Du touché à la fellation, l’enfant était trop apeurée pour repousser son père.

Le courage d’une ado devenue femme

Jeune adulte, Isabelle* se rappelle avec dégoût le jour où, ado, elle a atteint l’orgasme pour la première fois... C’était lors d’une agression paternelle.

Son père, qu’on ne peut nommer afin de préserver l’identité de la victime, a pris le chemin du pénitencier pour deux ans cette semaine, au palais de justice de Gatineau.

Avant le prononcé de la sentence, Isabelle s’est adressée à la juge Rosemarie Millar de la Cour du Québec. Elle a décrit les horreurs qui se sont produites pendant que sa mère travaillait pendant la nuit, alors que son père en avait la responsabilité.

« Cela prend une force de caractère et du courage » pour déposer une plainte en pareille matière, a dit la magistrate.

Du touché à la fellation, l’enfant était trop apeurée pour repousser son père.

La procureure de la Couronne a expliqué au tribunal que la dernière agression s’est produite lorsque la victime avait 14 ou 15 ans. « Cela s’est produit dans une roulotte, et elle a atteint l’orgasme, ce qui lui a occasionné un grand dégoût chez elle », a mentionné la procureure.

Sur une page Internet de l’Université d’Ottawa dédiée aux mythes sur les agressions sexuelles, on lit qu’un tel orgasme n’est pas synonyme de plaisir.

« Il est possible pour une personne d’avoir une réaction physique à la suite d’une stimulation sexuelle, même dans une situation d’agression sexuelle. Peu importe la stimulation sexuelle et ce que la personne a ressenti, cela ne signifie pas qu’elle était consentante au moment de l’agression. »

Ce type de réaction ne peut constituer une défense devant le tribunal. L’avocat de l’accusé, Me Michel Swanston, ne l’a, de toute façon, pas plaidé. « Nous ne minimisons pas les gestes de monsieur. »

Émotive, la victime a parlé des conséquences d’un tel drame dans sa vie. « Chaque parent doit protéger ses enfants. Tu as tout gâché, tu as profité d’une petite fille sans défense. Tu m’as appris des choses que je devais apprendre par moi-même. Je vis avec les conséquences. Tu as détruit ta famille. »

L’accusé a plaidé coupable sur le chef d’agression sexuelle déposé contre lui. Me Swanston a souligné que son client a suivi 213 heures de thérapie au Centre d’intervention en abus sexuels pour la famille (CIASF), et qu’il reconnaissait aujourd’hui le mal qu’il avait pu causer à son enfant.

« Monsieur a peu de scolarité, a indiqué son avocat. Plus jeune, il était victime d’intimidation, et battu par ses pairs. Il a décroché (de l’école) à 15 ans. »

La sentence de deux années de pénitencier fédéral peut paraître clémente, a reconnu la juge.

« C’est vrai qu’elle pourrait être plus élevée, a-t-elle dit en acceptant la proposition commune de la Couronne et de la défense. Mais il y a un certain travail de la part des deux procureurs. Cela ne remplacera jamais un père, mais la réhabilitation est entamée. »

*Nom fictif