Sophie Prégent, la présidente de l'Union des artistes (UDA), affirme que cette homogénéité dans le domaine de la télévision «lui fait mal». Ce n'est «pas un constat agréable à faire», a-t-elle ajouté.

Le gala Artis critiqué pour le manque de diversité dans ses nominations

Le gala Artis a été sous le feu des critiques dans les derniers jours en raison de ses 70 nommés, qui sont entièrement blancs. Dans une province où environ 15 % de la population est issue d'une minorité visible - et 25 % dans la région de Montréal - les nominations démontrent le manque de diversité parmi les plus grandes vedettes de la télévision.

Sophie Prégent, la présidente de l'Union des artistes (UDA), affirme que cette homogénéité dans le domaine de la télévision «lui fait mal». Ce n'est «pas un constat agréable à faire», a-t-elle ajouté.

Ce n'est pas comme s'il n'y avait pas de choix, a-t-elle fait valoir, soulignant que 15 % des 8500 membres de l'UDA sont des immigrants de deuxième génération - et ce chiffre grimpe à 25 % pour les immigrants de troisième génération.

Il y a plusieurs artistes de couleur à la télévision, souligne Mme Prégent, mais il y en a très peu qui tiennent des premiers rôles dans les émissions les plus populaires. Ainsi, les téléspectateurs ne pensent pas à ces acteurs lorsqu'ils doivent voter pour leurs artistes préférés, a-t-elle expliqué.

Les nominations de ce gala reposent sur les résultats de sondages menés auprès 8000 Québécois par la firme Léger. À la fin du mois de novembre, environ 2000 Québécois - la moitié en ligne et la moitié par téléphone - se font demander spontanément la liste de leurs artistes préférés dans 14 catégories, dont les séries dramatiques, les sports, les nouvelles et les variétés.

La maison de sondage isole les cinq choix les plus populaires et effectue un deuxième sondage auprès de 2000 Québécois, pour leur demander de sélectionner leurs personnalités favorites parmi les noms choisis par le premier groupe. Léger répète l'exercice avec 4000 répondants à la fin du mois de janvier.

Un «concours de popularité»

Christian Bourque, vice-président exécutif et associé chez Léger, explique que les nommés sont souvent les personnages principaux des émissions les plus populaires, car ils obtiennent plus de visibilité.

«C'est plus un concours de popularité», a-t-il souligné.

Et c'est précisément le problème, selon Jérôme Pruneau, qui dirige Diversité artistique Montréal, un groupe qui fait la promotion de la diversité dans les arts et la scène culturelle de Montréal. Par l'entremise des arts, les Québécois se font montrer une identité qui est «blanche et francophone», a-t-il déploré.

Dans les années 60, lorsque la nation québécoise se distanciait de son identité catholique, l'industrie des arts a joué un grand rôle dans la construction de sa culture et dans la protection de la langue française, a-t-il indiqué. Mais maintenant, la culture québécoise n'est pas adaptée à l'époque, selon lui.

«On a l'impression que c'est la seule identité qui nous représente», a-t-il fait valoir.

L'actrice québécoise d'origine haïtienne Fabienne Colas a parlé d'un «jour triste» pour le Québec. «Surtout que la majorité (des nommés) viennent de Montréal - notre Montréal qui est une ville multicolore, l'une des villes les plus multiethniques au monde, en Amérique du Nord», a-t-elle soutenu.

Des quotas de diversité?

Mme Colas suggère aux grands réseaux d'imposer des quotas de diversité pour les émissions.

«Quand on légifère, on inclut massivement, on inclut et on trouve des talents partout parce qu'on est contraint, a-t-elle mentionné. Quand on ne légifère pas et qui a pas de quotas, eh bien on trouve toutes les raisons du monde ou les excuses du monde pour ne pas intégrer et impliquer la diversité.»

L'enjeu de la diversité dans la représentation des arts avait soulevé les passions l'été dernier, lorsque le Festival international de Jazz de Montréal avait annulé le controversé spectacle SLAV, de Robert Lepage. Des militants accusaient M. Lepage et sa chanteuse principale, Betty Bonifassi - qui sont tous deux blancs - de s'approprier la culture noire.

Sophie Prégent croit que les Québécois sont de plus en plus sensibilisés à cet enjeu. L'ajout de personnes de couleur dans des rôles de premier plan et dans des émissions populaires est la «dernière échelle à monter», dit-elle. Pour ce faire, les producteurs et les diffuseurs devront mettre l'épaule à la roue, selon elle.

Le réseau TVA, propriété de Québecor, diffuse le gala Artis. L'entreprise n'a pas rappelé La Presse canadienne pour commenter le dossier.