Le directeur de l’organisme, Simon Drolet, a été remercié par le conseil d’administration le 9 mars dernier.

Le CIASF fermé, des centaines d’enfants abusés sans service

Stupeur dans le milieu communautaire de la région. Le Centre d’intervention en abus sexuels pour la famille de l’Outaouais (CIASF), aux prises avec un important problème de liquidité, a fermé ses portes, le 12 mars dernier, laissant des centaines d’enfants et de familles sans services pour une période indéterminée.

Le directeur de l’organisme, Simon Drolet, a été remercié par le conseil d’administration le 9 mars dernier. La fondatrice du CIASF, Huguette Joly, est revenue d’urgence à la tête de l’organisme dans le but de le redresser et de le recentrer sur sa mission première qui est de contrer l’abus sexuel envers les enfants en offrant des services spécialisés de thérapie aux familles et à toute personne confrontée à cette problématique. 

Mme Joly explique, sans vouloir entrer dans les détails, que des choix faits par l’organisme au fil des dernières années ont contribué à mettre le CIASF dans une situation précaire financièrement et à l’éloigner de sa mission première. L’organisme aurait été incapable d’effectuer certains paiements au cours des derniers mois. Certains employés n’ont d’ailleurs pas été payés en février.

«Je suis revenue pour faire une analyse organisationnelle complète, explique au Droit Mme Joly. La structure, les finances et les services, tout est à revoir. L’organisme s’est éloigné de sa mission en s’éparpillant dans trop de projets. Ce sont plusieurs éléments qui ont fait en sorte qu’on est rendu-là aujourd’hui.» Mme Joly confirme avoir été contrainte, lors de son retour, de mettre à pied tous les 11 employés du CIASF. «Je n’avais pas le choix, il faut tout remettre en ordre», précise-t-elle. 

L’organisme a même été dans l’obligation de refuser une subvention de 70 000 $ que s’apprêtait à lui verser le gouvernement du Québec, il y a quelques semaines. «Je ne pouvais pas accepter ce montant, il servait à financer quelque chose qui s’éloignait de notre mission première et l’important aujourd’hui est de revenir à notre mission.»

Mme Joly réfute les premières informations publiées par Le Droit sur son site Internet, mardi, voulant que ce soit le versement tardif de certaines subventions qui ont mis l’organisme dans une telle situation. «Nos bailleurs de fonds ont toujours été au rendez-vous, dit-elle, et j’ai la certitude qu’ils le seront tous encore quand nous reprendrons nos activités.»

Reprise en avril

La fondatrice et directrice du CIASF espère être en mesure de recommencer à offrir des services de thérapie au plus tard à la fin du mois d’avril. «Nous avons en plus une liste d’attente d’environ 60 personnes actuellement et selon moi c’est inacceptable, insiste Mme Joly. C’est d’abord à ça qu’il faut s’attaquer et je crois que nous serons en mesure de le faire dès le mois de mai. Il ne faut plus avoir de liste d’attente.» En attendant, Mme Joly répond elle-même aux cas urgents qui lui sont soumis par la Direction de la protection de la jeunesse et les services policiers.

Joint par Le Droit, Simon Drolet a affirmé être lié par une entente de confidentialité avec le conseil d’administration. Il s’est refusé à tout commentaire concernant la fin de son association avec l’organisme. «Ce qui arrive est vraiment très triste pour les familles qui étaient desservies et pour les enfants confrontés à l’abus sexuel, ça me désole grandement», a-t-il toutefois affirmé. L’homme d’affaires Antoine Normand, qui était membre du conseil d’administration, a confirmé au Droit avoir démissionné de son poste le 4 mars dernier. «Je ne cautionnais pas les décisions que prenait, et s’apprêtait à prendre le conseil d’administration, alors j’ai quitté», a-t-il indiqué. 

Le CIASF reçoit entre 600 et 700 demandes d’aide par année, un chiffre en progression depuis trois ans.