La réalisatrice Alanis Obomsawin, âgée de 85 ans, est euphorique de voir les films autochtones occuper une position aussi «excitante» à l'aube de 2018 grâce à de nouvelles initiatives comme le Bureau de productions audiovisuelles autochtones du Canada.

L'avenir s'annonce rayonnant pour le cinéma autochtone

TORONTO — La cinéaste autochtone Alanis Obomsawin n'a jamais pensé qu'elle assisterait à un tel revirement de son vivant.

Cinquante ans après avoir commencé sa brillante carrière en dépit d'obstacles majeurs en matière de financement, la réalisatrice âgée de 85 ans, qui a grandi au Québec, est euphorique de voir les films autochtones occuper une position aussi «excitante» à l'aube de 2018 grâce à de nouvelles initiatives comme le Bureau de productions audiovisuelles autochtones du Canada.

«Pour toute personne autochtone qui veut faire un film, s'il y a un bon moment, c'est celui-là», a déclaré la documentariste abénaquise jointe au téléphone à Montréal, où elle travaille au montage de son 51e long métrage.

«J'ai le sentiment que nous nous dirigeons vraiment vers un endroit où nous ne sommes jamais allés auparavant. Je sais que les Canadiens sont vraiment à l'écoute maintenant et qu'ils veulent connaître la vérité.»

Après des décennies de représentation erronée et de sous-représentation dans l'industrie cinématographique canadienne, la culture autochtone vit un renouveau.

L'un des plus importants facteurs à avoir changé la donne est le Bureau de productions audiovisuelles autochtones du Canada, un partenariat entre le Réseau de télévision des peuples autochtones (APTN), CBC/SRC, le Fonds des médias du Canada (FMC), Téléfilm Canada, l'Association canadienne de la production médiatique (CMPA) et l'Office national du film du Canada (ONF).

Le Bureau, dont la création a été annoncée en juin, vise à élaborer des stratégies à long terme pour contribuer au développement, à la production et à la mise en marché de contenu au sein de l'industrie cinématographique autochtone au Canada.

«Je crois que c'est un grand, grand pas vers l'avant pour le Canada, quelque chose qui était nécessaire et quelque chose qui était réclamé depuis des années», a affirmé Jesse Wente, militant autochtone établi à Toronto et critique de films ayant récemment créé la série Keep Calm and Decolonize pour CBC Arts.

«Je pense que le Bureau facilitera le développement de talents autochtones afin qu'ils soient capables de prendre en charge ces projets, la conception d'histoires racontées selon le point de vue des Autochtones et le développement d'équipes et de points de vue autochtones, ce qui, je crois, a toujours été difficile à faire pour l'industrie et la communauté.»

Des Autochtones aux postes de décision

«Ce que nous espérons, c'est arriver à un moment où, au sein du Bureau, ce seront des Autochtones qui donneront le feu vert à des projets dirigés par des Autochtones, ce qui n'existe pas présentement et n'a jamais existé à des endroits comme Téléfilm ou le FMC», a pour sa part indiqué Jason Ryle, directeur artistique du festival imagineNATIVE.

«Nous cherchons ce type d'oeuvres. Il y a un public pour ce type d'oeuvres.»

Par ailleurs, l'ONF planche actuellement sur une stratégie, qui s'échelonnera sur trois ans, pour redéfinir sa relation avec les peuples autochtones. Dévoilée en juin, la stratégie prévoit notamment que 15 % des fonds seront attribués à des projets dirigés par des Autochtones, une initiative qui est immédiatement entrée en vigueur.

Les productions autochtones ont également été sous les feux des projecteurs au cours de la dernière année dans le cadre des différentes célébrations organisées pour le 150e anniversaire du Canada, et Téléfilm Canada a promis d'augmenter son soutien aux réalisateurs et réalisatrices autochtones.

«L'avenir s'annonce lumineux», a reconnu M. Ryle.

«Nous n'avons jamais été dans une telle position. Les discussions que nous avons présentement sont bien différentes de celles que nous avons eues il y a à peine un an. Il y a deux ans, elles étaient complètement différentes.»

Plusieurs observateurs estiment que les recommandations de la Commission de vérité et de réconciliation sur les pensionnats autochtones ont aussi fortement contribué à ce revirement au profit des cinéastes autochtones, tandis que l'apparition d'outils accessibles comme les téléphones intelligents et de services de diffusion en continu comme Netflix ont démocratisé le système.

Les films attendus en 2018

Parmi les films autochtones qui prendront l'affiche en 2018 figure Indian Horse, un film basé sur un roman de Richard Wagamese relatant les souvenirs d'un survivant des pensionnats autochtones. Clint Eastwood agit comme producteur délégué pour le drame, qui doit sortir le 13 avril.

Aussi attendus l'an prochain : Angelique's Isle de Michelle Derosier et Marie-Hélène Cousineau, inspiré d'une nouvelle de James R. Stevens qui se déroule en 1845 durant la «ruée vers le cuivre», et Nuuca de Michelle Latimer, qui porte sur le boum pétrolier dans le Dakota du Nord et aura droit à une première internationale au Festival du film de Sundance en janvier 2018.

Marie Clements, Danis Goulet, Lisa Jackson et Shane Belcourt font également partie des cinéastes autochtones qui commencent à faire parler d'eux au Canada.

Il ne faut cependant pas croire que tous ces films ne traitent que de sujets traditionnels et de problèmes propres aux peuples autochtones.

Selon Jesse Wente, certains cinéastes créent des histoires futuristes ou fantastiques.

C'est le cas de Jeff Barnaby, qui a grandi sur la réserve micmaque Listuguj, au Québec. Il travaille présentement sur Blood Quantum, un film de zombies se déroulant à l'extérieur de la réserve micmaque Red Crow.

Pour Mme Obomsawin, tout cela contraste vraiment avec ses débuts, lorsqu'elle a un mal fou à trouver du financement pour ses documentaires comme Mother of Many Children et Incident at Restigouche.

«Je pense que c'est plus facile maintenant, a-t-elle souligné. Beaucoup d'organisations fournissent plus d'argent aux Autochtones pour faire leur travail, que ce soit dans le domaine du cinéma ou comme artiste, peintre ou auteur.»

«C'est comme une bombe qui explose partout, c'est tellement excitant!»