Normand Trahan (à droite) au palais de justice de Trois-Rivières en compagnie de son avocat, Me Michel Lebrun.

Le propriétaire du Zoo de Saint-Édouard accusé de cruauté animale [VIDÉO]

SAINT-ÉDOUARD-DE-MASKINONGÉ — Alors qu’il se préparait à lancer sa saison d’activités ce samedi, Normand Trahan devra revoir ses plans. Le propriétaire du Zoo de Saint-Édouard est accusé, en cour criminelle, de cruauté animale.
Normand Trahan

La journée de mardi de Normand Trahan a mal débuté, alors que la Société pour la prévention de la cruauté envers les animaux (SPCA) de Montréal débarquait tôt chez lui, mandat de perquisition en main, pour procéder à son arrestation avec l’assistance de la Sûreté du Québec. 

«Depuis ce matin (mardi), on procède à une perquisition au zoo en vue de recueillir des éléments de preuve et notamment de saisir des animaux sur les lieux, dont des lions, des tigres, des kangourous, des primates et des zèbres», a déclaré Me Sophie Gaillard, directrice de la défense des animaux de la SPCA de Montréal, lors d’un point de presse tenu devant l’entreprise de Saint-Édouard-de-Maskinongé.

L’homme de 69 ans a comparu, mardi, au palais de justice de Trois-Rivières. Il a été formellement accusé d’avoir volontairement causé à des animaux et des oiseaux gardés en captivité au Zoo de Saint-Édouard une douleur, de la souffrance et des blessures sans nécessité et d’avoir fait preuve de négligence envers eux en omettant de leur fournir les aliments, l’eau, l’abri et les soins convenables et suffisants. Les gestes qui lui sont reprochés seraient survenus entre le 1er mai 2016 et le 31 octobre 2018. 

Selon la SPCA de Montréal, il s’agirait de la première fois au Canada qu’un propriétaire de zoo soit accusé de cruauté animale criminelle et de la première fois au Québec que la poursuite pour cruauté animale soit intentée par acte criminel.

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Le procureur de la Couronne responsable de cette affaire, Me Julien Beauchamp-Laliberté, a consenti à ce qu’il soit remis en liberté, mais sous diverses conditions relatives à la protection des animaux. Parmi celles-ci, il lui sera notamment interdit d’être propriétaire d’un animal ou d’en avoir la garde et le contrôle à l’exception des animaux n’ayant pas été saisis au Zoo de Saint-Édouard par la SPCA.

Toutefois, concernant ces animaux qui ne seront pas saisis, il doit leur fournir les aliments, l’eau, les abris et les soins convenables et suffisants. Il doit aussi permettre à un inspecteur de la SPCA d’accéder au lieu de captivité de ces animaux pour s’assurer de leur bien-être et de leur condition physique. Normand Trahan doit également informer la SPCA de toute disposition d’animaux n’ayant pas été saisis (48 heures au préalable de toute vente, cession ou autre et dans un délai de 48 heures après tout décès) en indiquant le nom et les coordonnées du nouveau possesseur, le cas échéant. 

Il a également dû s’engager financièrement sans dépôt pour la somme de 5000 $. Enfin, il lui est interdit de communiquer avec certaines personnes, dont Alessandra Magini et Philip Ethier, les deux personnes qui avaient annoncé leur intention d’acheter le zoo. Au cours de l’automne 2018, la transaction projetée avait cependant avorté. M. Trahan avait alors parlé d’un manque de financement, ce qu’avait nié Philip Ethier.  

Cette arrestation est le fruit d’une enquête criminelle menée par la SPCA de Montréal après la réception d’une plainte d’un visiteur du zoo. Mais le Zoo de Saint-Édouard a aussi été l’objet de plaintes déposées au ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation au fil des dernières années et aurait été visé par des condamnations de la part du ministère de la Faune.

Deuxième saisie

Cette perquisition était la deuxième à être exécutée par la SPCA de Montréal au Zoo de Saint-Édouard depuis quelques mois. En octobre 2018, une perquisition avait permis de saisir deux tigres et deux oiseaux morts et deux alpagas mal en point.

Me Gaillard a refusé, mardi, de préciser la cause de la mort de ces quatre animaux. Toutefois, elle confirme que cette deuxième perquisition va durer plusieurs semaines et va nécessiter le concours de l’organisme Humane Society International, spécialisé dans les opérations de sauvetage de masse. Cette perquisition devrait donc entraîner la fermeture du zoo pour une durée indéterminée.

Selon Ewa Demianowicz, responsable de campagne à Humane Society International, le premier constat de la situation au Zoo de Saint-Édouard laisse croire que des dizaines d’animaux vont probablement nécessiter des soins médicaux. La direction du Zoo de Saint-Édouard a déjà indiqué avoir une centaine d’espèces d’animaux totalisant quelque 400 têtes.


« C’est sans aucun doute le dossier le plus complexe de sauvetage d’animaux dont on s’est occupé au Canada »
Rebecca Aldworth, directrice générale de Humane Society International-Canada

«Nous avons été profondément troublés et perturbés par cet établissement et nous sommes ravis d’aider la SPCA à faire ce sauvetage historique. On a vu des conditions de garde de ces animaux qui étaient inadéquates, des animaux qui ne semblaient pas avoir de l’eau et de la nourriture adéquates, des installations qui sont délabrées, des animaux qui semblaient en besoin de soins vétérinaires. Ce ne sont pas des conditions, de ce qu’on voit dans les zoos, qui sont jugées acceptables», raconte Mme Demianowicz.

«C’est sans aucun doute le dossier le plus complexe de sauvetage d’animaux dont on s’est occupé au Canada», a ajouté Rebecca Aldworth, directrice générale de Humane Society International-Canada.

Quelque 20 représentants des deux organismes étaient à Saint-Édouard-de-Maskinongé, mardi, et le même nombre sera maintenu pour s’occuper des bêtes. Une vétérinaire est sur place pour évaluer la condition des animaux. Aucune bête ne serait en danger imminent de mort.

Les animaux qui seront saisis seront envoyés dans des refuges au Canada et aux États-Unis. Cette étape peut prendre plusieurs jours afin de coordonner leur transport, trouver les transporteurs spécialisés en la matière et obtenir les permis nécessaires à leur déplacement.

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Le mandat de perquisition accorde à la SPCA le pouvoir de procéder à une telle démarche durant plusieurs semaines. Selon la SPCA, le mandat empêche Normand Trahan d’entrer sur les lieux.

Une preuve à étudier

Mardi, M. Trahan semblait secoué par les événements. À la demande de son avocat, Me Michel Lebrun, il a toutefois refusé de commenter. Le dossier a par ailleurs été reporté au 21 juin. D’ici là, l’avocat étudiera la preuve. «Mon client opère en vertu de toutes les lois et les permis requis tant avec le MAPAQ que les autorités en matière de faune, et ce, depuis une trentaine d’années. Il prévoyait d’ailleurs ouvrir cette semaine. Il a toujours collaboré avec les autorités. On va prendre connaissance de ce qui lui est reproché et essayer de comprendre ce qui a pu se passer ce matin», a déclaré Me Lebrun à sa sortie de la salle d’audience. 

Il ne cache pas que son client est secoué et surpris, surtout que ces accusations de cruauté animale ne sont pas banales. «C’est toujours surprenant de se faire réveiller à six heures le matin pour se faire menotter et se faire présenter un mandat d’arrestation», a-t-il ajouté. 

Notons que M. Trahan est passible d’une peine maximale de cinq ans.

Dossiers au MAPAQ et à la Faune

Le Zoo de Saint-Édouard a fait l’objet de plaintes déposées au cours des dernières années au ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec. Dans certains cas, les plaintes n’ont pas été retenues par le MAPAQ. Dans d’autres dossiers, le ministère a observé que l’entretien de base n’était pas assuré, que des animaux étaient privés de luminosité dans leurs enclos, que des bols d’eau contenaient de l’eau gelée et que les installations souffraient d’un mauvais entretien ou d’une conception inadéquate.

Le ministère de la Faune aurait donné des constats d’infraction contre le propriétaire concernant la loi sur la faune, soutient la SPCA de Montréal. Des amendes auraient aussi été imposées à Normand Trahan.

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LE ZOO DE SAINT-ÉDOUARD EN BREF

  • Fondation en 1957 par Napoléon Casaubon
  • Fermeture en 1977
  • Relance de l’entreprise par Normand Trahan en 1989
  • Le zoo compte une centaine d’espèces d’animaux et environ 400 bêtes