La ministre régionale Julie Boulet a annoncé son retrait de la vie politique.

«L'énergie et la motivation ne sont plus au rendez-vous»

Shawinigan — La députée libérale de Laviolette et ministre du Tourisme Julie Boulet ne sera pas candidate aux prochaines élections provinciales. La députée quittera une fois son mandat terminé aux élections du 1er octobre prochain, soit 17 ans jour pour jour après son accession à l’Assemblée nationale. Entourée de son équipe et de sa famille, Julie Boulet en a fait l’annonce lundi matin dans le secteur Grand-Mère, mettant du même coup fin à d’intenses rumeurs qui circulaient depuis plusieurs jours quant à son avenir politique.

Élue le 1er octobre 2001 dans Laviolette à l’occasion d’une élection partielle à la suite de la démission du député péquiste Jean-Pierre Jolivet, Julie Boulet aura été élue à six reprises sans interruption dans le comté, ce qu’elle n’a pas manqué de souligner lors de son point de presse, remerciant avec émotion les électeurs de Laviolette pour leur confiance. Or, de son propre aveu, elle n’a désormais plus le feu sacré pour continuer en politique. «Je n’ai plus l’énergie ni la motivation. Vous parlez souvent de l’usure du temps pour les quinze ans du gouvernement. Imaginez vous l’usure du temps quand ça fait dix-sept ans que j’ai un horaire chargé sept jours sur sept. J’ai le troisième plus grand comté au Québec», indique celle qui reconnaît avoir pris une décision trop hâtive lors de l’annonce du redécoupage de la carte électorale et de la fusion des comtés de Laviolette et Saint-Maurice. Rappelons que Mme Boulet revendiquait à ce moment le droit de pouvoir porter les couleurs du parti dans ce nouveau comté, au même titre que son collègue de Saint-Maurice, Pierre Giguère. Après quelques semaines de tensions, c’est finalement le premier ministre qui a tranché en faveur de Julie Boulet.

Qu’a-t-il donc pu se passer entre l’annonce de M. Couillard en février dernier et sa décision, lundi, de se retirer de la vie politique une fois son mandat terminé? «À ce moment-là, peut-être que j’ai pris ma décision un peu tôt, mais j’ai eu plusieurs semaines de réflexion. J’ai eu aussi quelques petits problèmes de santé qui ne se sont pas avérés très graves, mais qui m’obligent à avoir cette réflexion-là», a confié Mme Boulet. 

Le redécoupage du comté aura aussi pesé dans la balance de sa réflexion, même si au final, il n’aura pas été si déterminant assure-t-elle. En effet, de par ce redécoupage, plusieurs municipalités de la MRC de Mékinac, dont Sainte-Thècle, Saint-Adelphe et surtout Saint-Tite, d’où elle est native et où elle a exercé le métier de pharmacienne pendant des années avant son entrée en politique, se retrouveront désormais dans le comté de Champlain, lui faisant perdre des appuis qui étaient pratiquement assurés d’élection en élection.

«Ça fait partie des éléments qu’on considère. À chaque élection, il y a des risques de gagner, de perdre. Le redécoupage, c’est sûr que ça aussi c’était un élément parmi bien d’autres. Ce n’est pas celui-là qui a été déterminant dans mon choix mais pas du tout, parce que moi j’habite à Shawinigan donc je suis déjà dans le comté de Saint-Maurice», constate Mme Boulet, qui indique ne pas non plus avoir fixé son choix en fonction de l’arrivée de Sonia LeBel pour la Coalition Avenir Québec dans le comté de Champlain, ou encore des sondages qui donnent actuellement la CAQ gagnante.

«Les sondages ne sont jamais un élément déterminant pour moi. Ça aurait été ma 7e élection au provincial. J’en ai eu une au fédéral. J’ai déjà été la seule élue de mon parti en Mauricie et au Centre-du-Québec. J’ai déjà fait des campagnes électorales avec le vent dans le visage et ça ne m’a jamais arrêté. Mais ça prend de l’énergie, ça prend le feu sacré, et là je ne sentais plus qu’après toutes ces années j’avais encore cette énergie-là», indique celle qui se dit tout de même convaincue que le Parti libéral remportera les prochaines élections au Québec et ce, malgré ce que tous les sondages indiquent à l’heure actuelle.

Quant à la possibilité que son frère, l’avocat Jean Boulet, puisse porter les couleurs de la CAQ dans Trois-Rivières, Julie Boulet assure qu’elle n’en a pas tenu compte dans sa réflexion. «Je n’ai pas parlé à Jean depuis le jour de l’An, alors Jean, s’il décide de se lancer en politique, ce sera son choix, sa décision, et je la respecterai», a-t-elle simplement commenté.

Celle qui détient toujours sa licence de pharmacienne mentionne vouloir terminer son mandat et ses dossiers d’ici au 1er octobre, et entend prendre un temps de repos par la suite avant de se lancer dans d’autres projets. «Je ne prends pas ma retraite. Je veux continuer à travailler parce que je ne suis pas faite pour rester à la maison. J’ai le goût de relever d’autres défis. Je verrai pour la suite des choses», a-t-elle souligné.

Une carrière de 17 ans

Septembre 2000: Julie Boulet confirme sa candidature à l’investiture libérale fédérale dans le comté de Champlain.

Novembre 2000: Julie Boulet s’incline par 15 voix après un recomptage judiciaire dans Champlain contre le bloquiste Marcel Gagnon.

Juin 2001: Julie Boulet devient candidate pour l’élection partielle dans Laviolette au provincial.

Octobre 2001: Julie Boulet obtient 61 % des voies. Elle fait son entrée à l’Assemblée nationale et devient la première femme à être élue députée dans la région.

Avril 2003: Elle est réélue députée de la circonscription de Laviolette. 

Avril 2003: Elle devient ministre responsable de la région de la Mauricie et de la région du Centre-du-Québec et ministre déléguée à la Santé et à la Condition des Aînés.

Mai 2003: Julie Boulet est au cœur du «scandale des dosettes» alors que sa pharmacie avait reçu des dosettes de compagnies pharmaceutiques et qu’elle avait offert à des médecins d’occuper gratuitement des locaux attenants à son établissement au printemps 2003 également.

Mai 2003: Julie Boulet quitte son poste de ministre déléguée à la Santé et à la Condition des aînés.

Septembre 2003: Julie Boulet devient ministre déléguée aux Transports et ministre responsable de la Mauricie.

Décembre 2004: Le syndic de l’Ordre des pharmaciens du Québec blanchit Julie Boulet.

Mars 2007: Elle est réélue dans Laviolette.

Avril 2007: Elle devient ministre des Transports et ministre responsable de la région de la Mauricie.

Décembre 2008: Réélue députée de la circonscription de Laviolette. 

Décembre 2008: Elle devient ministre des Transports jusqu’en 2010 et ministre responsable de la région de la Mauricie jusqu’en 2012.

Septembre 2012: Réélue députée de la circonscription de Laviolette aux élections générales du 4 septembre 2012

Septembre 2012: Elle devient porte-parole de l’opposition officielle en matière de transport jusqu’en 2013.

Septembre 2013: Elle devient porte-parole de l’opposition officielle en matière de forêt et d’énergie.

Avril 2014: réélue députée de la circonscription de Laviolette aux élections générales.

Mai 2014: Julie Boulet comparaît devant la Commission Charbonneau.

Janvier 2016: Elle est nommée ministre du Tourisme et ministre responsable de la région de la Mauricie depuis le 28 janvier 2016.

Collaboration, Audrey Tremblay