L'agent Daniel Montsion est accusé d’homicide involontaire, de voies de fait graves et d’agression armée d’Abdirahman Abdi, le 24 juillet 2016.

Le procès d'un policier d'Ottawa risque de s'étendre

Le procès du policier Daniel Montsion, accusé d’homicide involontaire d’Abdirahman Abdi, risque d’être beaucoup plus long que prévu, en raison d’un débat pointu sur deux versions d’une même vidéo se trouvant au cœur de la preuve de la Couronne.

Alors qu’on s’attendait à une fin des procédures judiciaires en avril, il faudra attendre plusieurs semaines supplémentaires avant de connaître le sort du policier.

Son procès est suspendu jusqu’au 25 février.

Entre temps, les avocats des deux parties discuteront à portes fermées, et parfois devant le juge, de considérations logistiques et légales entourant le procès.

Au ralenti

On s’attardera surtout au dépôt de la preuve vidéo dans laquelle on voit une partie de l’intervention policière mortelle. Les images qu’elle contient ont été prises par une caméra de surveillance du 55, Hilda, où résidait M. Abdi.

La troisième journée de procès, mercredi, devait être celle tant attendue de la présentation de cette vidéo, montrant l’intervention du policier, avant le décès de la victime, le 24 juillet 2016.

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Cette vidéo — ou du moins une copie — pose problème. C’est qu’une deuxième version, provenant de la même caméra, a surgi, dimanche, quelques heures avant le début du procès, entamé lundi.

Mardi, la défense a demandé à ce que le procès soit suspendu, après avoir reçu une note de dernière minute de la Couronne.

Le ministère public a indiqué dans un courriel à la défense, dimanche dernier, qu’elle venait de prendre connaissance de l’existence de cette deuxième version de la même vidéo, dont le contenu semblait cependant « ralenti », voire « trafiqué », selon les mots de l’avocat de la défense, Me Solomon Friedman.

Cette version, dont l’existence n’a été dévoilée que dimanche à la défense, aurait pu influencer le pathologiste judiciaire, dans le cadre de l’enquête indépendante ayant mené aux accusations criminelles.

En 2016, le pathologiste Christopher Milroy a d’abord conclu à un « accident » en regardant la version originale. Mais en visionnant la version « ralentie », il a changé d’avis en concluant plutôt à un « homicide ».

Cette information n’a surgi que cette semaine.

Pas de diffusion de la vidéo

La défense a obtenu l’aval du juge Robert Kelly, mercredi, en suspendant le procès pour près de trois semaines. Cela doit permettre à la défense d’analyser cette deuxième version.

En attendant que cet imbroglio soit réglé, le tribunal a ordonné l’interdiction de la diffusion de la vidéo, originale ou modifiée, en attendant la reprise du procès.

La bande — tant l’originale que la version ralentie — n’a toujours pas été déposée en preuve.

Le magistrat a rappelé que des témoins dans cette affaire n’ont toujours pas offert leurs versions des faits au tribunal, et que la publication de ces images dans les médias traditionnels ou sociaux pourrait les influencer.

L’agent Montsion est accusé d’homicide involontaire, de voies de fait graves et d’agression armée.