Les bureaux de SNC-Lavalin à Montréal

La victoire du Parti libéral du Canada, bonne pour la firme SNC-Lavalin?

Le maintien au pouvoir du Parti libéral du Canada (PLC), qui n’a pas fermé la porte à une entente permettant à SNC-Lavalin de se libérer des accusations criminelles qui pèsent sur elle, semblait encourager les investisseurs, mardi.

Au lendemain du scrutin, l’action de la firme d’ingénierie et de construction établie à Montréal a clôturé à 20,12 $, en hausse de 2,44 $, ou 13,8 % ce qui constitue sa meilleure séance depuis le 10 septembre.

Pour certains analystes et observateurs, cela s’explique par le fait que des investisseurs estiment que le retour des libéraux au pouvoir, même en situation minoritaire, signifie qu’il y encore de l’espoir pour SNC-Lavalin de ne pas avoir à se défendre devant les tribunaux - ce qui n’aurait probablement pas été le cas en cas d’une victoire du Parti conservateur.

«C’est bon pour SNC, a dit le professeur Karl Moore, du département de gestion de l’Université McGill, au cours d’un entretien téléphonique. Je crois que le marché considère que l’entreprise est en meilleure posture que si les conservateurs (avaient été portés au pouvoir).»

Le chef conservateur Andrew Scheer a critiqué à maintes reprises le premier ministre Justin Trudeau en raison d’allégations à l’effet que lui et son entourage auraient effectué des pressions indues sur l’ex-procureure générale Jody Wilson-Raybould afin qu’elle négocie une entente à l’amiable avec la compagnie, ce qui avait déclenché une tempête politique.

En août dernier, M. Trudeau avait été condamné par le commissaire à l’éthique pour avoir enfreint la Loi sur les conflits d’intérêts dans cette affaire.

Effet Bloc?

De son côté, Chris Murray, d’Altacorp Capital, estime que la performance du Bloc Québécois, qui a fait élire 32 de ses candidats et qui a défendu à plus d’une reprise la multinationale, pourrait jouer un rôle aux Communes.

«Avec la performance du Bloc et (l’élection) d’un gouvernement minoritaire, peut-être que certains sont optimistes de voir une solution être présentée, a observé l’analyste, au cours d’un entretien téléphonique. Je tiens également à souligner qu’il y a beaucoup d’éléments en jeu. Je ferais attention de ne pas être trop optimiste.»

Il y a environ un an, SNC-Lavalin avait appris avec stupéfaction qu’elle n’était pas invitée à négocier avec le Service des poursuites pénales du Canada afin de conclure un accord de réparation. Ces ententes prévoient l’abandon des accusations en échange notamment du paiement d’une amende salée et de nombreuses conditions à respecter.

Depuis sa nomination, en avril dernier, le ministre de la Justice sortant David Lametti n’a jamais clairement écarté la possibilité qu’un accord de réparation puisse encore intervenir entre Ottawa et la multinationale.

«Nous ne pouvons pas parler des intentions du gouvernement et nous ne commenterons pas le processus judiciaire en cours», a répondu par courriel une porte-parole de SNC-Lavalin, Daniela Pizzuto.

La cause de SNC-Lavalin doit revenir devant le tribunal le 18 décembre prochain.

Longue saga

Accusée de fraude et de corruption en 2015 pour des gestes qui auraient été posés en Libye entre août 2001 et septembre 2011, la firme pourrait perdre le droit de soumissionner sur des contrats fédéraux pour une période pouvant atteindre 10 ans si elle était reconnue coupable.

Depuis le début de l’année, le titre de SNC-Lavalin a abandonné environ 60 % de sa valeur sur Bay Street à la suite de trois avertissements sur résultats, une radiation de la valeur de sa division pétrolière et gazière en plus de la perte d’un important contrat minier au Chili.

La firme, qui a cessé de soumissionner sur des contrats à prix fixe, où les dépassements de coûts sont absorbés par l’entrepreneur, afin de se tourner davantage vers les services d’ingénierie, où les risques sont moins élevés, doit dévoiler le 31 octobre ses résultats du troisième trimestre.

«Après un premier semestre difficile, SNC-Lavalin est sur la voie de la reprise après avoir franchi plusieurs étapes positives», a estimé Nauman Satti, de Valeurs mobilières Banque Laurentienne, dans un rapport transmis lundi.

L’analyste a toutefois souligné qu’à court terme, l’entreprise avait encore plusieurs défis à surmonter.