Des biologistes du ministère des Forêts, de la faune et des Parcs ont capturé des brochets dans le lac Otis à Saint-Félix-d’Otis dans le cadre de pêches expérimentales aux filets pour confirmer la présence de cette espèce de poisson piscivore dans ce plan d’eau. Cette photo a été captée mercredi après-midi.

Lac Otis: des brochets capturés par le MFFP

Des biologistes du bureau régional du ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs (MFFP) ont capturé pas moins de cinq brochets dans le cadre de pêches expérimentales au filet dans le lac Otis, à Saint-Félix-d’Otis, pour tenter d’éclaircir la présence de brochets dans ce plan d’eau.

Ça fait plusieurs années que des rumeurs de la présence de brochets dans ce lac alimentent les légendes urbaines, mais aucune preuve ne pouvait valider sa présence avant vendredi dernier, alors qu’un jeune pêcheur, Jean-Philippe Waltzing, a publié des photos de sa capture sur les réseaux sociaux. Le Quotidien a rapporté cette histoire sur son site Internet dans la journée de samedi sous la plume de Stéphane Bouchard.

Cette histoire a piqué la curiosité des biologistes du ministère qui se sont rendus sur le lac pour valider cette information. Le Quotidien a appris que les biologistes ont tendu des filets dans des zones herbeuses et qu’au moins cinq spécimens auraient été pris en moins de deux heures de pêche. À la première occasion, il y aurait eu trois femelles capturées, remplies d’oeufs, et un mâle de 42 pouces.

L’origine de la présence dans le lac Otis demeure cependant un mystère.

La présence du brochet inquiète les amateurs de pêche, car il s’agit d’une espèce piscivore, donc qui se nourrit de poissons. Dans une étude réalisée par Josiane Vachon, Brigitte F. Lavallée et François Chapleau en 2005, nommée Caractéristiques d’une population introduite du Grand brochet, Esox lucius, dans le lac Ramsay, dans le Parc de la Gatineau, et impact sur l’ichtyofaune (populations de poissons), on peut y lire que « l’introduction d’une espèce piscivore dans un lac sans piscivore entraîne inexorablement la disparition de plusieurs petites espèces » (Chapleau et al. 1997 ; Whittier et al. 1997 ; Whittier et Kincaid 1999 ; Findlay et al. 2000).

Pour Rémi Aubin, de l’organisme Promotion pêche, c’est une information qui inquiète. « Le lac Otis compte une population unique d’ombles chevaliers oquassa et la présence de brochets pourrait être néfaste pour cette espèce », dit-il.

Dans le rapport sur la situation de l’omble chevalier oquassa (Salvelinus alpinus oquassa) au Québec, publié en 2018 par le ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs du Québec, il est écrit que « la répartition de l’omble chevalier vivant en eau douce est limitée à une petite zone au nord-est de l’Amérique du Nord, où les populations sont isolées en lacs depuis le retrait de la calotte glaciaire il y a environ 11 900 ans » (Dumont, 1982).

« Principalement situées à l’intérieur d’une bande de 100 km au nord du fleuve Saint-Laurent entre l’Ontario et le Labrador, elles constituent un vestige des populations anadromes vivant autrefois dans la mer de Champlain et l’océan Atlantique. De ce fait, la sous-espèce oquassa revêt un intérêt particulier, car chaque population d’un lac pourrait être morphologiquement, génétiquement et écologiquement différente des populations des autres lacs. »

Des biologistes du ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs ont capturé des brochets dans le lac Otis, à Saint-Félix-d’Otis, dans le cadre de pêches expérimentales aux filets pour confirmer la présence de cette espèce de poisson piscivore dans ce plan d’eau. Cette photo a été captée mercredi après-midi.

« L’ensemencement d’espèces prédatrices ou compétitrices fait partie des plus grandes menaces au maintien des populations d’ombles chevaliers oquassa », indique-t-on dans ce rapport. Le Quotidien a formulé une demande d’entrevue avec les biologistes régionaux du MFFP, mais il faudra attendre quelques jours avant de leur parler, car les demandes d‘entrevue doivent être autorisées par le bureau de Québec.