Bernadine et Toby Boulet, originaires de Lethbridge, en Alberta, se trouvait à une quinzaine de minutes derrière l’autocar lorsque celui-ci est entré en collision avec un semi-remorque, dans une région rurale de la Saskatchewan, le 6 avril dernier.

La tragédie des Broncos de Humboldt a eu un effet sur les dons d’organes au pays

EDMONTON — Quelques heures après s’être retrouvés devant l’horrifiante scène de l’accident d’autocar des Broncos de Humboldt, Bernadine et Toby Boulet n’avaient toujours pas vu leur fils Logan.

Le couple originaire de Lethbridge, en Alberta, se trouvait à une quinzaine de minutes derrière l’autocar lorsque celui-ci est entré en collision avec un semi-remorque, dans une région rurale de la Saskatchewan, le 6 avril dernier.

Ils ont désespérément fouillé la carcasse de l’autocar qui transportait l’équipe de hockey junior, sans trouver Logan.

Le défenseur âgé de 21 ans avait été emmené à l’hôpital le plus proche, à Nipawin, avant d’être ensuite transporté d’urgence à Saskatoon.

«Il était l’un des plus gravement blessés», s’est rappelée sa mère lors d’une récente entrevue avec La Presse canadienne.

Après avoir fait trois heures de route pour retrouver leur fils à Saskatoon, les Boulet ont appris que Logan avait subi un grave traumatisme crânien, en plus d’une lésion de la moelle épinière. Ils se souviennent d’avoir été reconnaissants qu’il soit encore en vie, alors que tant d’autres n’avaient pas survécu.

Ce qui s’est produit dans les heures suivantes allait toutefois changer leur vie à jamais et déclencher un mouvement pancanadien maintenant connu sous le nom de l’»effet Logan Boulet».

À son arrivée à l’hôpital, le couple a été conduit vers une petite pièce de l’unité de soins intensifs pour que des médecins expliquent plus en détail la condition de Logan.

Sa lésion à la moelle épinière allait sans doute le paralyser à partir de la taille. Et le traumatisme crânien s’annonçait encore pire.

«Son pronostic était qu’il ne s’en remettrait pas, raconte Bernadine Boulet, la voix brisée. Leur objectif était seulement de le maintenir confortable jusqu’au moment où il mourrait.»

«Je me suis retournée, j’ai regardé (un médecin) et je lui ai dit: «Et si on donnait ses organes? Est-ce que c’est une option?»»

Son mari a immédiatement renchéri: «Logan m’avait dit qu’il voulait donner ses organes.»

Quelques mois plus tôt, Logan et lui avaient eu une conversation franche à propos de la mort de Ric Suggit, un ami de la famille qui avait fait don de ses organes.

«Il m’a dit qu’il allait signer sa carte de donneur en mémoire de Ric, se souvient Toby Boulet. Je lui ai dit: «C’est génial, mais personne ne voudra de tes organes à 80 ans!»»

Ils en avaient ri, mais Logan avait fait comprendre à son père qu’il était sérieux.

«Il y avait tous ces petits signes»

Toby Boulet n’avait pas raconté cette conversation à sa femme. Elle ne l’a appris qu’une fois à l’hôpital , et ils ont alors tous deux su quoi faire.

«Logan est en forme et en bonne santé. Il est jeune et il a des organes que d’autres peuvent utiliser et il n’en aura plus besoin», a tranché Bernadine Boulet.

Leur décision s’est confirmée lorsqu’un des amis de leur fils s’est présenté à l’hôpital et les a informés que Logan avait signé sa carte de donneur lors de son 21e anniversaire, cinq semaines plus tôt.

Le cerveau de Logan Boulet a cessé de fonctionner le jour suivant, peu avant midi. Il était sous respirateur artificiel, mais son c?ur battait par lui-même.

«(Son coeur) ne s’est jamais arrêté», souligne son père.

Ses organes ont été prélevés environ 27 heures après son admission à l’hôpital.

Vingt-sept, «c’était son numéro au hockey», relève Toby Boulet. «Il y avait tous ces petits signes.»

Six personnes ont reçu ses organes à travers le Canada et l’»effet Logan Boulet» a rapidement suivi. Près de 100 000 Canadiens se sont inscrits pour devenir donneurs d’organes après avoir pris connaissance de son histoire.

La Société canadienne du sang fait état de 99 742 nouvelles inscriptions en avril seulement - un chiffre qui ne comprend d’ailleurs que les provinces dotées d’un système d’inscriptions en ligne, soit la Colombie-Britannique, l’Alberta, le Manitoba, l’Ontario, l’Île-du-Prince-Édouard et le Québec (où les dons d’organes et de sang sont gérés par Héma Québec).

D’autres provinces ont rapporté un volume important d’inscriptions par téléphone, mais l’ensemble des statistiques ne sera pas disponible avant l’année prochaine.

Les Boulet ont déjà entendu d’innombrables histoires sur la façon dont leur fils a incité les gens à s’inscrire en tant que donneurs.

«Nous continuons de recevoir des messages tous les jours», rapporte Toby Boulet.

«Ç’a été un peu réconfortant, reconnaît sa femme. Idéalement, nous aimerions revenir huit mois en arrière et tout changer, mais nous ne pouvons pas.»

«Nous avons décidé que l’une des choses que nous allons retirer de toute cette tragédie est de travailler avec des organisations pour promouvoir l’inscription des donneurs d’organes.»

À l’instar de la Journée du chandail rose pour la lutte contre l’intimidation ou encore de la Journée du chandail orange pour commémorer les pensionnats fédéraux pour Autochtones, une Journée du chandail vert aura lieu le 7 avril, date anniversaire de la mort de Logan, afin de promouvoir le don d’organes.

Les Boulet espèrent pouvoir un jour rencontrer certaines des personnes qui ont bénéficié des organes de leur fils, en particulier celle qui a reçu son c?ur.

«C’est une chose que j’aimerais vraiment savoir», confie Bernadine Boulet.