Huit conseillers sur quatorze ont voté contre le budget et le Plan triennal d’immobilisations.

Le budget rejeté par le conseil

Trois-Rivières — Coup de théâtre, lundi après-midi à l’hôtel de ville de Trois-Rivières, alors que le nouveau conseil municipal a rejeté à huit voix contre six l’adoption du budget municipal 2018 ainsi que du Plan triennal d’immobilisations (PTI). Cette impasse n’a pas été sans soulever la colère du maire Yves Lévesque, mais témoigne également d’un changement de ton clair chez les élus trifluviens.

Au cœur de cette impasse se trouvent les questionnements que plusieurs conseillers municipaux ont soulevés au sujet du budget et du PTI mais qui, selon eux, n’ont pas encore trouvé de réponses. Élus au début du mois de novembre, les conseillers municipaux ont eu à peine quelques jours pour se familiariser avec les budgets, mais n’ont pas été en mesure d’obtenir de réponses sur plusieurs questionnements, autant que certaines demandes formulées n’auraient pas non plus été prises en considération.

Parmi ces demandes, notons des ajouts au déneigement de certains trottoirs, de même que l’aménagement de pistes cyclables. On souhaitait aussi obtenir des budgets supplémentaires pour procéder à de la plantation d’arbres, pour ne nommer que ceux-là. «On ne nous a pas donné la chance d’avoir le dialogue. Dans les faits, ce sont de petites demandes qu’on fait, qu’on veut intégrer au PTI, et c’est refusé. Moi, c’est contre ça que j’en ai. Les voies cyclables c’est un enjeu. Les citoyens en demandent. Mais on me donne tout cuit dans la bouche un budget qui est quand même volumineux et sur lequel je n’aurai aucun mot à dire», a indiqué Claude Ferron, conseiller du district des Rivières, qui a notamment demandé le vote sur le Plan triennal.

Pour sa part, la conseillère du district des Forges, Mariannick Mercure, indique avoir voulu lancer un message pour remettre en cause le processus démocratique derrière l’adoption de ce budget. Elle qui dit tendre ainsi la main au conseil constate que les élus n’ont pas pu discuter ensemble du budget, mais ont plutôt eu droit à des présentations au même moment où on leur fournissait des centaines de pages de documents qu’ils devaient intégrer le plus rapidement possible.

À la suite du lac-à-l’épaule de la fin novembre, plusieurs conseillers auraient ainsi demandé à obtenir une rencontre pour discuter du budget. Sans recevoir de réponse, ils se sont rendus rencontrer la directrice générale la semaine dernière, qui a convoqué une réunion de travail vendredi dernier. Le maire et la mairesse suppléante n’ont pas assisté à cette rencontre, déplore Mme Mercure, qui a tout de même pris des notes et a fait parvenir le document contenant les questions et les demandes au cabinet du maire. 

«On n’a pas eu de nouvelles. On a eu notre discussion juste avant le vote tantôt, mais il est trop tard, on s’en va voter. J’ai été très surprise d’entendre le maire dire qu’on aurait dû le dire avant. On vous l’a plus que dit, on vous l’a envoyé par écrit. C’est inacceptable et c’est pourquoi je dis qu’il faut que le processus change. Ça fait des semaines qu’on est en arrière, qu’on tend la main pour s’asseoir et que c’est M. le maire qui s’oppose», indique-t-elle.

Dany Carpentier, du district de La Vérendrye, signale qu’il aurait aimé disposer d’un mois de plus, tel que le permet la loi, pour pouvoir étudier le budget, et qu’il aurait à la limite préféré s’abstenir de voter, mais que dans les circonstances, il préférait voter contre.

Taxes

Le budget 2018 tel que présenté hier après-midi comportait une hausse de taxes moyenne de 0,9 %, soit le même taux que l’an dernier. Un budget que le maire Lévesque a qualifié d’excellent et de très responsable, en tenant compte des investissements engagés. Toutefois, certains conseillers municipaux, dont Pierre-Luc Fortin et Denis Roy, ont mentionné vouloir envoyer le message qu’à l’intérieur du PTI, une grande partie des dépenses étaient allouées à la construction du colisée, mais que cette construction ne devait pas empêcher les investissements ailleurs dans la ville, et ne devait pas non plus augmenter le fardeau fiscal des contribuables.

Quant à lui, François Bélisle, conseiller de Pointe du Lac, était d’avis que la Ville aurait pu se permettre un gel de taxes cette année, et ainsi donner un répit aux contribuables. «Je pense qu’on était rendu à l’étape qu’après seize ans d’augmentations successives de taxes, on aurait pu avoir un gel. 0,9% c’est sûr que c’est des pinottes sur mon compte de taxes, mais c’est un symbole. Les gens disent: on peut tu avoir un break? On pouvait le faire cette année. Un gel aurait coûté environ 1,8 M$. À ce prix-là, on aurait facilement pu le retravailler dans le budget. Il n’y a personne qui a voté contre avec le sourire aux lèvres. On n’aime pas ça, c’est plate, on a mal au ventre, on est stressé de faire ça, mais assez c’est assez. On veut envoyer un signal qu’il faut vraiment travailler en équipe et impliquer tout le monde», lance-t-il.

En faveur

De leur côté, les conseillères des districts des Carrefours et de la Madeleine, Valérie Renaud-Martin et Sabrina Roy, ont préféré voter en faveur du budget et du PTI, s’inquiétant notamment de l’impact financier qu’aurait le report de cette adoption pour les contribuables. «Je considère que j’ai été élue non pas pour envoyer un signal, mais pour gérer de façon responsable. Je crois que de voter contre ce budget serait tout sauf responsable, il y a des millions de dollars qui sont en jeu», a déclaré Mme Renaud-Martin. «J’ai posé des questions aux fonctionnaires qui m’ont expliqué que financièrement, voter contre pourrait avoir des impacts considérables. Je ne souhaite pas que les contribuables dépensent des sommes considérables pour ça», ajoute Mme Roy.

Même son de cloche pour la conseillère et mairesse suppléante Ginette Bellemare, qui a tendu la main au conseil pour revoir les processus et que le travail s’amorce dès le retour des Fêtes, au sein même du conseil et des différents comités de travail.