«Le docteur Ngola a suivi les consignes»: des enquêtes publiques et criminelles réclamées par ses avocats

Martin Lafrenière
Martin Lafrenière
Le Nouvelliste
LOUISEVILLE — En dénonçant un système de santé défaillant, de possibles gestes criminels commis contre leur client et l’utilisation d’une situation de pandémie pour servir les intérêts politiques du bureau du premier ministre du Nouveau-Brunswick, les avocats du docteur Jean Robert Ngola ne mettent pas de gants blancs dans la requête qu’ils viennent de déposer au bureau de la procureure générale néo-brunswickois. Ces derniers réclament la tenue d’une enquête publique et d’une enquête criminelle concernant les agissements du bureau du premier ministre Blaine Higgs, du ministère de la Santé et de la GRC afin de faire la lumière sur toute l’histoire entourant le dossier de leur client ayant été accusé à tort d’être le premier malade de la COVID-19 dans sa région au Nouveau-Brunswick.

Le docteur Ngola travaillait dans le secteur de Campbellton au printemps dernier lorsqu’une éclosion de coronavirus est survenue dans ce secteur du nord du Nouveau-Brunswick. Le docteur Ngola ne s’était pas placé en isolement après un aller-retour au Québec et a reçu un test positif de COVID-19. Qualifié d’individu irresponsable par le premier ministre Higgs, ciblé par des attaques sur les réseaux sociaux, le docteur Ngola avait vu son permis d’exercice être suspendu au Nouveau-Brunswick. En raison de l’acte d’urgence décrété par le Nouveau-Brunswick, une enquête criminelle a été menée afin de déterminer si l’infection du docteur et de sa fille était liée à leur voyage au Québec. Aucune allégation ne s’est avérée à la suite de l’enquête et aucune accusation criminelle n’a été retenue contre le médecin qui a quitté cette province pour venir pratiquer à Louiseville et à Maskinongé.

Selon la requête déposée mardi au bureau de la procureure générale du Nouveau-Brunswick, les faits allégués par les avocats du médecin démontrent plus qu’un système défaillant. Ils donnent lieu à des motifs raisonnables de croire que de nombreux incidents criminels auraient eu lieu dans cette affaire contre le docteur Ngola. Les avocats soutiennent notamment que le dossier est parsemé d’entrave à la justice, d’abus de confiance et de méfait.

Ses avocats mentionnent qu’après avoir eu le 27 mai un résultat positif pour un dépistage nasal subi le 26 mai, Jean Robert Ngola a subi quatre autres dépistages soit par le nez, soit par le sang, entre le 27 mai et le 8 juin. Trois de ces tests ont été négatifs. Le résultat du dernier test sanguin subi le 8 juin est inconnu, car on aurait égaré l’échantillon. De plus, les résultats ont été communiqués le 21 août, soit presque trois mois plus tard.

Selon Me Joël Étienne, le résultat des tests démontre que son client n’a jamais été malade ou qu’il n’aurait pas contracté la maladie lors de son passage au Québec. Il est d’avis que le gouvernement aurait dû, dès le mois de juin, déclarer qu’il n’y avait rien de criminel contre son client.

«Le premier ministre a demandé une enquête criminelle, il a réitéré ses propos à plusieurs reprises et il a continué à assumer ses propos. Ce qu’on dit c’est que c’est une entrave à la justice. Et on demande une enquête sur les agissements de la GRC. Le 2 juillet, ils nous écrivent pour dire que l’enquête est terminée et qu’il n’y aura pas d’accusation criminelle contre Jean Robert et après, ils disent qu’ils continuent l’enquête. C’est une entrave. Avec les tests, ils savaient que Jean Robert n’est pas le propagateur de la maladie au Nouveau-Brunswick», mentionne Me Étienne qui demande que l’Unité permanente anticorruption du Québec soit de l’enquête.

Les avocats critiquent aussi le fait que la veille du déclenchement des élections au Nouveau-Brunswick, on a divulgué une information selon laquelle le docteur Ngola allait comparaître en octobre et pourrait alors être accusé d’avoir violé la loi sur les mesures d’urgence. Ce dossier relève d’une question réglementaire et non pas criminelle. Mais ce genre de dossier ne serait pas public tant que la Couronne n’entérine pas les avis de comparution, explique Me Christian Michaud.

«J’avais un engagement comme quoi on n’allait pas rendre publics les avis de comparution. Le problème est qu’on a violé l’engagement pour des raisons politiques. Le docteur Ngola a suivi les consignes, il a vérifié auprès des autorités publiques pour les règles (à son retour au Nouveau-Brunswick). Il a subi des attaques de tous les médias sociaux et du premier ministre à trois ou quatre reprises. C’est un non-sens. C’est complètement inadmissible», avance Me Michaud.

«Je prétends que la machine politique a profité de ce qui s’est passé avec le docteur Ngola, déclare Me Étienne. Dans les faits, ce qui s’est passé ne servait à personne. Ça ne sert pas à l’intérêt public, ni à Jean Robert, mais seulement au bureau du premier ministre. Les autorités ont caché le fait qu’il y avait 100 personnes du système de santé qui entraient (au Nouveau-Brunswick) sans passer par la quarantaine. Ils n’ont pas essayé de protéger la vie privée de Jean Robert et on a perdu un échantillon de sang. Ils ont caché le fait que dès juin, il avait trois tests négatifs. Toutes ces informations servent à qui? Ça servait seulement à faire avancer et soutenir les commentaires du premier ministre. En 20 ans de pratique, on n’a jamais rien vu de pareil.»

Reste à voir maintenant si le bureau de la procureure générale va accepter la requête des avocats du docteur Jean Robert Ngola.

D’autre part, une poursuite civile contre le gouvernement néo-brunswickois devrait être déposée par les avocats du médecin.