Le réalisateur Jean-Claude Labrecque à Québec en janvier 2018.

Le cinéaste Jean-Claude Labrecque est décédé

MONTRÉAL — Le cinéaste Jean-Claude Labrecque, qui s’est fait connaître pour ses nombreux documentaires sur le Québec, s’est éteint la nuit dernière, a-t-on annoncé par communiqué, vendredi. Il avait 80 ans.

Selon la boîte Ixion communications, le réalisateur est mort dans la nuit du 31 mai, entouré de ses trois fils, au Centre hospitalier de l’Université de Montréal.

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Pendant sa longue carrière au cinéma, Jean-Claude Labrecque assumera successivement les fonctions de caméraman, directeur photo, réalisateur, monteur, scénariste et producteur.

Il a fait ses premières armes à l’Office national du film (ONF) à la caméra, pour les oeuvres de Claude Jutras, Gilles Groulx et Gilles Carles. Il réalise en 1965 son premier film, 60 cycles, un reportage qui présente des images spectaculaires du Québec d’alors pendant le Tour cycliste du Saint-Laurent.

Au cours des années suivantes, il captera avec sa caméra des moments marquants de l’histoire du Québec, dont la visite du général de Gaulle en 1967, les Jeux olympiques de Montréal en 1976 et trois grandes Nuits de la poésie.

Il tournera plus tard de nombreux autres documentaires à saveur historique, dont Le RIN et À hauteur d’homme, incursion implacable dans la campagne électorale québécoise de 2003, qui mènera à la défaite du premier ministre péquiste Bernard Landry.

Le documentariste doué se tournera aussi vers la fiction à quelques reprises, dans les années 1970 et 1980, avec Les Vautours (1975), L’affaire Coffin (1979) et Les années de rêve (1984), suite du premier - tous des films ancrés dans la réalité historique du Québec.

Son dernier documentaire, Sur les traces de Maria Chapdelaine, est sorti en 2015.

Le réalisateur Michel La Veaux a consacré en 2017 un documentaire à ce grand documentariste: «Labrecque, une caméra pour la mémoire».

Né le 19 juin 1938 à Québec, le jeune homme de Limoilou doit se débrouiller rapidement seul, puisqu’il a perdu successivement ses parents biologiques et ses parents adoptifs. Il commence à travailler à 18 ans, comme photographe à des mariages, avant d’oeuvrer quelques années à l’Office du film du Québec.

Pour faire avancer sa carrière, le jeune Labrecque est allé en haut lieu: pendant un temps, il se présente chaque semaine au parlement pour rencontrer le premier ministre de l’époque, Maurice Duplessis. «Je rentrais au parlement et je disais: “Où ce qu’il est le boss?”», a-t-il raconté en février 2018, lors d’une conférence organisée par l’organisme Éléphant: mémoire du cinéma québécois. Cette anecdote a d’ailleurs été transposée dans l’un de ses films de fiction, Les Vautours, mettant en vedette Gilbert Sicotte.

C’est en 1959 que le jeune cinéaste arrive à l’ONF, une institution culturelle qu’il vénérait depuis des années. Dans une entrevue diffusée en 2014 dans la série Une histoire du cinéma de Denys Desjardins, Jean-Claude Labrecque raconte qu’il a eu envie de travailler à l’ONF en visionnant Jour de juin, un documentaire sur le défilé de la Saint-Jean-Baptiste de 1959, réalisé à plusieurs mains à l’«Office», à la naissance du «cinéma direct».

«Soudainement, en voyant ce film-là, j’ai eu comme une espèce de révélation», a-t-il raconté dans son entretien avec Denys Desjardins. «V’là-tu pas que la caméra sort du trépied, se balade. C’était un regard tout à fait audacieux, étonnant, et avec la «caméra marchée», ça m’avait beaucoup touché.»

Jean-Claude Labrecque fait alors ses premières armes à l’ONF en filmant les oeuvres de Claude Jutras (À tout prendre), Gilles Groulx (Le chat dans le sac - tourné en cinq jours et demi!) et Gilles Carles (La vie heureuse de Léopold Z). C’est en 1965 qu’il réalise son 60 cycles sur le Tour du Saint-Laurent.

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On doit notamment à Jean-Claude Labrecque le documentaire «À hauteur d'homme» qui relate la campagne électorale de 2003 chef du Parti québécois et premier ministre du Québec, Bernard Landry.

Un général et des Olympiques

En 1967, il tourne pour l’Office du film du Québec La visite du général de Gaulle, et il captera le célèbre «Vive le Québec libre!» lancé par le président français du haut du balcon de l’hôtel de ville de Montréal. Ce documentaire plutôt rare, qui montre l’ancien président de près pendant son périple de Québec à Montréal, sur le «chemin du Roy», a été rediffusé à la Cinémathèque québécoise en 2017, lors du 50e anniversaire de cet épisode historique.

«On s’est mis de front. On a fait arrêter le Colbert (le général était venu en bateau, pour arriver à Québec), on est monté à bord vers 4 h du matin. Après, je suis monté dans l’auto, personne voulait. Et ça s’est réglé avec M. Johnson (Daniel, le premier ministre de l’époque) qui a dit: “Est-ce que ça vous dérangerait si on a un opérateur à bord?”», a-t-il confié au micro de Catherine Perrin à la Première chaîne de Radio-Canada en 2017.

Pendant cette tournée avec le général, Daniel Johnson jouera même «l’assistant» du caméraman, puisqu’il tenait son chargeur, a-t-il raconté dans le documentaire de Michel La Veaux, «Labrecque, une caméra pour la mémoire».

«Quand la presse internationale - les 450 ou 500 photographes qu’il y avait -, quand ils m’ont vu dans l’auto, les gens disaient: «Voyons donc!». Ils pensaient pas que Labrecque de Limoilou était capable de faire ça», a-t-il déclaré à la Première chaîne.

En plus de participer aux tournages des trois grandes Nuits de la poésie (1970, 1980, 1991), Jean-Claude Labrecque filmera avec Jean Beaudin, Marcel Carrière et Georges Dufaux les Jeux olympiques de 1976, à Montréal. Dans ces séquences, on peut voir l’envers du décor des Olympiques. La caméra jette un regard intimiste sur les athlètes qui s’apprêtent à livrer la performance de leur vie, dont Bruce Jenner, devenu plus tard Caitlyn Jenner, qui avait remporté la médaille d’or en décathlon.

Un peu plus tard, en 1982, Labrecque rendra un hommage à son amie, la défunte poète Marie Uguay - il avait eu un coup de foudre pour cette artiste à la Nuit de la poésie de 1980.

L’aventure À hauteur d’homme

Plus tard dans sa vie, il tournera plusieurs autres documentaires à saveur historique, dont Le RIN en 2002, qui parle de la fondation du Rassemblement pour l’indépendance nationale, et À hauteur d’homme, un film qui montre les dessous de la campagne électorale de 2003, qui verra Bernard Landry défait par le libéral Jean Charest.

En entrevue avec «Le Devoir» en 2003 sur ce dernier film, Labrecque dit ne pas avoir voulu faire de l’éditorial. «Ça ne m’intéresse pas de faire du documentaire de type éditorialiste. Je trouve que les gens sont assez grands pour juger, et M. Landry est capable de soutenir ça tout [...] J’ai toujours fait des films avec mes intuitions.»

Dans le documentaire de Michel La Veaux, Labrecque relate que le premier ministre Landry était souvent venu le voir à l’époque pour lui dire que s’il perdait les élections - ce qui est arrivé -, cela affecterait son film. «Je disais: “Ben non, monsieur Landry. Ce n’est pas une joute de hockey qu’on fait. Vous jouez une partie de la vie du Québec, c’est important, ça”.»

Labrecque fera une incursion dans la fiction à quelques reprises dans les années 1970 et 1980 - Les Vautours, L’affaire Coffin, Les années de rêve. «J’aime les gens, et je suis très près d’eux», avait-il résumé à la radio de Radio-Canada en janvier 2018.

L’un de ses fils, Jérôme Labrecque, a réalisé en 2001 un film en l’honneur de son père, Jean-Claude Labrecque: Cinéaste du contemporain.

Jean-Claude Labrecque et sa compagne, Francine Laurendeau, longtemps critique de cinéma au Devoir, ont cosigné un livre, Souvenirs d’un cinéaste libre (2009), dans lequel le réalisateur raconte sa vie.

Le cinéaste a reçu plusieurs honneurs pendant sa longue carrière. Il a été fait Chevalier de l’Ordre des arts et des lettres en France en 1992, et a été nommé Chevalier de l’ordre du Québec en 2009. La même année, il est devenu membre de l’Ordre du Canada. En 2008, il a reçu le Jutra Hommage à la grande fête du cinéma québécois.

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DÉCÈS DE JEAN-CLAUDE LABRECQUE: «NOUS VENONS DE PERDRE UN GRAND CINÉASTE

MONTRÉAL —  «Nous venons de perdre un des grands cinéastes québécois.» C’est ainsi qu’a réagi Michel La Veaux, réalisateur d’un documentaire sur le cinéaste Jean-Claude Labrecque, qui vient de s’éteindre à l’âge de 80 ans en laissant derrière lui une imposante filmographie.

En 2017, Michel La Veaux a lancé le documentaire «Labrecque, une caméra pour la mémoire», dans lequel il rappelait tout l’héritage de M. Labrecque, qui, dans le film, commentait avec passion son travail.

Les spectateurs ont donc pu en apprendre davantage sur les classiques du cinéma de Jean-Claude Labrecque, dont «La visite du général De Gaulle», les trois «Nuits de la poésie» et «À hauteur d’homme». Le documentaire peut être visionné sur le site de l’Office national du film (ONF).

Selon M. La Veaux, le cinéaste laisse bien plus que ses oeuvres au Québec; il a réussi à inspirer plusieurs cinéastes, dont lui, à prendre la caméra pour faire des films.

«Jean-Claude a laissé sa marque aussi par son regard et son amour du peuple québécois», a-t-il confié en entrevue.

«Comme il dit souvent: «Quand on filme un visage, on filme un pays. Et quand on filme un pays, on filme un visage». Et Jean-Claude a toujours été près de ça et près de la nature de l’âme québécoise», a-t-il ajouté.

Malgré la longue liste de films à son actif et sa stature importante dans le milieu du cinéma québécois, M. Labrecque est toujours demeuré humble, a assuré M. La Veaux.

«Jean-Claude était très «groundé». Il y avait toujours place pour lui à s’améliorer de film en film. Il était toujours humble et très critique», a-t-il relaté.

M. La Veaux côtoyait régulièrement le cinéaste et jusqu’à tout récemment, il parlait avec passion de cinéma.

«Le moral était là. Quand on parlait de cinéma, il s’allumait, les deux yeux venaient pétillants», a-t-il relaté.

«Un homme très raffiné»

La veuve de Bernard Landry, Chantal Renaud, qui apparaît avec l’ex-premier ministre dans le documentaire «À hauteur d’homme», garde de très bons souvenirs de M. Labrecque, qui est resté discret même s’il suivait le couple pendant des journées entières.

«Vous imaginez bien que quelqu’un qui vous filme du lever au coucher pendant des semaines, comme si on était mariés avec lui... Je rends hommage à sa grande discrétion - parce qu’à la fin on ne s’en apercevait plus - et à sa grande intelligence, sa grande douceur. C’est quelqu’un de très raffiné», a-t-elle soutenu en entrevue téléphonique.

Dans le documentaire, M. Labrecque présentait un portrait intimiste de l’ex-premier ministre péquiste Bernard Landry lors de la campagne électorale de 2003. On pouvait autant le voir en privé parler à ses proches, qu’en public en train de se coltailler avec des journalistes.

Selon Mme Renaud, son mari était triste après avoir vu le documentaire pour la première fois, puisqu’il montrait beaucoup ses querelles avec les médias, et parlait moins de sa vision du Québec.

«Mais très vite, il s’est aperçu que ce film avait joué en sa faveur à lui. D’ailleurs, il ne s’est jamais fâché avec Jean-Claude Labrecque. Ils sont toujours restés très amis», a-t-elle relaté.

«Il s’est aperçu que c’est le côté humain qui ressortait le plus de ce film, de même, de ses querelles avec les médias. Probablement que ce côté humain venait aussi du regard de Jean-Claude Labrecque. Non seulement de Bernard, mais de Jean-Claude aussi.»

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Le décès de ce grand cinéaste a fait réagir plusieurs autres personnes sur les réseaux sociaux. En voici quelques-unes en vrac:

- Claude Joli-Coeur, président de l’Office national du film

«Plus qu’un cinéaste émérite, Jean-Claude Labrecque était un ami et un membre de la famille ONF. Amoureux de la lumière, de l’histoire et des gens, il a toujours su conserver sa capacité d’émerveillement, capacité qu’il est parvenu à transmettre et à partager à travers ses images et ses oeuvres. Au nom de l’ONF, je salue aujourd’hui cet homme d’exception qui nous a tant inspirés et avec qui nous avons connu une longue et chaleureuse collaboration.»

-La Cinémathèque québécoise

«Nous avons appris avec tristesse la disparition de Jean-Claude Labrecque, exceptionnel cinéaste et directeur photo. Il laisse derrière lui une oeuvre considérable qui nous accompagnera longtemps. Nos condoléances à sa famille et à ses proches. Le Québec perd un monument.»

- François Legault, premier ministre du Québec

«Très attristé par le décès de Jean-Claude Labrecque. Un grand cinéaste québécois qui a su, à travers ses oeuvres, nous faire vivre l’histoire du Québec.»

- L’Office national du film

«L’ONF est en deuil alors que le cinéma québécois perd un autre pionnier. Directeur photo, monteur et cinéaste émérite, Labrecque a fait de sa passion une carrière pendant plus de 50 ans.»

- Nathalie Roy, ministre de la Culture du Québec

«Le milieu du cinéma est à nouveau en deuil de l’un de ses grands cinéastes. Jean-Claude Labrecque dont la carrière a été maintes fois primée nous a quittés. Nos pensées accompagnent ses proches.»

- Pablo Rodriguez, ministre du Patrimoine canadien

«Un grand homme du cinéma nous a quittés. (...) Jean-Claude Labrecque avait tout un parcours et une réelle passion pour son métier. Mes sympathies à sa famille et ses proches.»

- Pascal Bérubé, chef par intérim du Parti québécois

«J’ai eu le privilège de côtoyer ce maître de l’image lors du tournage du documentaire «À hauteur d’homme» en 2003. Mes meilleures pensées pour ses proches. Son oeuvre imposante lui survivra.»

- Pierre Karl Péladeau, ancien chef du Parti québécois et président et chef de la direction de Québecor

Hommage à Jean-Claude Labrecque, un pionnier de notre cinéma. Par sa lentille, il portait un regard unique et singulier sur nous, sur notre histoire et sur les grands événements qui ont fait qui nous sommes. Merci monsieur Labrecque!

- Valérie Plante, mairesse de Montréal

«C’est un maître et un pionnier du cinéma qui nous quitte. Jean-Claude Labrecque laisse derrière lui une oeuvre qui témoigne comme nulle autre de la transformation culturelle, sociale et politique du Québec. Mes pensées accompagnent ses proches.»