Selon la ministre de la Santé Danielle McCann, la stratégie de prévention du suicide qui avait été mise en place il y a quelques années avait permis de réduire de 400 par année le nombre de suicides au Québec.

Le gouvernement du Québec se dote d’une nouvelle stratégie de prévention du suicide

Le gouvernement Legault mettra en place une nouvelle stratégie nationale de prévention du suicide, mesure phare préconisée par l’Organisation mondiale de la santé et réclamée par plusieurs organismes du Québec.

Cette mesure a été annoncée mardi à l’issue du Forum Adultes et santé mentale par la ministre de la Santé, Danielle McCann, pour qui «trois décès par suicide par jour [au Québec], c’est inacceptable».

En mêlée de presse, la ministre a souligné que la stratégie de prévention du suicide qui avait été mise en place il y a quelques années avait permis de réduire de 400 par année le nombre de suicides au Québec. 

Pour la ministre de la Santé, «avec les drames qu’on a connus dernièrement, on ne peut pas laisser les choses comme ça». «Ce sont des épisodes tragiques qu’on peut prévenir dans beaucoup de cas si on met en place les bonnes stratégies», a-t-elle dit. 

Selon elle, la nouvelle stratégie québécoise de prévention du suicide pourrait notamment contenir «les volets prévention, ligne téléphonique, accompagnement des personnes, notamment quand elles vont à l’hôpital et qu’elles ressortent après, implication des membres de l’entourage, circulation de l’information entre l’entourage et les intervenants», a-t-elle énuméré.

À plusieurs reprises pendant le Forum, des intervenants ont réclamé un assouplissement des règles de confidentialité auxquelles sont tenues les équipes soignantes et qui ont pour effet de garder dans l’ignorance les proches des personnes aux prises avec des problèmes de santé mentale, ce qui peut parfois avoir des conséquences dramatiques. 

Les participants ont insisté sur l’importance de mettre à contribution les proches dans l’accompagnement des personnes malades, mais aussi les usagers eux-mêmes, qui doivent participer activement à leur rétablissement. Les pairs-aidants doivent aussi être mieux reconnus, ce qui passe notamment par leur embauche et leur intégration dans le réseau, a-t-on dit. 

Partage de bonnes pratiques

Des intervenants ont également réclamé une meilleure collaboration entre le public et le communautaire de même qu’un meilleur partage des bonnes pratiques en santé mentale. Ce n’est pas normal qu’on sache ce qui se fait en France ou en Nouvelle-Angleterre, par exemple, mais qu’on ignore ce que fait le CIUSSS ou le CISSS d’à côté, a exposé une participante.  

Une paire-aidante a pour sa part dit souhaiter que les hôpitaux qui accueillent les patients atteints de maladie mentale n’aient «pas l’air de mouroirs». «Ces endroits-là devaient nous donner le goût de se rétablir, pas de mourir», a-t-elle laissé tomber.


« Avec les drames qu’on a connus dernièrement, on ne peut pas laisser les choses comme ça »
La ministre de la Santé et des Services sociaux, Danielle McCann

D’autres participants ont insisté sur la nécessité pour le réseau de la santé et des services sociaux de s’adapter aux besoins des usagers, et non l’inverse. Plusieurs ont suggéré de «sortir les psychiatres des hôpitaux», de déployer des équipes mobiles dans la communauté et de varier les offres d’hébergement pour les différentes clientèles, notamment pour celles présentant un trouble concomitant de santé mentale et de dépendance. Il faut, a-t-on dit, donner davantage de services «en prévention et en suivi» pour éviter les hospitalisations. Rappelant que 60 % de la population carcérale a des problèmes de santé mentale, un psychologue a réclamé une continuité des services à l’intérieur et à l’extérieur des murs. 

Parmi les autres propositions qui ont émané du forum : déployer des services de crise 24/7 partout au Québec, développer les technologies en santé mentale, étendre le service de référence 211 dans toutes les régions et faire davantage appel aux infirmières praticiennes spécialisées en santé mentale. 

Le Forum Adultes et santé mentale, auquel 250 intervenants ont participé, sera suivi de consultations satellites qui auront lieu cet hiver dans plusieurs régions du Québec. Il est aussi possible de participer à une consultation en ligne sur le site du ministère de la Santé. Les personnes intéressées ont 30 jours pour le faire. 

Ce travail de consultation permettra au gouvernement d’élaborer son plan d’action en santé mentale 2020-2025, un plan d’action qui sera «interministériel» (Santé, Justice, Sécurité publique, Travail, Emploi et Solidarité sociale, Éducation et peut-être même Économie et Innovation, a dit la ministre McCann).

Investissements de 40 M$

Sans s’avancer sur le montant qui accompagnera ce plan d’action, la ministre de la Santé a rappelé que son gouvernement avait déjà annoncé des investissements de 40 M$ pour diminuer les listes d’attente en santé mentale et pour déployer dans quatre nouvelles régions le projet Aire ouverte, un réseau de services intégrés et adaptés aux besoins des jeunes âgés de 12 à 25 ans.

Chose certaine, «il n’y aura pas de compressions dans le budget en santé mentale», a promis la ministre McCann. «C’est un budget protégé, la santé mentale», a-t-elle assuré. 

La ministre de la Santé a par ailleurs annoncé mardi que le programme d’accès et d’accompagnement en santé mentale, déjà en déploiement dans cinq régions, sera étendu à l’ensemble du Québec en mars 2020. Mme McCann a dit vouloir que «toute personne, peu importe son âge, ait accès gratuitement au service dont elle a besoin».