Le père d'un rescapé raconte

(Sainte-Marie-aux-Mines, FRANCE) — Le maire de Sainte-Croix-aux-Mines, Jean-Marc Burrus a pu s’entretenir avec Eddie Fassel, le père de Gaston Fassel, le rescapé de 30 ans.

Collaboration spéciale Dernières Nouvelles d'Alsace

DNA.fr

Anne Muller 

Le groupe de huit (cinq Alsaciens et trois Vosgiens) avait loué des motoneiges et les services d’un guide, qui aurait eu une heure de retard sur l’heure prévue. « La nuit allait tomber, alors, pour gagner du temps, le guide aurait décidé de prendre un raccourci. » 

Le groupe de huit (cinq Alsaciens et trois Vosgiens) avait loué des motoneiges et les services d’un guide, qui aurait eu une heure de retard sur l’heure prévue. 

« La nuit allait tomber, alors, pour gagner du temps, le guide aurait décidé de prendre un raccourci. »

Les cinq premiers, avec le guide, auraient roulé assez vite. Tandis que Gaston Fassel, Bruno Petitdemange et Paul Klein, allaient plus lentement, créant une scission dans la file indienne. Ils auraient vu le guide faire demi-tour vers eux, et sombrer à travers la glace avec sa motoneige.

Immergé lui aussi, Paul a réussi à s’agripper sur les rebords. Ses deux camarades auraient alors réussi à l’extirper de l’eau, en faisant une chaîne. Les cinq motoneigistes à l’avant, avaient-ils déjà sombré eux aussi, ou ont-ils pu se réfugier dans un abri, sur une des nombreuses îles ? C’est ce deuxième scénario que tout le monde espère…

« Ne parlons pas d’eux au passé. »

Dans le Val d’Argent, toutes les conversations tournent autour de l’accident de motoneiges survenu mardi au Québec. Deux jeunes manquent toujours à l’appel. Et l’attente est insupportable. 

« Quand j’ai entendu l’accident à la télé mercredi soir, mon sang n’a fait qu’un tour. J’espérais que ce n’était pas les jeunes de chez nous… », explique Danielle, les yeux rougis, anéantie par la nouvelle.

« On y pense tout le temps… On a toujours l’espoir qu’on les retrouve. Mon mari, c’est un dur, mais il est très affecté aussi. » À 71 ans, cette ancienne commerçante du centre-ville de Sainte-Marie-aux-Mines précise au sujet de Jean-René Dumoulin, le Sainte-Marien de 24 ans, porté disparu : « Je le connais depuis tout petit, quand il venait au magasin. C’est quelqu’un qui a du punch, qui est sportif, c’est un bon vivant et un bosseur ! »

Dans les conversations, l’accident de motoneige revient en boucle, mais avec beaucoup de pudeur. Les interlocuteurs se reprennent et se corrigent après avoir utilisé l’imparfait : « Ne parlons pas d’eux au passé, il faut garder espoir. »

Sur les hauteurs de la ville, le chef de l’hostellerie des Bagenelles, Jacky Drouan veut encore y croire. « Les cinq disparus, ils sont bien équipés, ils pourraient s’être réfugiés quelque part. » On s’accroche aux scénarios les plus optimistes, d’autant que le groupe est très sportif. Mais l’émotion submerge vite les visages et les voix. Le groupe de copains vient souvent s’attabler ici, et ailleurs aussi.

« On est tous bouleversés, parce qu’ils vivent avec la communauté, ensemble, résume son épouse Birgit. C’est difficile quand on connaît les gens, plus que quand il y a un accident d’avion quelque part et qu’on ne connaît pas les passagers… » La patronne ajoute, « je les adore, parce que ce sont des gens actifs, une équipe formidable, soudée, qui ont envie de vivre leur vie, voire de se surpasser ». Sportifs, fêtards et bons vivants, ce sont des expressions qui reviennent souvent à leur sujet.

Du soutien

Le deuxième jeune de la vallée porté disparu, c’est Julien Benoit, 34 ans. Chef de chantier aux Transports et Travaux publics Schmitt de Saint-Hippolyte depuis quatorze ans, il habite à Sainte-Croix-aux-Mines. Le maire, Jean-Marc Burrus a téléphoné à ses parents pour leur apporter son soutien et celui de la population. « Ils gardent toujours espoir. La famille souhaite qu’on respecte leur silence », précise le premier magistrat, également très sollicité par les médias nationaux français et canadiens. Ce vendredi, il a pu évoquer le drame avec le nouveau sous-préfet, Jean-Claude Geney, qui par un hasard du calendrier, est en visite dans la vallée.

Ancien capitaine de l’équipe des séniors, Julien Benoit a quitté le club de foot sainte-creuzien il y a deux ans, faute de coéquipiers, et a rejoint la plaine. « Julien Benoit jouait, pour la deuxième saison, dans l’équipe seconde, au niveau de l’axe défensif central. Il avait plein de copains chez nous, il est venu au club par affinité. C’est un mec plus que bien, toujours très positif, même si on avait des résultats archi mauvais », a indiqué avec beaucoup d’émotions Fernand Willmann, président de l’AS Sermersheim. « Il est toujours derrière les jeunes. Nous avons informé les joueurs de sa disparition, l’espoir de le retrouver est mince, mais il est là. Nous attendons les communications officielles du consulat et de la famille. »

Le club de tennis de table de Lièpvre est sous le choc, un de ses joueurs faisant partie de l’expédition québécoise. « On a été contents d’apprendre qu’il était en vie », témoigne la coresponsable de la section, Odile Grandgeorge, quand ils ont su que le Sainte-Marien Paul Klein, 43 ans, était en vie. « Polo a eu de la chance, il a été sorti de l’eau. Ça a été un grand ‘‘ouf’’ de soulagement. Et on garde l’espoir de retrouver les autres, même s’il est mince ».

L’ampleur des moyens mis en œuvre au Québec impressionne aussi dans la vallée, qui s’accroche au meilleur scénario possible. Le maire sainte-creuzien le répète à l’envi : « Tant qu’il y a de l’espoir, il y a de la vie ».