Le président du Centre culturel islamique de Québec, Mohamed Labidi

La voiture incendiée de Mohamed Labidi avait semé la terreur

L’incendie de la voiture du président du Centre culturel islamique de Québec a plongé la communauté musulmane dans la terreur à la grandeur du pays.

À l’occasion des représentations sur la peine de l’incendiaire Mathieu Bilodeau, Mohamed Labidi a expliqué au juge Christian Boulet de la Cour du Québec à quel point le sinistre a résonné fort dans la communauté musulmane, six mois après la tuerie à la Grande Mosquée.

«J’ai eu des coups de fil de partout au Canada, relate M. Labidi. Les gens me demandaient “mais où s’en va-t-on?”, car on visait des personnes en particulier.»

Heureusement que le crime a été élucidé rapidement, souligne M. Labidi. «Parce que ça a ravivé la peur», assure-t-il, en ajoutant qu’il a lui-même ajouté des verrous sur toutes ses portes. 

Lorsqu’il a vu sa Toyota Corolla en flammes dans son entrée, dans la nuit du 6 août dernier, Mohamed Labidi a couru chercher de l’eau et a réussi à éteindre le plus gros des flammes.

Il a toutefois glissé sur le sol mouillé et s’est fracturé une côte. Le fonctionnaire fédéral a dû prendre un peu plus de deux semaines de congé et a ressenti longtemps des douleurs.

La voiture a été une perte totale.

Mathieu Bilodeau, 34 ans, souffrant d’une déficience intellectuelle légère et de divers troubles de comportement, a reconnu qu’il avait mis le feu à la voiture à l’aide d’une bouteille remplie d’essence. Il aurait agi ainsi après avoir été mis au défi par un ami. Ce dernier, Marc Gagnon, 45 ans, subira son procès devant jury pour incendie criminel plus tard ce printemps.

À l’été 2017, Bilodeau a aussi allumé quatre incendies dans des conteneurs à déchets.

Au moment des infractions, Mathieu Bilodeau avait appris qu’il serait expulsé de sa résidence adaptée et vivait beaucoup de frustrations, a constaté le service de probation.

«On croit qu’il n’a pas mesuré l’ampleur de ses gestes, a indiqué l’agente de probation Isabelle Talbot. Il n’est pas foncièrement méchant, mais immature et irresponsable.»

L’interrogatoire policier, dont des extraits ont été présentés à la demande de la défense, permet de comprendre les limites cognitives de Bilodeau. Pendant plus de 35 minutes, l’enquêteur a dû expliquer à son suspect la différence entre un incendie criminel et accidentel.

Deux ans moins un jour

La procureure de la Couronne Me Annie Trudel a plaidé pour que la Cour impose une peine de deux ans moins un jour à Bilodeau. Le délinquant devrait ensuite être en probation avec suivi durant trois ans, selon le ministère public. 

Mathieu Bilodeau savait que le véhicule ciblé par l’incendie appartenait à un membre de la communauté musulmane. Son complice allégué l’aurait informé dans les semaines précédentes. 

Rien dans l’enquête policière n’a permis d’établir que Bilodeau avait tenu des propos islamophobes, a, rappelé la procureure de la Couronne Me Annie Trudel. Son crime ne peut pas être qualifié de «haineux» selon la jurisprudence, convient-elle. 

Le fait qu’il ait visé spécifiquement la voiture de M. Labidi, dans le contexte actuel à Québec, constitue un facteur aggravant, estime la Couronne.

L’avocate de Bilodeau, Me Marie-Pierre Bertrand, fera sa recommandation sur la peine le 1er mars.