Richard Labrie

Lac-Mégantic : Richard Labrie a fait ce qu’il devait faire

« Il ne faudrait pas que la société condamne comme criminel un homme qui n’a fait que son travail. »

Telle est la conclusion de Me Guy Poupart, qui a effectué sa plaidoirie pour faire acquitter le contrôleur de circulation ferroviaire (CCF) Richard Labrie, vendredi, au palais de justice de Sherbrooke.

Selon lui, imposer à Richard Labrie de poser une question sur la sécurisation du train de la Montreal, Maine & Atlantic (MMA) à Nantes le 5 juillet 2013 aurait été de faire fi de la réglementation, de la pratique, de la réalité, de la confiance, de la compétence et de l’attitude généralisée qu’auraient eues toutes les personnes du monde ferroviaire qui sont venues témoigner lors du procès.

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« La sécurisation est la responsabilité de l’équipe de train, pas du CCF. Le CCF a fait sa job en faisant éteindre un feu. Le CCF doit avoir confiance que tous les employés connaissaient la réglementation ou qu’ils en sont conscients. Un train laissé sans surveillance n’est pas supposé bouger. Les freins à main doivent retenir un train. Peu importe la manière, le break test doit être fait », plaide Me Guy Poupart.

Tout comme le conducteur de train Thomas Harding et le directeur de l’exploitation ferroviaire Jean Demaître, le CCF Richard Labrie a plaidé non coupable à l’accusation de négligence criminelle causant la mort de 47 personnes le 6 juillet 2013 à Lac-Mégantic.

« La preuve présentée par la poursuite ne rencontre pas le degré de certitude hors de tout doute raisonnable. Elle ne permet aucunement de la considérer comme étant la démonstration d’une insouciance déréglée et téméraire. Elle ne démontre aucunement un écart marqué par rapport à un contrôleur ferroviaire placé dans les mêmes circonstances et ayant les mêmes informations que Richard Labrie », plaide Me Poupart.

Il a invité le jury à se pencher sur les réactions de Richard Labrie lorsqu’il apprend qu’il y a un feu dans la locomotive de tête 5017.

« Chaque employé a tous les droits de s’attendre à ce qu’un train laissé sans surveillance ait été sécurisé correctement. C’est un droit (...) Richard Labrie a fait tout ce qui devait être fait. Il a agi. Il a pris contact, il a obtenu des informations et pris les décisions raisonnables conformes à la réglementation. Il a agi comme un CCF compétent. Il a été totalement pris au dépourvu que le train immobilisé, sécurisé était en train d’anéantir une ville », soutient Me Poupart.

Vérification injustifiée

Me Poupart plaide qu’il aurait été injustifié pour Richard Labrie de vérifier s’il y avait un problème avec l’immobilisation du train.

« Il n’y avait pas de raisons pour lesquelles Richard Labrie ne devait pas avoir confiance envers Thomas Harding. Partager les informations sur la sécurisation avec un autre collègue n’existait pas pour aucune compagnie ferroviaire. Transports Canada, le gendarme de l’industrie ferroviaire, n’avait pas prévu que la procédure d’immobilisation du train et de sécurisation du train devait être communiquée. Il n’y avait pas de telle attente. Telle était la réalité de l’époque et telle était la situation le 5 juillet 2013 lorsque M. Harding est arrivé à Nantes », souligne Me Poupart.

L’avocat de la défense a décrit Richard Labrie à partir des témoignages de ceux qui le côtoyaient sur le terrain dans l’industrie ferroviaire, soit un homme compétent, consciencieux et pour qui la sécurité était importante.

« C’est une qualité additionnelle que d’être contrôleur ferroviaire et mécanicien. Il avait cette capacité et cette connaissance des locomotives et leur fonctionnement » soulève Me Guy Poupart.

Me Guy Poupart a analysé les conversations déposées en preuve et invité le jury à les réécouter lors de leurs délibérations.

Surprise générale

Rappelant les témoignages de personnes qui cumulent plus de 140 ans d’expérience dans le domaine ferroviaire, il plaide l’état de surprise généralisé qu’un train qui ne bouge pas descende seul et déraille dans l’heure et vingt qui suit.

« Rien ne pouvait remettre en question la certitude quasi absolue que le train était toujours à Nantes (...) Il n’y avait aucune prévisibilité que cet événement pouvait se produire », affirme Me Poupart.

Me Poupart a rappelé que lorsqu’il est arrivé à Farnham le 6 juillet au matin, un autre CCF Steve Jacques a été accueilli par un Richard Labrie démoli qui a mentionné : « Imagine le pire qui puisse arriver, c’est encore pire que ça. »

« Demandez-vous si l’état de Richard Labrie représente le contrôleur ferroviaire indolent, indifférent et insouciant ou le représente par ce qu’il est : un homme démoli par les circonstances. On est bien loin d’une insouciance », plaide Me Poupart.