L’enquête réalisée par Historica Canada a révélé que les répondants de moins de 55 ans étaient plus perspicaces que les consommateurs de nouvelles plus âgés.

Les Canadiens s’inquiètent des «fausses nouvelles», mais peinent à les détecter

TORONTO — Les Canadiens s’inquiètent de la prolifération des «fake news», mais ils ne sont pas nécessairement en mesure de les empêcher de se répandre, suggèrent les résultats d’un nouveau sondage.

L’enquête réalisée par Historica Canada, l’organisation à l’origine des «Minutes du patrimoine», a interrogé les Canadiens sur l’état des médias et leur capacité à distinguer les faits de l’opinion.

Les résultats étaient truffés de contradictions : 88 % des répondants s’inquiétaient de la qualité de l’information circulant en ligne, mais 61 % ont jugé que l’inquiétude du public au sujet des «fausses nouvelles» était exagérée.

Plus de la moitié des participants au sondage ont admis avoir lu ou raconté une histoire qui s’est révélée plus tard inexacte ou qui remontait à il y a longtemps.

Selon Historica, 69 % des participants au sondage estimaient pouvoir faire la différence entre un fait et une opinion, mais seulement 12 % ont obtenu un score parfait lorsqu’ils ont été invités à classer six énoncés d’un test inclus dans le sondage.

Environ 86 % des répondants ont suggéré que la compréhension des médias devienne un apprentissage obligatoire pour les étudiants canadiens, ce que le chef de la direction de Historica, Anthony Wilson-Smith, perçoit comme un signe que les Canadiens sont conscients de la complexité de la question.

«Il y a un appétit et des efforts énormes pour suivre l’actualité», a poursuivi M. Wilson-Smith, soulignant le fait que 94 % des participants à l’enquête s’estimaient au fait de l’actualité. «Les gens comprennent manifestement l’importance de prendre conscience de ce qui se passe dans le monde. Ce qui est moins clair, c’est à quel point les gens s’interrogent sur la véracité des histoires qu’ils lisent.»

Selon M. Wilson-Smith, l’enquête suggère que la plupart des répondants suivent au moins une règle fondamentale de la recherche appropriée d’informations en faisant appel à plusieurs sources pour leurs nouvelles quotidiennes. Environ 76 % des participants se tournent vers les médias traditionnels comme les journaux ou la télévision, tandis que 70 % consultent des sources en ligne, et la majorité des répondants affirment s’inspirer des deux.

Toutefois, les chiffres indiquent également que les participants à l’enquête ont eu du mal à séparer le bon grain de l’ivraie au sein de ces diverses sources.

Le sondage a révélé que 56 % des personnes interrogées avaient admis avoir lu ou partagé des informations inexactes, tandis que 45 % ont indiqué qu’elles avaient dû intervenir et corriger des informations douteuses diffusées par d’autres personnes.

Distinguer les faits de l’opinion

M. Wilson-Smith a souligné que le résultat le plus troublant de l’enquête était la difficulté de distinguer les faits de l’opinion, compte tenu en particulier de la tendance des participants à surestimer leurs propres capacités.

Historica a inclus dans son sondage six déclarations et a demandé aux participants d’identifier la catégorie à laquelle elles appartenaient.

Lorsqu’on leur a présenté une phrase telle que : «la bataille de la crête de Vimy a été le moment le plus important de l’histoire du Canada», par exemple, seulement 41 % ont pu la classer correctement comme une déclaration d’opinion.

Face à la phrase : «le Canadien de Montréal a remporté plus de coupes Stanley que toute autre équipe de la Ligue nationale de hockey (LNH)», seuls 54 % ont su détecter qu’il s’agissait d’une déclaration factuelle.

Seulement 12 % des répondants ont été en mesure de fournir la classification correcte pour les six énoncés du test, tandis que 5 % n’ont pas réussi à en identifier un seul correctement.

L’enquête a également révélé que les répondants de moins de 55 ans étaient plus perspicaces que les consommateurs de nouvelles plus âgés. Environ 45 % des répondants de ce premier groupe d’âge ont répondu correctement à au moins quatre questions, contre 33 % des plus de 55 ans.

L’enquête en ligne, réalisée auprès de 1000 personnes, a été réalisée par Ipsos pour le compte de Historica du 23 au 26 août.

L’Association de la recherche et de l’intelligence marketing, l’organisme professionnel de l’industrie du sondage, affirme que les enquêtes en ligne ne peuvent se voir attribuer une marge d’erreur, car elles ne s’appuient pas sur un échantillon aléatoire et ne sont donc pas nécessairement représentatives de la population.

M. Wilson-Smith a reconnu que la capacité de distinguer les fausses nouvelles de la réalité était plus complexe que celle permettant de simplement distinguer des faits de l’opinion. Par ailleurs, le choix des mots dans différents reportages peut présenter le même ensemble de faits sous un jour très différent, a-t-il ajouté.

Il a estimé que les résultats du sondage devraient servir de mise en garde à la fois aux médias et au public. Les journalistes doivent faire preuve de prudence et de considération dans leur couverture, a-t-il affirmé, tandis que ceux qui lisent ou regardent leur travail doivent rechercher activement plusieurs sources pour s’assurer qu’ils entendent le plus de points de vue possible.

«Le travail des journalistes, tout comme les événements eux-mêmes, n’est très rarement que noir ou blanc», a-t-il noté.