Jean-François Labrie de l’église Inter-Foi de North Hatley

Labrie fait une démonstration de ses techniques dans la salle de cour

C’est par une démonstration spirituelle de ses techniques d’imposition des mains directement au tribunal que Jean-François Labrie de l’église Inter-Foi de North Hatley a étayé sa défense lors de son procès pour pratique illégale de la médecine.

Après une interruption d’une année et demie, le procès a repris, lundi, au palais de justice de Sherbrooke, à l’étape de la défense devant le juge Érick Vanchestein de la Cour du Québec.

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Le procès de Jean-François Labrie concernant 21 chefs de pratique illégale de la médecine était suspendu depuis novembre 2017 à Sherbrooke.

La Cour suprême du Canada a rejeté la demande d’arrêt des procédures en décembre 2018.

C’est le Collège des médecins qui a porté les accusations de pratique illégale de la médecine contre Jean-François Labrie, qui a entamé son témoignage pour sa défense.

Les chefs d’accusation concernent le fait que Jean-François Labrie a laissé croire qu’il était autorisé à exercer la médecine lors d’une consultation, qu’il a fait des diagnostics, qu’il a prescrit des médicaments et qu’il a déterminé le traitement médical sans être titulaire d’un permis valide et approprié et sans être inscrit au tableau du Collège des médecins.

Jean-François Labrie a amené sa table en cour et a réalisé une démonstration devant le tribunal.

« Je voulais démontrer physiquement comment ça se passait. Tout ce que l’on a au dossier, c’est ce que les gens rapportent. Là, M. Labrie a démontré ce qui s’est produit. C’est vrai que c’est inhabituel. J’ai soumis au juge quelle était l’heure juste. Quelle était la vérité », signale l’avocat de la défense Me Robert Brunet.

Me Robert Brunet

Références bibliques

Ce dernier a produit en preuve des références bibliques relatives à la guérison spirituelle.

« Un être humain ne peut pas guérir. J’ai eu des formations. On ne peut prétendre guérir quoi que ce soit. C’est Dieu, la foi et la prière qui ont le pouvoir de guérir. Je parle de guérison spirituelle au niveau de la guérison de l’âme. J’ai sorti les chapitres bibliques où la terre, l’huile et l’eau bénites sont utilisées et qui correspondent aux rituels lorsque les gens viennent me consulter », indique le révérend de l’église Inter-Foi de North Hatley.

Au dépôt de plusieurs documents, l’avocat du Collège des médecins Me Stéphane Gauthier  a soulevé des objections concernant leur pertinence. 

Jean-François Labrie a mentionné qu’il ne chargeait pas d’argent pour les services qu’il rendait.

« C’est un contexte de bénévolat. Je ne reçois aucun salaire. C’est un service pour la société. Tous les fonds sont dédiés à la gestion du lieu de culte. Je ne retire rien du tout de tout cela », a signalé Jean-François Labrie.

Il a déposé des photos prises à Notre-Dame de Lourdes, en France, un sanctuaire qu’il a visité lors de l’un de ses quatre voyages annuels de formation en Europe.

« La guérison est un collatéral de la foi. Dans tous les lieux de culte, que ce soit à Notre-Dame de Lourdes, à Notre-Dame-du-Cap en Mauricie ou à l’Oratoire Saint-Joseph, les gens se rendent dans un lieu de culte pour aller chercher un mieux-être. Toutes les religions s’adonnent à cette pratique. Ça devient une manifestation de notre foi que d’imposer les mains », signale Jean-François Labrie.

À une question de son avocat à savoir s’il avait déjà guéri un médecin d’un cancer de la gorge, Jean-François Labrie a indiqué qu’il ne guérissait rien.

« C’est une aberration de se mettre à la position de Dieu. Ça n’a aucune référence. Je n’ai jamais fait non plus mention d’opération à mains nues », a mentionné Jean-François Labrie pour sa défense.

Secret confessionnel

Le juge Vanchestein a refusé pour le moment que la défense assigne à la barre deux témoins qu’elle voulait produire comme experts concernant les soins spirituels.

« Cette technique s’enseigne à l’Université de Sherbrooke et au Cégep de Thetford Mines. Les soins spirituels s’appliquent particulièrement lorsque l’on arrive aux soins palliatifs. Personne ne peut ignorer que c’est quelque chose qui existe. C’est dans ce contexte qu’il a porté assistance aux trois personnes qui font l’objet du dossier », explique Me Brunet.

Jean-François Labrie a accepté de témoigner devant le tribunal malgré les conséquences qu’il avance être possibles au sein de l’église Inter-Foi.

« Je me suis engagé à conserver les conversations entre Dieu et nous. Je risque l’excommunions par l’église maître aux Philippines. Dans le contexte actuel avec tout ce qui est dit, ce serait bien de le briser en tenant compte des possibles conséquences », a signalé le révérant Labrie au tribunal.

Le juge Vanchestein a mentionné qu’il n’y avait pas de secret confessionnel pour la justice.

« J’ai établi par jugement qu’il n’y a pas de secret confessionnel. Il y en a peut-être aux Philippines, mais il n’y en a pas ici », a rappelé le juge.

Le contre-interrogatoire de Jean-François Labrie se déroulera mardi.