Blessing Dugbeh

Le sort de Blessing Dugbeh entre les mains de la juge

« Dès le début, ce que la victime a dit c’est non et ce pendant toute la séquence. »

La poursuite a plaidé qu’elle s’est déchargée de son fardeau de prouver hors de tout doute raisonnable la culpabilité de Blessing Dugbeh sur l’agression sexuelle en groupe du 12 février 2017 à Sherbrooke.

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Seul accusé majeur au moment des événements allégués, l’individu maintenant âgé de 21 ans a subi son procès concernant des accusations d’agression sexuelle en groupe sur une personne de moins de 16 ans, de contact sexuel sur une mineure, d’incitation à des contacts sexuels sur une mineure ainsi que de menaces de mort et de harcèlement entre février et avril 2018.

La juge Claire Desgens de la Cour du Québec a entendu les plaidoiries, vendredi, au palais de justice de Sherbrooke. Elle a pris la cause en délibéré et rendra son verdict le 1er mai prochain.

Corroboration

La procureure aux poursuites criminelles Me Marie-Ève Phaneuf a insisté sur les points qui se corroborent entre le témoignage de la plaignante et celui du témoin de 16 ans, qui était présent sur les lieux, concernant les éléments essentiels des accusations d’ordre sexuel portées contre Blessing Dugbeh.

L’avocat de la défense Me Guy Plourde soulève qu’il n’y a pas d’identification formelle de son client comme auteur des gestes allégués.

« Tous s’entendent pour dire qu’il fait très noir dans cette chambre-là. La plaignante mentionne qu’ils se ressemblent tous. Il est très difficile de différencier qui est qui (...) La preuve d’identité est très fragile », plaide Me Plourde.

La poursuite plaide que la preuve a été faite tant pour les gestes de nature sexuelle que de l’absence de consentement.

Selon la poursuite, le témoin de 16 ans et la plaignante corroborent qu’elle n’était pas intéressée à faire une orgie.

Me Phaneuf estime que leurs souvenirs de la disposition de la chambre où seraient survenus les événements en cause est la même.

« Un autre adolescent et Bless tiraient sur ses pantalons », explique Me Phaneuf.

Elle souligne l’aspect où Dugbeh aurait mis son pénis dans la bouche de la plaignante est corroboré.

« Elle continue à dire aux gars “non”, “arrêtez”, “je ne veux pas”. Il y a une corroboration de la répétition du non-consentement », soutient Me Phaneuf.

Les deux témoins mentionnent aussi qu’il y avait plein de mains sur la victime alléguée et dont certaines qui se sont retrouvées sous son chandail.

« Même le témoin ajoute qu’il ne sait pas à qui sont les mains. On ne peut reprocher à la victime de ne pas être capable d’identifier à qui appartenaient les mains sur elle », mentionne Me Phaneuf.


« La seule inférence raisonnable est que M. Dugbeh avait l’intention de menacer ou d’intimider ceux qui dénoncent ses gestes »
Me Marie-Ève Phaneuf

Fiabilité et crédibilité

L’avocat de la défense concède que la plaignante est sincère, mais remet en doute sa fiabilité. Il plaide que sa mémoire semble avoir été reconstituée entre le moment des événements du 12 février 2017, sa déclaration aux policiers un an plus tard puis son témoignage en début de semaine.

« Il y a un doute sur la fiabilité concernant qui aurait fait les gestes », souligne Me Plourde.

Il explique que le débat repose sur la fiabilité et la crédibilité des deux témoins qui étaient présents le soir des événements.

La défense attaque l’autre témoin de 16 ans sur ces aspects.

« Il n’a pas vu les gestes de la chambre. Il est incapable de dire à qui sont les mains. Il est incapable de dire qui se faisait masturber. Il ne fait que reprocher des choses à Blessing », soulève Me Plourde.

Concernant l’accusation de menaces de mort où Dugbeh a mis sur sa story Snapchat un message avec un pistolet et le message « Don’t call 911, we use guns », la poursuite rappelle que la menace ne vise pas spécifiquement la victime alléguée, mais les témoins. La défense estime que les éléments essentiels d’une menace ne sont pas rencontrés.

« Considérant l’ensemble de la preuve, les inférences que vous pouvez tirer logiquement de la preuve non contredite est de trouver l’accusé coupable des infractions reprochées », conclut Me Marie-Ève Phaneuf.

Me Guy Plourde a rappelé que l’accusé n’a pas à prouver sa non-culpabilité.

« Il y a tant de trous et de blancs dans cette preuve qui font en sorte qu’elle n’est pas suffisante. Si un doute persiste, il doit bénéficier à l’accusé », plaide Me Plourde.

Blessing Dugbeh est détenu depuis son arrestation dans cette affaire en avril 2018.

S’il est reconnu coupable de l’agression sexuelle en groupe sur une mineure, il écopera d’une peine minimale de cinq ans de prison.