Voici une vue aérienne des inondations à Yamachiche.

Le fleuve à son seuil maximal en Mauricie

TROIS-RIVIÈRES — Les riverains sont loin d’être tirés d’affaire en Mauricie et au Centre-du-Québec. Le fleuve Saint-Laurent devrait atteindre son niveau maximal dans la région au cours des prochaines heures. L’eau devrait ensuite se mettre à descendre. Un processus qui devrait s’échelonner sur plusieurs jours, ce qui signifie que les citoyens affectés devront s’armer de patience.
Plusieurs rues sont inondées à Nicolet comme dans plusieurs autres municipalités riveraines de la région.

«Oui effectivement, le fleuve va monter, mais on ne s’attend pas à une grosse montée. On s’attend à une dizaine de centimètres tout au plus. Ça se situerait autour de 3,8 mètres. On devrait atteindre ce niveau-là demain [mercredi] dans la journée. À partir de là, le fleuve et le lac Saint-Pierre vont commencer à descendre lentement pour atteindre 2,9 mètres aux alentours du 10 mai», explique Bernard Létourneau, porte-parole de la Sécurité civile. Rappelons qu’en 2017, le lac Saint-Pierre avait atteint 3,54 mètres. Son seuil d’inondation mineure est de 2,70 mètres.

Les prochaines heures devraient donc être critiques. «Il ne devrait pas y avoir de situations pires à ce qu’on va connaître demain [mercredi]. Mais ensuite, ça va s’améliorer de jour en jour», estime M. Létourneau.

La thématique de ce module de jeux situé au Port-Saint-François, à Nicolet, a été bien choisie.

Le nombre de maisons isolées en Mauricie est particulièrement élevé. En effet, selon le bilan d’Urgence Québec de mardi soir, c’est la région qui en compte le plus dans l’ensemble du Québec, soit 499. Le nombre de résidences inondées est moins important, c’est-à-dire 289. À Bécancour, 25 résidences étaient inondées et 111 isolées mardi après-midi. À Nicolet, ce sont 90 résidences qui étaient inondées et 36 isolées.

À Trois-Rivières, on parlait d’une centaine de résidences isolées mardi, soit le même nombre que lundi. «On va atteindre le plus haut niveau dans les prochaines 24 à 48 heures», prévient la mairesse suppléante Ginette Bellemare. Quelque 60 000 sacs de sable ont été distribués à Trois-Rivières. Une centaine de requêtes ont été acheminées au service 311 depuis jeudi alors que pendant une tempête de neige, ce nombre peut grimper jusqu’à 500. «Pour nous, c’est signe que les gens ont reçu l’information», se réjouit Mme Bellemare.

Les sacs de sable font maintenant partie du paysage à Yamachiche. ­

La pluie prévue ce mercredi ne devrait pas avoir un impact important sur le niveau du lac Saint-Pierre. En plus du fleuve, la rivière Mékinac constitue sans nul doute une préoccupation. «Il reste beaucoup de neige à fondre au nord. Le Saint-Maurice n’est pas inquiétant, mais ce n’est pas le cas de la rivière Mékinac. Il devrait arriver un coup d’eau à Saint-Joseph-de-Mékinac. On s’attend à ce qu’il y ait cinq ou six maisons qui vont se retrouver isolées, mais on ne sait pas vraiment quand», précise M. Létourneau.

À Trois-Rives, on se préparait en conséquence mardi. «À Saint-Joseph-de-Mékinac, il y a une vigie qui se fait de la part des pompiers et il y a aussi des représentants de l’armée canadienne. L’eau est très haute. Ça a commencé à inonder certains endroits, mais ce n’est pas encore dramatique», notait, mardi, Pierre Beauséjour, coordonnateur des mesures d’urgence pour la Régie des incendies de la Vallée du Saint-Maurice.

Une cinquantaine de maisons étaient isolées, mardi, à Yamachiche.

Dans la plupart des municipalités affectées, des militaires sont à pied d’œuvre. Les pompiers et des policiers sillonnent aussi les secteurs touchés. Plusieurs riverains sont préparés aux caprices de dame nature. Le plus difficile, c’est lorsque les inondations se prolongent, et c’est ce qui risque de se produire à plusieurs endroits. «Au niveau du fleuve, ce n’est pas demain la veille que ça va se résorber. On en a pour au moins deux à trois semaines avant de revenir à un niveau normal. On essaie de passer au travers. Les citoyens essaient de faire contre mauvaise fortune bon cœur. Ça demande énormément de patience, et plus le temps passe, plus que ça devient difficile à vivre», déplore Jean-Guy Dubois, maire de Bécancour. «Pour l’instant, ça se passe assez bien. Tant que ça ne dure pas trop longtemps, ça va bien. Si ça prolonge dans le temps, c’est là que les gens commencent à perdre patience, mais une semaine ou deux, il n’y a pas de problème. La plupart ont une embarcation, une génératrice», raconte Roger Michaud, maire de Maskinongé.

Aucune municipalité n’a demandé à ses citoyens d’évacuer. Une situation qui inquiète toutefois le maire de Louiseville. «On n’est pas rendu à demander aux gens de quitter, mais ça me préoccupe. Il y a quand même beaucoup de monde au lac Saint-Pierre. Ce ne sont pas tous des jeunes de 22 ans en pleine forme. Il y a des gens un peu plus âgés, il y a des bébés, des jeunes enfants. J’ai hâte que l’eau baisse», mentionne Yvon Deshaies. «On ne délogera pas les gens de force c’est certain», souligne, pour sa part, Paul Carbonneau, maire de Yamachiche. Dans cette municipalité, une cinquantaine de résidences étaient isolées mardi. «Le moral des gens du lac Saint-Pierre est bon. Les soldats sont ici pour faire des sacs de sable. La Sûreté du Québec a fait venir des effectifs supplémentaires et les pompiers sont là en permanence. Ça va bien malgré les circonstances», ajoute M. Carbonneau.

Ces municipalités espèrent que la pluie annoncée n’aura pas trop d’impact. «On surveille parce qu’ils annoncent de la pluie et peut-être des vents. C’est sûr que pour demain [mercredi] ça semble plus inquiétant, mais en même temps, on est prêt», assure Geneviève Dubois, mairesse de Nicolet. Son centre d’hébergement a accueilli un premier sinistré mardi. À Saint-Alexis-des-Monts, les inondations avaient été plus importantes l’an dernier. «On se croise les doigts et on touche du bois. L’année passée, le gros coup d’eau était survenu le 4 mai. On surveille donc beaucoup la fin de semaine et le début de la semaine prochaine», précise le maire, Michel Bourassa.

Notons par ailleurs que le niveau d’eau élevé du lac Saint-Pierre ne met pas en danger l’intégrité de l’autoroute 40. La situation est sous contrôle, selon le ministère des Transports.