L'Association des bibliothèques publiques du Québec soutient l'élimination des frais de retard.
L'Association des bibliothèques publiques du Québec soutient l'élimination des frais de retard.

Les bibliothèques qui éliminent les frais de retard se multiplient au pays

La Presse Canadienne
HALIFAX — De plus en plus de bibliothèques publiques à travers le pays abandonnent les amendes pour les documents rapportés en retard.

Toutes les bibliothèques de la Nouvelle-Écosse qui rouvrent leurs portes après les fermetures liées à la pandémie ont aboli les frais de retard. À la fin du mois de juin, la bibliothèque publique de Vaughan, en Ontario, a aussi annoncé qu'elle cesserait d'imposer des amendes aux retardataires. Les réseaux de bibliothèques publiques d'Edmonton et de Calgary ont également changé leur politique à ce sujet.

L'Association des bibliothèques publiques du Québec soutient l'élimination des frais de retard, en soulignant qu'ils peuvent représenter une barrière économique pour les personnes défavorisées, en particulier les jeunes.

L'association indique que 148 bibliothèques publiques de la province ont complètement éliminé les amendes jusqu'à maintenant, ce qui représente 16 % des établissements. Elle présente sur son site internet une carte interactive où sont recensées toutes les bibliothèques québécoises ayant franchi le pas.

Certaines ont aboli les amendes pour des clientèles spécifiques, comme les enfants à Saint-Lambert ou les personnes âgées dans les bibliothèques de Longueuil. Le réseau des 45 bibliothèques publiques de Montréal ne s'est pas joint au mouvement pour le moment.

À l'heure actuelle, 148 bibliothèques publiques au Québec ont complètement éliminé les amendes jusqu'à maintenant, soit 16 % des établissements.

Mary Chevreau, présidente du Conseil des bibliothèques urbaines du Canada, affirme qu'il existe au moins sept systèmes de bibliothèques publiques canadiennes où les enfants et adolescents ne sont pas tenus de payer des amendes pour les documents rapportés en retard. De nombreuses autres bibliothèques à travers le pays ont temporairement suspendu les amendes pendant les fermetures imposées par la crise de la COVID-19.

Elle note cependant que les bibliothèques qui ont éliminé les amendes continuent tout de même de facturer les livres et autres articles perdus.

Un obstacle pour les personnes marginalisées

Les partisans de l'abolition des amendes s'appuient sur des études menées dans des bibliothèques des États-Unis qui ont montré qu'une amnistie sur les pénalités accumulées favorisait le retour d'un grand nombre de livres en retard, parfois depuis des années. Les bibliothèques de Montréal avaient lancé une telle campagne d'amnistie pour le 375e anniversaire de la métropole, en 2017. On avait ainsi pu récupérer 4327 documents, incluant des livres, des magazines et des films.

Denise Corey, présidente du conseil des bibliothèques régionales de la Nouvelle-Écosse, explique que les bibliothécaires de la province ont constaté que les amendes accumulées étaient devenues un obstacle à l'accès pour les personnes pauvres et les marginalisés.

«Le but des amendes était de récupérer les articles, mais ça ne fonctionnait pas, affirme Mme Corey. Cela faisait en sorte que les gens, en particulier les plus vulnérables, avaient peur de revenir à la bibliothèque.»

Au terme de sa campagne d'amnistie en 2017, la Ville de Montréal a annoncé que 5342 personnes avaient recommencé à fréquenter les bibliothèques après une absence de six mois et plus, après avoir pu renouveler leur carte d'abonné grâce à l'effacement de leurs amendes accumulées.

Mme Corey souligne que dans les régions rurales, où le transport en commun est souvent irrégulier, les amendes s'accumulent parfois parce qu'un abonné n'a tout simplement pas de moyen de transport pour se rendre à la bibliothèque.

«Cela représentait en réalité une punition envers les personnes vulnérables de notre population», selon elle.

Mary Chevreau, du Conseil des bibliothèques urbaines du Canada, indique que les revenus perdus avec l'abolition des amendes représentent entre 1 et 2 % des budgets de fonctionnement de la plupart des réseaux de bibliothèques du pays.

Les bibliothèques qui ont adopté le changement estiment qu'il s'agit d'un moindre mal considérant les milliers d'abonnés qui peuvent recommencer à emprunter des livres.

«Si nous sommes une ressource publique pour tous, nous ne devrions pas faire demi-tour et restreindre la capacité des gens à accéder à cette ressource», a souligné Asa Kachan, bibliothécaire en chef des bibliothèques publiques de Halifax, qui ont annoncé cette semaine l'élimination des frais de retard.