«L’émergence» des gangs de rue inquiète à Sherbrooke

Face à «l’émergence» des gangs criminalisés à Sherbrooke, la direction de la protection de la jeunesse (DPJ) et le Service de police de Sherbrooke (SPS) ont signé une entente de collaboration qui leur permettra d’échanger de l’information plus facilement dans l’objectif d’arrêter plus rapidement les proxénètes qui cherchent à abuser des jeunes filles.

« Cette entente survient alors que, depuis quelques mois, il y a recrudescence du phénomène des gangs de rue à Sherbrooke, qui impliquent notamment des usagers mineurs connus de la DPJ, dont ceux qui sont hébergés au centre de réadaptation de Val-du-lac », explique Alain Trudel, le directeur de la protection de la jeunesse en Estrie.

Ces gangs cherchent à entraîner des adolescentes à poser des gestes de prostitution. Elles subissent aussi des agressions sexuelles de la part de membres de gangs criminalisés.

Les gangs usent d’imagination pour inviter et amadouer les jeunes. « Par exemple, il y a eu des partys organisés dans des sous-sols d’église! Ça donnait confiance aux parents, ils pensaient que tout se passerait bien », cite en exemple Alain Trudel.

Les jeunes suivis par la DPJ représentent des cibles de choix pour les gangs criminalisés. « Les jeunes hébergés à Val-du-Lac sont vulnérables. Ils ont souvent fait l'objet d'abandon ou de négligence. Ce sont des jeunes qui cherchent leur place dans la société et qui sont plus facilement influençables », explique M. Trudel.

Agir avant que les gangs se structurent

Les groupes criminalisés n’en sont qu’à leurs balbutiements à Sherbrooke. Et tant du côté du SPS que de la DPJ, on souhaite que ça n’aille pas plus loin. « On intervient dès le départ du processus pour être sûr que ces gens-là n'aient pas le temps de se structurer. C'est pour ça qu'on se met en action rapidement, pour être certain qu'on ait une emprise rapide et lancer un message clair à la population qu'on va protéger nos jeunes », soutient le directeur de la protection de la jeunesse.

D’autres villes ont déjà créé de telles collaborations, comme Montréal et Longueuil.

Alain Trudel

Et concrètement, qu’est-ce que ça va changer pour les jeunes victimes? En fait, que ce soit par honte ou par peur, les jeunes victimes n’osent souvent pas porter plainte à la police. Par contre, elles se confiaient parfois à leurs intervenants de la DPJ qui, à cause des lois sur la confidentialité, ne pouvaient pas en parler non plus à la police. C’est là qu’intervient l’entente de collaboration entre le SPS et la DPJ.

« Cette entente va permettre d'échanger de l'information confidentielle normalement. On a des règles avec des situations particulières dans la Loi sur la protection de la jeunesse de prévues pour permettre de divulguer de l'information. Quand on a un signalement d'abus sexuel ou lorsqu'on a un signalement d'abus physique, normalement, on retient ou on donne l'information dans les situations intrafamiliales. Là, on parle d'agressions sexuelles dans le cadre d'un gang criminalisé », précise Alain Trudel.

Avec davantage de renseignements en main, les enquêtes des policiers seront facilitées et pourraient mener à des arrestations plus facilement.

Les intervenants de la DPJ iront chercher l’autorisation des parents pour les enfants de moins de 14 ans ou du jeune lui-même s’il a plus de 14 ans afin de divulguer des renseignements personnels.

« Pour moi, ça fait partie de la capacité d'un jeune qui a vécu des événements traumatisants d'apprendre à dire non, de ne pas hésiter à dénoncer. Je pense que c'est de reprendre du pouvoir sur sa vie de faire ça », lance Alain Trudel.