Pendant plus de cinq heures, devant la commission des Transports et des infrastructures, le patron de Boeing, Dennis Muilenburg a clairement reconnu sa responsabilité dans les accidents des 737 MAX de Lion Air et d'Ethiopian Airlines qui ont fait 346 morts.

Le patron de Boeing fait profil bas devant le Congrès américain

WASHINGTON — «Inacceptable», «impardonnable». «Vous avez un problème systémique de qualité!» Des membres du Congrès américain ont étrillé mercredi le patron de Boeing, qui a fait profil bas.

Au lendemain d'une audience tendue devant des sénateurs américains en colère, Dennis Muilenburg est apparu visiblement ému, parfois au bord des larmes.

Pendant plus de cinq heures, devant la commission des Transports et des infrastructures, il a clairement reconnu sa responsabilité dans les accidents des 737 MAX de Lion Air et d'Ethiopian Airlines qui ont fait 346 morts.

«Mon entreprise et moi-même sommes responsables et nous savons que nous devons nous améliorer», a déclaré Dennis Muilenburg, martelant qu'il apprenait de ces erreurs tragiques et qu'il était disposé à «rendre des comptes», alors que toute la flotte des 737 MAX est clouée au sol depuis mi-mars, et que les autorités de sécurité aérienne n'ont pas encore décidé de la remettre en service.

Comme la veille, il a adressé ses excuses aux familles des victimes présentes dans la salle, qu'il a rencontrées avant l'audience pour la première fois, et ce, pendant deux heures.

«Désastreux»

«Je voudrais de nouveau dire que je suis désolé. Je n'oublierai jamais» ce qu'il s'est passé, a-t-il dit.

Face aux commentaires du président de la commission des Transports et des infrastructures, M. Muilenburg était l'ombre de lui-même, les yeux embués, incapable parfois de parler. Il a souvent laissé l'ingénieur en chef de la division commerciale, John Hamilton, répondre à sa place.

«C'est inacceptable. Laisser tout le monde dans l'ignorance est inacceptable. C'est sans précédent», a tempêté l'élu Peter DeFazio, fustigeant le fait que les pilotes n'aient pas été informés de l'existence du MCAS, un logiciel censé empêcher le 737 MAX de partir en piqué, notamment en cas de perte de vitesse.

«Nous avons besoin de réponses», a ajouté M. DeFazio qui l'interrogeait aussi sur les raisons pour lesquelles ce logiciel, mis en cause dans les deux tragédies, ne figurait pas dans les manuels des pilotes.

De nouveaux documents internes, produits par les élus, ont montré que de nombreuses personnes au sein de l'entreprise étaient au courant des dangers du MCAS.

Dans l'un de ces écrits, qui date de juin 2018, un peu plus de quatre mois avant l'accident de Lion Air, des employés affirmaient que si les pilotes prenaient plus de 10 secondes pour réagir une fois ce logiciel activé, cela pourrait être «désastreux».

Une autre pièce interne montre qu'un ingénieur de Boeing a averti, en 2015, qu'un dysfonctionnement du MCAS était plus que probable en cas d'anomalie d'une des deux sondes d'angle d'attaque (AOA). C'est très exactement qui est arrivé dans le cas de l'accident de Lion Air.

Rien n'ayant été fait, les parlementaires en ont donc déduit que Boeing avait privilégié les profits aux dépens de la sécurité.

«Comme un tueur à gages»

L'élu démocrate Steve Cohen s'est alors tourné vers M. Muilenburg : «Vous avez dit que vous étiez responsable. Pourquoi ne pas renoncer à votre salaire? Vous nous dites que votre rémunération n'a pas été réduite avec tout ça? Vous continuez de travailler et de gagner 30 millions de dollars par an», s'est emporté le parlementaire Steve Cohen.

«C'est comme un tueur à gages. Il a tué nos proches et il a reçu une prime (...). C'est inouï», a confié à l'AFP Chris Moore, un Canadien dont la fille Danielle est morte dans l'accident d'Ethiopian Airlines le 10 mars.

En 2018, année de la tragédie de Lion Air, le patron a en fait reçu un peu moins : 23,4 millions de dollars dont un bonus de 13 millions, selon les documents financiers du groupe.

Selon Chris Moore, M. Muilenburg n'assume pas ses responsabilités, donnant pour preuve que celui-ci n'a pas démissionné.

Sur ce point, Dennis Muilenburg a au contraire argué que rester à son poste pour régler le problème du 737 MAX était sa façon d'assumer.

«J'ai grandi dans une ferme dans l'Iowa et mon père m'a appris à ne pas fuir les difficultés et c'est une situation difficile», a-t-il dit.

Le patron de Boeing a répété que la priorité du groupe était la qualité, ce que l'un des membres a vivement contesté.

«Vous avez un problème systémique de qualité. Vous cherchez le profit, pas la qualité», a lancé Michael Capuano.

Au terme de ces deux jours d'audition, Dennis Muilenburg n'est pas complètement parvenu à faire taire les spéculations sur son avenir à la tête de Boeing. D'autant qu'il s'est vu retirer récemment ses fonctions de président du conseil d'administration et n'est plus que directeur général.