Louis Bouchard, l’entraîneur-chef de l’équipe canadienne et du Centre national Pierre Harvey, travaille main dans la main avec Alex Harvey depuis toujours.

Le coach d'Alex Harvey nostalgique

Jusqu’à son récent retour en ville, Louis Bouchard n’avait pas encore réalisé ce qui l’attendait. Tout au long de l’année, l’idée de savoir que la carrière d’Alex Harvey tirait à sa fin l’obligeait à garder sa concentration sur le moment présent et non sur la suite des choses. «Ça m’a permis de revenir sur terre», dit-il à l’approche de la grande finale.

L’entraîneur-chef de l’équipe canadienne et du Centre national Pierre Harvey, qui travaille main dans la main avec le meilleur fondeur canadien de l’histoire depuis toujours, est maintenant conscient que la fin approche. Harvey tire sa révérence, ce week-end, dans le cadre des finales de la Coupe du monde de ski de fond.

Bouchard arrive donc au bout d’un long cycle qui lui aura fait vivre des moments uniques avec un athlète de pointe qui sera devenu son ami au fil du temps.

«On sait que ça va prendre des années avant qu’on en trouve un autre comme lui. Le Canada n’est pas la Norvège ou la Russie, où il en sort des nouveaux chaque année. On va recommencer avec les jeunes et j’ai le goût de travailler avec eux. J’en ai encore plus à donner qu’avant, j’ai plus d’expertise, je sais quel est le profil pour exceller au niveau international pour avoir coaché l’un des meilleurs au monde. J’ai une idée du modèle que l’on recherche pour trouver un autre champion», disait-il, mercredi, au site de compétition des plaines d’Abraham situé derrière le Manège militaire.

Mais avant de penser à l’avenir, l’entraîneur regardait plutôt derrière, revoyant le film de la carrière d’Alex Harvey. Et la sienne, puisque les deux ont foncé ensemble dans l’aventure sans jamais se séparer. «Il a changé ma carrière», admettait Bouchard, qui se souvenait de tout, et même encore plus...

De la découverte à l’âge de 13 ou 14 ans, où Alex avait été identifié pour faire partie de l’équipe du Québec de développement. À 15 ans, il allait ensuite réussir sa première sélection pour les Championnats du monde de junior. Un an plus tard, Bouchard a eu la confirmation qu’il était un athlète spécial.

«Petter Northug [l’un de ses grands rivaux en carrière] était plus vieux que lui de deux ans et il avait tout raflé. Alex avait fini 16e du 10 km. Il était dans le peloton de tête, sauf qu’il avait chuté dans une descente. Il était tombé 70e, mais avait remonté la pente sans s’affoler, il m’avait vraiment impressionné. Même chose à sa première année senior, en 2009. Personne ne le connaissait pas, et puis, boum, médaille de bronze au 50 km.»

Ce fut le début d’une longue aventure, ponctuée de moments de gloire, mais aussi de journées plus difficiles.

La médaille d’or aux Championnats du monde de Lahti, en 2017, occupe la première marche de son podium, qui est aussi complété par la médaille d’or du sprint par équipe des Mondiaux d’Oslo en 2011 et d’un doublé (deuxième et troisième) au 15 km classique du Tour de ski de 2013 avec son coéquipier Len Valjas, qui se retire aussi, en fin de semaine.

«J’ai été choyé de travailler avec ces gars-là, et cet hiver, on a pris le temps de se remémorer tout ce qu’on avait vécu ensemble.»

L’envers de la médaille, le duo Harvey/Bouchard l’a découvert aux Jeux olympiques de PyeongChang. «Les Jeux de 2018 ont été durs, parce que je n’avais pas de plan B. Pour moi, il n’y a que le plan A qui existe, je pense toujours qu’on va gagner. Alex avait toujours eu du succès aux Mondiaux dans sa carrière, mais aux Jeux, ça avait fessé», soulignait-il à propos de l’absence d’un podium.

Médaille ou pas, Bouchard verra un gagnant en regardant son protégé prendre le départ de ses trois dernières courses en carrière, vendredi, samedi et dimanche.

«Il a toujours été bon dans ces rendez-vous, il va vider son réservoir, donner son maximum pour faire un bon spectacle et rivaliser avec l’élite mondiale, comme il l’a fait depuis 10 ans. Il y a tellement un respect mutuel entre lui et ses compétiteurs, que peu importe le résultat, la fin sera belle.»

Il s’y connaît assez en la matière pour l’affirmer!