Les tours de refroidissement de l’édifice CSQ de la rue Saint-Joseph Ouest avaient été pointées dans l’épisode de contamination à la légionellose en 2012 qui avait mené à la mort de 14 personnes.

Légionellose: les tours de refroidissement, une menace à la grandeur du Québec

EXCLUSIF / Au Québec, autour de 1500 fois par année, des tours de refroidissement à l’eau, servant notamment à climatiser les bâtiments, sont envahies par la bactérie causant la légionellose à un seuil exigeant des «mesures correctives», a constaté Le Soleil. Une centaine d’installations doivent même être fermées d’urgence pour subir un «traitement-choc», tellement la menace à la santé humaine est grande. Au Québec, il y a 2568 tours de refroidissement à l’eau.

«C’est sûr que d’avoir une centaine de tours qui dépassent [le seuil de risque sanitaire], ce n’est pas une situation qui est encourageante», commente le président de l’Association des microbiologistes du Québec, Patrick D. Paquette. «C’est préoccupant.»

Justement, c’est pour que ça ne se produise pas qu’une réglementation forçant l’entretien continu des appareils a été implantée en 2013 et 2014. Pour éviter la répétition du drame survenu à Québec en 2012 quand une éclosion de légionellose particulièrement dévastatrice a fait 183 victimes. Quatorze avaient succombé à la maladie.

Étonnant donc que la bactérie Legionella prolifère toujours dans des centaines de tours de refroidissement à l’eau (TRE), selon un citoyen ayant alerté Le Soleil. Olivier Pahud bosse dans l’aéronautique, ce qui n’a rien à voir avec le sujet du jour. Mais dans le cadre d’une maîtrise en administration des affaires (MBA) qu’il a entreprise, il évalue le plan d’affaires d’une compagnie de Sherbrooke ayant développé une technologie de détection de la légionelle. C’est dans ce contexte qu’il a mis la main sur les statistiques de contamination auprès de la Régie du bâtiment du Québec. Des données que la RBQ a confirmées au Soleil.

«On ne s’attendait vraiment pas à ce que ce soit si élevé», déclare M. Pahud pour expliquer son désir de les diffuser. «Ce qui m’a surpris aussi, c’est que ce n’est pas une tendance en baisse.»

Alors, que révèlent les compilations de la RBQ? En 2017, 1557 fois les propriétaires des TRE ont dû «appliquer des mesures correctives» pour contrer la légionelle. On avait décelé des concentrations variant entre 10 000 UFC/l et 1000 000 UFC/l, l’unité de mesure servant à quantifier la bactérie Legionella. À ce niveau, c’est suffisant pour représenter un risque pour la santé.

Cette année, le scénario s’est reproduit : de janvier à septembre, près de 1300 fois, il a fallu traiter des tours ainsi souillées.

Certaines TRE sont cependant beaucoup plus viciées : 105 fois en 2016, 78 fois en 2017 et 116 depuis janvier, les échantillons prélevés dans les tours de refroidissement ont révélé une concentration de bactérie au-delà de 1000 000 UFC/L. Le risque est alors tel que la réglementation exige l’arrêt de l’appareil puis l’application immédiate de la «procédure de décontamination». La Santé publique doit également être avertie immédiatement.

«Risque pour la santé publique»

«Si on dépasse 1 million, on va représenter un risque pour la santé publique», observe le microbiologiste Patrick D. Paquette. Les individus circulant à proximité de l’appareil infecté ne seront pas nécessairement malades. «Mais, vraiment, la tour est dangereuse et il faut l’arrêter au plus vite et la décontaminer de fond en comble.»

«Si on arrive à ces résultats-là, c’est parce qu’il y a quelque chose qui ne fonctionne pas correctement», convient le conseiller en communication de la RBQ, Sylvain Lamothe. «Soit les dosages [de produits désinfectants] ne sont pas adéquats, soit le traitement n’a pas été appliqué correctement.»

La bactérie causant la légionellose ne peut cependant être éliminée à 100 %, poursuit-il. Elle est présente dans notre environnement, dans la nature. «Ce qu’il faut, c’est maintenir le niveau de bactéries à un seuil suffisamment bas pour éviter des contaminations et des proliférations qui entraîneraient le risque potentiel. […] Ça prend un entretien rigoureux.»

Pour vulgariser, M. Lamothe fait un parallèle avec une piscine. Parfois, l’eau se brouille. Le piscinier fait alors un test pour ajuster les doses de produits chimiques afin de retrouver la clarté. Et si l’eau est vraiment impure, il faudra «un traitement-choc».

Au Québec, il faut trouver un million d’«unités formant colonie par litre» (UFC/l), pour que ce traitement-choc soit imposé. En France, la norme est beaucoup plus sévère. Dès 1000 UFC/l, des actions doivent être prises. À 100 000 UFC/l, l’arrêt d’urgence de la TRE et la décontamination complète sont obligatoires.

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UNE CINQUANTAINE DE TESTS HORS NORMES DANS LA CAPITALE-NATIONALE

Depuis le début de l’année, une cinquantaine de fois les tests effectués dans les 199 tours de refroidissement de la capitale ont révélé une contamination à la légionelle exigeant des «mesures correctives». Dans la moitié de ces cas, le taux de bactérie surpassait même le «seuil de risque sanitaire».

La Direction régionale de santé publique n’est toutefois pas en mesure de dire si oui ou non ces tours de refroidissement peuvent être mises en cause dans les quelque 12 dossiers de légionellose déclarés dans la région de la Capitale-Nationale depuis janvier. «C’est rare que l’on peut trouver la source précise d’infection pour un cas de légionellose», nous écrit Annie Ouellet, agente d’information aux relations publiques et médias.

«La bactérie responsable de l’infection se retrouve partout dans l’environnement, dans les milieux humides [elle est ubiquitaire]. Il y a souvent plusieurs sources possibles d’infection dans l’environnement immédiat d’une personne.»

Mme Ouellet ajoute que, la plupart du temps, les cas de légionellose sont espacés dans le temps, n’ont pas la même origine. «Les sources les plus fréquentes d’infection pour ces cas sporadiques sont les chauffe-eau résidentiels, les spas et des tours de refroidissement.»

Les enquêtes effectuées pour chacun des dossiers soumis à la Santé publique n’ont pas permis de mettre en évidence une source commune d’infection, conclut-elle.  

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Nombre de cas de légionellose déclarés en 2017 au Québec

L’incidence de la maladie est en progression constante depuis 2006, nous apprend un bulletin publié ce printemps par le ministère de la Santé. «Bien que la légionellose puisse se retrouver dans différents milieux (ex. : chauffe-eau, spas, fontaines, jeux d’eau, etc.), les tours de refroidissement à l’eau apparaissent comme la source de contamination le plus souvent en cause lors d’éclosions de grande envergure.»

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EN UN MOT

Légionellose: Au Québec et ailleurs dans le monde, la majorité des cas de légionellose sont causés par l’espèce Legionella pneumophila. L’infection se manifeste sous deux formes : la fièvre de Pontiac, ressemblant à une grippe, et la maladie du légionnaire, forme plus sévère caractérisée par une pneumonie aiguë tuant entre 10 % et 20 % des victimes. L’infection se produit lorsque de fines gouttelettes d’eau contaminées par la bactérie Legionella sont respirées. Les personnes dont le système immunitaire est affaibli, les personnes âgées, les asthmatiques, les fumeurs ainsi que les personnes diabétiques ou alcooliques sont plus susceptibles d’être infectées.

Extrait du site Web de la Régie du bâtiment du Québec : bit.ly/2yVaJEf