Nancy Nadeau lance un cri du coeur pour que de l’aide soit apportée à son fils qui souffre de problèmes de santé mentale.

Le cri du cœur d’une mère qui réclame de l’aide pour son fils atteint de problèmes de santé mentale

Trois-Rivières — «C’est comme si personne ne pouvait rien faire. On dirait qu’ils attendent un drame pour intervenir. Je trouve ça terrible.» Nancy Nadeau lance un cri du cœur. Depuis 10 ans, elle accompagne son fils de 28 ans, qui souffre de problèmes de santé mentale, dans les dédales du réseau de la santé. Mais la situation s’est dégradée dernièrement. Le jeune homme est complètement désorganisé au point de tout détruire dans son logement, situé à Trois-Rivières. Le CLSC semble incapable de lui proposer une solution. Une intervenante a même conseillé à Mme Nadeau d’appeler les pompiers...

«Il est dans une période où ça se détériore, c’est épouvantable. Il n’a plus rien. Il a tout défait. Il a défait son frigidaire, il a défait son poêle, il a jeté son matelas. Le frigidaire est à l’envers dans la pièce. Son poêle est défait en morceaux. Il dort par terre dans des amas de débris. Il a ouvert les murs, il a arraché les armoires. C’est désastreux. Il a commencé à défaire les lumières du plafond. Il joue avec les fils électriques. Tous les jours, il empire la situation», déplore-t-elle.

Il n’est plus en mesure de prendre soin de lui-même. «Il ne lave pas son linge. Il ne remplit pas ses besoins essentiels. Il est vraiment désorganisé. Je ne peux pas croire qu’on le laisse là-dedans. Il faut que quelqu’un intervienne. Il faut qu’il se passe quelque chose.»

Sa mère lui achète une carte repas des Artisans de la paix pour qu’il s’alimente à la tablée populaire. «Quand il avait encore son frigidaire et son micro-ondes, je lui apportais des petits plats. Maintenant, je lui achète une carte des Artisans. Je me dis: au moins, aujourd’hui, il a mangé.»

Elle a montré des photos et une vidéo de l’état du logement à l’équipe SIM (suivi intensif dans le milieu) du Centre intégré universitaire de la santé et des services sociaux de la Mauricie et du Centre-du-Québec (CIUSSS MCQ). «J’ai tout montré ça au CLSC, mais ils ont l’air d’avoir les mains liées. Ils nous disent que ça n’a pas de bon sens. Mais après? On ne fait rien? Une intervenante m’a dit que si j’appelais les pompiers c’est sûr qu’ils allaient le sortir de là. Mais il va aller où après? Ils vont l’expulser et il va se ramasser dans la rue?»

Le problème, c’est que le jeune homme refuse qu’on lui prodigue des soins. «Il refuse toute médication. Il refuse de voir un psychiatre. C’est ça le problème, mais un moment donné, ça prend quoi pour l’obliger?» Rappelons que la loi ne permet pas de soigner un individu contre son gré. S’il représente un danger grave et immédiat pour lui-même ou pour autrui, il peut être gardé de façon préventive à l’hôpital durant une période qui ne peut pas excéder 72 heures. Après, il peut quitter s’il le désire. La seule manière de prolonger l’hospitalisation du patient après les 72 heures, c’est de demander une ordonnance du tribunal.

Mme Nadeau est allée à l’urgence de Trois-Rivières cette semaine avec lui. Le médecin leur a dit de revenir le lendemain, qu’une travailleuse sociale serait sur place pour les aider. Le lendemain, au triage, on ne savait pas de quoi elle parlait. On lui a dit d’aller au CLSC, ce qu’elle a fait. «Ils n’étaient pas au courant de ce qui s’était passé la veille avec le médecin. On m’a dit que quelqu’un allait m’appeler. Tu essaies d’y croire, qu’il va se passer quelque chose et que quelqu’un va réagir, mais non.»

Voici un aperçu de l’état du logement du jeune homme de 28 ans.

Cette semaine, alors qu’elle l’a amené à l’urgence et au CLSC, son fils semblait conscient de la gravité de la situation. «Hier [mardi], il m’a même dit: ‘‘Vous n’allez pas me laisser mourir là-dedans’’. Il crie à l’aide. Je pense qu’il s’autodétruit pour que quelqu’un fasse quelque chose.»

Ses problèmes de santé mentale sont apparus à l’âge de 18 ans, à peu près en même temps que son entrée dans l’engrenage de la toxicomanie. «Au début, il collaborait. Il voulait avoir de la médication. Il avait des injections tous les mois. Avec tout ça, il a pris beaucoup de poids. Il ne s’aimait pas. Il a décidé qu’il arrêtait.»

Au fil des années, il s’est parfois retrouvé à l’urgence en crise. Il était envoyé en psychiatrie. «Il est rentré à Trois-Rivières, à Shawinigan. C’était pour des psychoses toxiques. Ils l’attachaient pendant deux jours, et c’était pas mal ça. Après, il sortait. Tant qu’il consomme, on dirait qu’ils n’investissent pas. Ils ne font rien.»

À quelques reprises, Mme Nadeau a amené son fils chez elle, à Bécancour. Mais ça ne fonctionne pas. Il veut retourner à Trois-Rivières et la situation devient vite intenable. «C’est intense. Il faut que tu sois fait fort. Ça ne lâche pas une minute. Tu n’as plus de bulle, tu n’as plus de vie. On se demande ce qu’il va faire, est-ce qu’il va se mettre à ouvrir les murs? Un moment donné, il avait débité le téléphone. Il avait peur du téléphone. Tu ne sais jamais ce qui va arriver», confie-t-elle.

Elle tente maintenant de le mettre sous curatelle. «Je suis allée au Curateur public. On m’a dit que je devais commencer par le CLSC. Le CLSC m’a dit d’aller voir un notaire. Je suis allée voir un notaire, mais il m’a retournée au CLSC.» Finalement, elle a engagé un avocat pour qu’il l’aide dans ses démarches auprès du Curateur public. Mais le processus risque d’être long, et son fils ne peut plus attendre, plaide-t-elle. Elle aimerait évidemment qu’il soit encadré par des professionnels. «Dans l’état où est son logement, c’est dangereux pour sa vie et celle des autres.»

Cherchant désespérément une solution, au mois de mai, elle a contacté la police de Trois-Rivières. Un policier s’est rendu sur place. Il n’a pas estimé que la situation était dangereuse. «Le policier m’a dit que sa décoration laissait à désirer et il s’est mis à rire», lâche-t-elle. «Ça m’a tellement insultée. Ça fait mal au cœur de se faire répondre quelque chose de même.»

Les policiers ont déjà amené son fils chez elle après l’avoir trouvé dans le secteur Pointe-du-Lac, pieds nus. «Il avait marché de Trois-Rivières jusqu’à Pointe-du-Lac nu-pieds, à moitié tout nu. Il me l’avait ramené les pieds en sang. Les policiers m’ont dit: ‘‘Il a besoin d’être pris en charge madame’’. C’est moi le pilier, mais je suis fatiguée. Je me suis battue. J’en ai essayé des affaires pour l’aider. Mais là, je ne suis plus capable.»

Il a défait sa cuisinière et endommagé les murs.

En désespoir de cause, elle envisage sérieusement de contacter les pompiers comme le CLSC le lui a conseillé, malgré l’angoisse de ne pas savoir ce qui va advenir de son fils. «C’est dur à vivre. On est sans recours.»

Au CIUSSS, pour des raisons de confidentialité, on ne peut pas commenter un cas en particulier. Mais on assure que des vérifications seront faites concernant ce dossier. «On comprend que pour une mère, ça peut être difficile. Il existe des groupes de soutien dans les organismes communautaires, par exemple, à Trois-Rivières, il y a La Lanterne. Elle peut aussi appeler au 811 pour parler avec quelqu’un», mentionne Josiane Gagnon, porte-parole au CIUSSS MCQ.