L’eau embouteillée n’a rapporté que 145 899,92 $ de redevance au gouvernement provincial en 2017 alors 2084 284 500 litres d’eau potable ont été puisés au Québec par neuf entreprises.

L'eau en bouteille rapporte gros... aux entreprises

L’eau embouteillée n’a rapporté que 145 899,92 $ de redevance au gouvernement provincial en 2017 alors 2 084 284 500 litres d’eau potable ont été puisés au Québec par neuf entreprises. Un chiffre «déplorable» pour des organismes environnementaux qui réclament une consultation publique sur la vente ou non de cette ressource naturelle.

«On trouve ça dommage que le gouvernement donne pratiquement notre source la plus vitale, l’eau, qui est un bien commun», peste la directrice générale de la Coalition Eau Secours, Alice-Anne Simard. «Si on décide en tant que collectivité, de vendre l’eau, il faut que ça rapporte quelque chose à l’état, pas seulement aux entreprises qui empochent des  millions $», poursuit-elle.

Selon l’organisme, les profits sont énormes pour les entreprises, mais l’état ne touche quasiment rien. En effet, la redevance est de 0,07 $ par mètre cube d’eau pour les embouteilleurs qui puisent plus de 75 mètres cubes d’eau par jour. «Si moins de 0,01 $ par litre d’eau est redonné au gouvernement et que les entreprises revendent l’eau à 1 ou 1,5 $ le litre, c’est un profit faramineux», souligne Mme Simard. 

Un avis partagé par le directeur du Centre régional de l’environnement, Alexandre Turgeon. «À un moment donné, il faut être sérieux et mettre en place une redevance de 5 à 10 cents par bouteille.»

Selon un rapport d’Euromonitor International, en 2016 le nombre de bouteilles en plastique vendues dans le monde s’élevait à 480 milliards et seulement 7% de ces bouteilles en plastique ont été recyclées. 

Les organismes environnementaux aimeraient que le gouvernement envoie un signal fort au Québécois et que la vente de l’eau dans des bouteilles en plastique soit interdite comme certaines villes dans le monde l’ont déjà fait. «Une petite ville en Australie [Bundanoon] a décidé d’interdire les bouteilles d’eau en plastique sur son territoire. La Ville de Montréal va l’interdire dans ses édifices municipaux», cite la directrice d’Eau Secours.

Mais en contrepartie, les municipalités québécoises vont devoir rendre l’eau plus accessible et offrir des alternatives avec des fontaines d’eau publique. À Londres (Angleterre), le maire a décidé de s’attaquer au plastique en installant des fontaines à eau et des stations de recharge de bouteilles, 

Démonisation de l’eau du robinet

Selon la Coalition Eau Secours, les entreprises d’eau embouteillée ont diabolisé l’eau du robinet par des campagnes marketing agressives. «Pour vendre de l’eau, les entreprises ont fait croire que l’eau en bouteille est meilleure pour la santé que l’eau du robinet. Beaucoup de gens sont encore inquiets de boire de l’eau du robinet», déplore Alice-Anne Simard.

Or, l’eau du robinet est testée en continu alors que l’eau embouteillée est considérée comme un aliment. «C’est testé une fois entre un et six ans. Plusieurs tests ont été réalisés et on a trouvé des contaminants, des particules de plastiques dans les bouteilles», explique Mme Simard.

«L’eau coûte plus cher que l’essence. Il faut encourager les gens à consommer moins et mettre en place des mécanismes pour interdire la vente de bouteilles en plastique», plaide Alexandre Turgeon.

ENTREPRISES VERSANT DES REDEVANCES AU GOUVERNEMENT: 

  • Amaro Inc.
  • Aquaterra corporation
  • Coulombe Québec limitée
  • Groupe d’embouteillage Pepsi
  • Les eaux Naya inc.
  • Les sources Véo inc.
  • Eaux vives Water inc. (Eska)

Source: Coalition Eau secours, via les données du MDDELCC