour le golfe du Saint-Laurent, les Îles-de-la-Madeleine et une bonne partie de la Gaspésie pour 2081-2100 par rapport à 1986-2005.

14. La salinité de la mer

Observations :

  • Baisse de la salinité des eaux de surfaces pour tout le golfe et l’estuaire du Saint-Laurent à l’exception des hauts-fonds des Îles-de-la-Madeleine sur la période 1950-2011.

Projections :

  • Possibilité d’une faible diminution de la salinité du golfe du Saint-Laurent pour la période 2046-2065 par rapport à la période 1985-2006. 

15. La qualité de l’air

Observations :

  • Amélioration globale de la qualité de l’air au Québec de 1974 à 2009 quant aux concentrations de polluants classiques. 
  • Augmentation des concentrations d’ozone en basse altitude (troposphérique) dans les milieux urbains du Québec pour les années 1988 à 2009. (NDLR Par opposition à stratosphérique pour la couche d’ozone en altitude))

Projections :

  • Les projections de la qualité de l’air sont davantage conditionnées par les changements dans les émissions de polluants (dont le méthane) plutôt que par les changements climatiques physiques.
  • Selon les modèles scientifiques utilisés, réduction ou augmentation d’ozone à la surface en Amérique du Nord pour la fin du siècle.