Le maire de Gatineau, Maxime Pedneaud-Jobin

Le maire de Gatineau «en partie» d’accord avec le projet de loi sur la laïcité

Le maire de Gatineau, Maxime Pedneaud-Jobin, est d’avis que l’«absence de norme en matière de laïcité nuit à notre climat social», et qu’il vaut mieux passer par un débat collectif difficile qui mènera à des décisions que de «laisser pourrir la situation». Selon lui, le projet de loi du gouvernement Legault sur la laïcité ne brime pas la capacité des gens à exercer leur religion. Il encadre plutôt la façon d’afficher sa pratique religieuse quand on occupe un poste dans la fonction publique.

«Selon moi, si la neutralité elle-même est essentielle, l’apparence de neutralité est importante aussi, a-t-il déclaré. Ce dernier avait convoqué la presse sur le coup de midi, jeudi, pour réagir au projet de loi sur la laïcité déposé la semaine dernière, à l’Assemblée nationale. 

«J’appuie donc l’idée qu’une partie, je dis bien une partie, des employés de l’État ait des obligations à cet égard, a-t-il ajouté. Je comprends la volonté d’agir du gouvernement en matière de laïcité, car le statu quo n’est pas une avenue durable. L’absence de norme clairement définie est une des sources du malaise actuel, cette absence de norme nuit au vivre-ensemble, continuer à ne rien faire n’est pas une solution.»

Le maire Pedneaud-Jobin n’a pas d’objection à ce que les employés municipaux, notamment les employés de la cour municipale et les policiers, soient ciblés par de nouvelles exigences en matière de laïcité et de neutralité. Ce dernier n’a toutefois pas voulu préciser la nuance qu’il apporte en notant être d’accord avec ces principes uniquement pour une partie des employés de l’État. «Je ne me prononcerai pas sur les postes touchés par le projet de loi en dehors de la sphère municipale», a-t-il affirmé. 

Appel aux médias

Le débat qui s’annonce au Québec ce printemps donnera probablement lieu à des «excès», prévient le maire de Gatineau. «J’espère que tout le monde va respirer par le nez et y aller sur le fond des choses en exprimant, dans le respect des uns et des autres, sa vision du monde, dit-il. Mais les deux camps ont leurs extrémistes.» Selon le maire Pedneaud-Jobin, il ne faut pas cibler des communautés en particulier. «Ce n’est pas des tolérants contre des intolérants, des religieux contre des gens qui ne le sont pas, c’est vraiment la place de la religion dans le travail de certains fonctionnaires qui est l’enjeu, explique-t-il. Il faut gérer notre relation à la religion en général.»

À cet effet, le maire de Gatineau invite les médias à faire des efforts de modération dans les réseaux sociaux. La semaine dernière, la mairesse de Montréal, Valérie Plante, a affirmé avoir été la cible de messages qualifiés de «très agressifs, même très violents» à la suite de sa réaction sur le projet de loi. 

«Quand on fait de la politique, on s’attend à des choses comme ça, affirme le maire. Il y a des dossiers beaucoup moins délicats où on reçoit des volées de bois vert. Malheureusement, certains médias n’ont pas de modérateurs sur leurs réseaux sociaux. C’est selon moi une erreur. Je dirais que ce n’est même pas responsable. Il faut essayer de gérer ça.»

Pas de position du conseil

La position prise par le maire Pedneaud-Jobin a fait l’objet d’une discussion, à huis clos, entre le membre du conseil. Le maire a précisé qu’il n’y aurait pas de position collective prise par le conseil municipal concernant le projet de loi, mais que les élus sont libres de s’exprimer sur le sujet s’ils le désirent. Gatineau n’entend pas se présenter en commission parlementaire, à moins que des enjeux de mécanique et d’application de la loi nécessitent une prise de position municipale. 

«Il y a encore de la confusion du côté du gouvernement et des choses doivent être clarifiées, a-t-il noté. Présentement, les ministres entre eux ne semblent pas avoir une vision très précise de tout ça.» 

Quant à au potentiel recours au bâillon pour forcer une adoption plus rapide du projet de loi sur la laïcité, le maire n’a pas voulu trop s’avancer. «Je dirais que lorsqu’on fait des choix comme ça, il faut avoir le temps d’en débattre, mais c’est au gouvernement et à l’opposition de décider s’ils se sont donné assez de temps, a-t-il affirmé. Il faut aussi tenir compte que ça fait dix ans qu’on en parle.»